Une table ronde propose de voir la folie autrement

PsychiatrieLe Festival Histoire et Cité propose notamment une table ronde sur la folie. Rencontre avec Miguel Denis Norambuena.

L'animateur psychosocial Miguel D. Norambuena veut déstigmatiser la perception et la représentation sociale de la folie.

L'animateur psychosocial Miguel D. Norambuena veut déstigmatiser la perception et la représentation sociale de la folie. Image: Frank Mentha

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Le Festival Histoire et Cité propose ce vendredi une table ronde sur la folie, dans l’idée de lancer une réflexion sur l’exclusion de certaines personnes atteintes de troubles mentaux. L’animateur psychosocial Miguel D. Norambuena, ancien directeur du centre Racard, fondateur du centre Dracar, s’en explique.

Qui est le fou, aujourd’hui?
Pour moi, «le fou» est une notion très amicale. Le but de la table ronde est de déstigmatiser la perception voire la représentation sociale de la folie. Aujourd’hui, le fou est un marginal que l’on ne veut pas entendre, voir, ni sentir… On ne voit pas de richesse, de source de savoir dans la folie. C’est un dysfonctionnement que l’on doit tasser. Le fou nous effraie: son altérité nous questionne sur ce que nous faisons là. Chacun de nous devient alors un levier d’exclusion sociale. L’institution psychiatrique, intra ou extra muros, publique ou associative, n’échappe pas à ce mouvement d’amputation du lien social.

Vous reconnaissez-vous dans l’antipsychiatrie?
Non, je ne m’inscris pas «contre», beaucoup de psy sont des amis. Je parlerai plutôt d’un grand respect et d’une déférence pour la personne souffrante. Je me suis inspiré des expériences de la clinique de La Borde (ndlr: château du Loir-et-Cher qui abrite depuis les années 1950 une clinique où le patient évolue librement et où soignants et patients se «soignent» en communauté). J’ai dirigé pendant trente ans le Racard (ndlr: appartement de la Jonction, subventionné par la Ville, accueillant des personnes en difficulté psychologique ou sociale grave) avec l’idée qu’en laissant le patient évoluer librement dans son environnement, on lui permet de développer son imaginaire, de donner corps à sa créativité. En participant à des ateliers, en s’occupant d’animaux, en cuisinant ou en s’adonnant à la peinture par exemple, il devient artisan de quelque chose. Il sort de la répétition stéréotypée de la thérapie classique.

Pourquoi la thérapie par la parole ne suffirait-elle pas?
L’idée que l’on peut isoler une personne de son contexte est très occidentale. Ce dont il est question dans une psychothérapie transversale, ce n’est pas un discours, mais une manière d’être, de se sentir, de vivre. Certes, la parole peut suffire pour les «bons» patients, ceux qui arrivent à l’heure chez le médecin, sont polis, acceptent de parler dans ce cadre artificiel et de prendre leur traitement. Mais il existe des «mauvais» patients qui n’entrent dans aucun cursus de soins. A Genève, 50 à 100 personnes demeurent revêches à tout programme thérapeutique ordinaire. Ce sont des patients dits psychotiques, schizophrènes, dépressifs, caractériels, paranoïaques, toxicomanes… Marqués par un parcours d’échec, ils manquent les rendez-vous et fuient et les structures organisées. Pourtant, ils réclament que l’on s’occupe d’eux.

Que leur proposer?
Il faut les aimer: imaginer que nous pourrions être à leur place, reconnaître qu’elles ont un savoir. Le seul savoir du soignant est une arrogance, un abus de pouvoir. C’est la rencontre des deux savoirs qui permettra «d’aller mieux». Je crois que le traitement psychothérapeutique doit entrer en résonance concrète avec la vie du patient.

Cette démarche prend du temps et vous regrettez la rapidité de notre époque, qui abîme le lien social.
Oui. Notre société a érigé la vitesse exponentielle en mode de vie. On vit dans l’abondance et l’idée que tout fonctionne. Si quelque chose ne marche pas, on le jette. La notion de réparation a disparu. Or on ne peut pas construire de lien social sans durée. La célérité exponentielle nous rend tous des handicapés potentiels. Avec notre téléphone allumé tout le temps, notre focale d’attention rétrécit; nous ignorons des pans entiers de notre environnement. Nous devenons absents de nous-mêmes.

Peut-on sauver le lien social?
Oui mais cela devient de plus en plus difficile. Chacun de nous est devenu une petite entreprise. Dans notre modernité, le temps, c’est de l’argent, chacun est tellement occupé par ce que va devenir sa propre existence que tout le monde se situe au bord du précipice. Il faudrait ériger le lien social en patrimoine national, l’enseigner à l’école et à l’université. C’est un objet en disparition au profit des béquilles téléphoniques, communicationnelles et de toutes sortes que nous utilisons.

Fou mais pas à lier. Vendredi 23 mars de 11 h à 12 h 30. Uni Dufour

(TDG)

Créé: 22.03.2018, 11h22

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