Tabassages à Saint-Jean: les charges s’alourdissent

JusticeL’enquête est bouclée. Le Parquet retient finalement la tentative d’assassinat à l’encontre de deux suspects. D’autres faits sont révélés dans l’acte d’accusation.

Le tabassage a eu lieu sur les voies couvertes le 7 janvier 2017.

Le tabassage a eu lieu sur les voies couvertes le 7 janvier 2017. Image: LAURENT GUIRAUD

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Le Ministère public a bouclé son enquête sur les deux hommes tabassés à Saint-Jean en 2017. Selon l’acte d’accusation que nous nous sommes procuré, deux jeunes de 20 ans sont renvoyés devant le Tribunal criminel pour tentative d’assassinat. Ils seront jugés au début de l’an prochain. Trois autres prévenus, mineurs au moment des faits, sont sous le coup d’une procédure pénale en main de la justice des mineurs.

Les réquisitions du procureur Dario Nikolic révèlent des faits encore inconnus survenus durant la nuit glaciale du 7 janvier 2017. Voici les grandes lignes du document de 18 pages daté du 7 novembre. La bande de cinq amis se retrouve vers 1 h du matin sur les voies couvertes de Saint-Jean au lieu-dit «les tables rouges». G. et P., les deux prévenus majeurs, se promènent avec leurs trois copains mineurs. G. a en main une batte de baseball, un de ses copains porte un casque sous le bras. «Ils se sont mis d’accord sur les rôles de chacun et se sont réparti les armes», écrit le Parquet.

Un homme alité

La bande choisit deux hommes au hasard et leur demande une cigarette. Un prétexte. Puisque la remise de celle-ci débouche aussitôt sur un coup au visage et le tabassage des victimes, âgées de 36 et 37 ans. L’une d’elles, frappée à la tête et sur le haut du corps avec une batte de baseball, s’effondre. Deux jeunes lui donnent des coups de pied «de type penalty au niveau de la tête», précisent les réquisitions du Parquet.

Tabassée, la seconde victime parvient à s’échapper. Elle est rattrapée par G., P. et l’un des mineurs. Ils continuent leur basse besogne devant la paroisse protestante de Saint-Jean. À coups de poing, de pied, de casque et de batte, «en particulier au niveau du visage et de la tête». Toujours selon l’acte d’accusation, le malheureux écope aussi de tirs de «penalty» à la tête. Des sirènes de police retentissent et font fuir les agresseurs. L’homme agressé devant l’Église est rapidement pris en charge par une ambulance. Ses fractures au crâne et au nez sont multiples, les lésions notamment au cerveau et aux yeux inquiètent les médecins. «Il a dû être intubé, précise l’acte d’accusation. Sa vie a été mise en danger et il a subi plusieurs interventions chirurgicales, (…) plusieurs parties de son cerveau ont dû être enlevées.» Et le document d’énumérer les séquelles: «Troubles cognitifs sévères, mutisme, aphasie totale et problèmes de déglutition.» L’homme, qui est alité en permanence, n’a plus sa capacité de discernement.

Une température de -10

La seconde victime, qui présente des lésions comparables à celles de la première, n’a été prise en charge que trois heures et demie après l’agression sur les voies couvertes. «G. et ses comparses l’ont laissée pour morte à un endroit peu fréquenté la nuit, alors même que la température ressentie était de -10 degrés, avec un important risque de gel», note le procureur.

Un passant a retrouvé le malheureux par hasard à 4 h 45. Ce dernier a été plongé dans un coma artificiel durant des semaines. Il a dû subir plusieurs opérations et souffre aujourd’hui de crises d’épilepsie violentes: «À long terme, il devra vivre dans un milieu médicalisé (…), il a perdu une grande partie de ses aptitudes physiques mentales et psychiques. Les atteintes neurologiques sont graves et irréversibles.» Aux yeux du procureur, G. et P. ont agi avec une absence particulière de scrupules. Ce qui l’a conduit à alourdir les charges en retenant non pas une tentative de meurtre, mais une tentative d’assassinat. «Ils ont agi avec un mobile et un but particulièrement odieux, soit le désir de se défouler, par pur amusement et d’une manière purement gratuite.»

Selon le procureur, ils avaient planifié d’attaquer les premières personnes rencontrées au hasard, en «s’acharnant même après qu’elles sont à terre, de façon barbare». Le Parquet estime que les prévenus ont voulu «donner la mort ou ont accepté l’issue fatale au cas où elle se produirait».

D’autres agressions citées

Et le document de révéler l’existence de cinq autres agressions «commises par les mêmes auteurs» à la fin de l’année 2016. Notamment près de la pataugeoire sur les voies couvertes de Saint-Jean, vers la maison de quartier, sur l’île Rousseau, devant un bar aux Délices. Autre rebondissement dans cette procédure: l’acte d’accusation reproche aujourd’hui aux deux prévenus majeurs un autre tabassage «d’une dizaine de minutes» survenu le 28 décembre, vers 2 h du matin, devant le Bâtiment des Forces Motrices (BFM).

Quelques jeunes, dont une femme, discutaient tranquillement, assis par terre, avant de recevoir une pluie de coups. Les victimes ont terminé leur soirée avec un traumatisme crânien pour l’une, des bleus au visage pour l’autre et deux dents cassées pour la dernière. Après des mois d’une enquête minutieuse et efficace, la bande a été arrêtée au début de juillet 2017. S’était-elle tenue tranquille entre janvier et l’été? Visiblement pas. Quelques semaines plus tôt, G. et deux des mineurs auraient volé entre 10 et 15 vélos. G. devra donc aussi être jugé sur ce point l’an prochain.

Créé: 15.11.2018, 07h20

«L’émotion a guidé l’instruction de cette procédure»

Avocat de G., Me Guerric Canonica réagit aux réquisitions rendues ce mois par le Ministère public: «L’extrême gravité des conséquences des actes ainsi que le jeune âge des auteurs m’incitent à la retenue et à ne point commenter l’acte d’accusation. Il appartiendra essentiellement au Tribunal criminel de dire, en droit, si les auteurs avaient une intention homicide.»
Défenseur de P., Me Guillaume de Candolle relève que son client «est satisfait qu’un acte d’accusation ait été rédigé
et qu’il puisse enfin être jugé. Il espère que le tribunal fera abstraction de l’émotion qui a guidé l’instruction de cette procédure.»

Me Simon Ntah est curateur de la victime frappée devant
la paroisse. Il s’agit d’un Tunisien de 38 ans qui ne connaissait pas ses agresseurs. Au lendemain du drame, l’avocat précisait que son mandant, l’aîné d’une fratrie, était arrivé à Genève quand il était enfant. Ses frères et sœurs seraient, eux, nés en Suisse.

Ce Nord-Africain sans emploi, qui ne travaillait plus depuis quelques mois, s’était récemment séparé de son amie et avait donc dû déménager chez sa sœur, où il vivait au moment des faits: «Comme le confirme le père de mon mandant, ce dernier a toujours été un jeune pacifique cherchant à apaiser les conflits, ajoutait à l’époque Me Ntah. Mon client est un homme sans histoire, qui n’aime pas les embrouilles.»

Près de deux ans plus tard, comment le pénaliste genevois qualifie-t-il les actes décrits en détail dans l’acte d’accusation? «Le crime est d’une telle gravité que toute qualification extrajuridique n’a pas de sens. La seule chose qu’on puisse attendre, c’est que ces personnes soient jugées le plus vite possible afin qu’elles répondent de leurs actes.»
La seconde victime est un Suisse de 37 ans. Dans un premier temps, avant que sa santé ne se dégrade, il a pu dire aux enquêteurs: «Je ne pensais pas que quelque chose comme ça était possible à Genève.» Aujourd’hui, il souffre de violentes crises d’épilepsie en lien avec l’agression.
«Les prévenus ont détruit la vie de mon client, qui n’est plus le même homme, affirme sa curatrice, l’avocate Me Laura Santonino. Ils ont fait preuve d’une violence inouïe et qui dépasse l’entendement. Mon client et son ami n’aspiraient qu’à passer une soirée tranquille. Ils se sont retrouvés au mauvais endroit au mauvais moment. Cela aurait pu arriver à chacun de nous, ce qui est particulièrement terrifiant.» F.M.

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