Surprise, les forains sont plutôt contents des Fêtes de Genève

Bilan à mi-parcours Pas unanimes, les évaluateurs saluent des avancées ou proposent des améliorations.

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Les Fêtes 2016 sont sur la bonne voie. Pas de commentaires dithyrambiques, mais des avis majoritairement positifs. Les mécontents sont Jean Barth, auteur de l’initiative sur les Fêtes, les riverains des Pâquis et les fondateurs du groupe Facebook «Touche pas à mes Fêtes!!!!» Un grand pourfendeur de la nouvelle formule, le conseiller municipal MCG Jean-Philippe Haas, n’a pas souhaité s’exprimer pour le moment. Et surprise: les forains sont plutôt satisfaits!

Au niveau des points positifs, nombreux sont ceux qui apprécient la vue retrouvée sur le lac grâce à la nouvelle disposition des stands et manèges. En ce qui concerne les points négatifs, plusieurs regrettent la réduction des animations au Jardin anglais et soulignent l’absence de point névralgique, ce qui dilue l’ambiance. Enfin, les fontaines flottantes n’ont pas séduit autant que prévu. Faut-il croire Frédéric Hohl, fondateur de la société d’événementiel Nepsa, quand il affirme que «toutes les critiques du monde s’estomperont à la fin, car les gens ne retiennent que les feux d’artifice»?

Les riverains et le groupe Facebook

«Globalement, je trouve ça pas mal», affirme François Lefort. Le député précise qu’il s’exprime à titre personnel, et non en tant que président de l’Association des intérêts des Eaux-Vives, en raison de divergences avec son comité. «L’interdiction aux voitures dès le vendredi soir, je trouve ça très bien, très reposant. Comme la disposition des stands. On voit enfin le lac. C’était une très bonne idée aussi de décaler les forains. Les stands sont plus beaux, il y a des efforts esthétiques, ça flatte l’œil. Les plus acharnés contre ces Fêtes de Genève sont des types qui pour la plupart y ont travaillé avant, ils sont donc décrédibilisés.» Il plaide pour «des Fêtes qui durent deux mois, mais pas dans ce format ni cette densité-là».

La suppression des Pré-Fêtes est le principal grief de Sébastien Jolliet, coadministrateur du groupe Facebook «Touche pas à mes Fêtes!!!!» La nouvelle formule «n’a rien de vraiment mirobolant. Il manque la place centrale qu’était le Jardin anglais, il n’y a plus de lien entre les deux rives. Il n’y a pas d’ambiance commune, chacun fait sa petite tambouille.» Et les fontaines flottantes? «C’est nul, ça n’a aucun intérêt, les gens ne regardent pas.»

Guy Valance, fondateur de l’Association des habitants des Pâquis (SURVAP), est très remonté. Souffre-t-il des lignes de bus détournées? «Ça, ce n’est pas bien grave, ce qui est grave, c’est la symbolique. L’emprise sur le sol est moins prégnante et destructrice. Mais ça reste une foire du consumérisme, du mauvais goût et du pognon, à l’image de Genève. Les prix restent très élevés et n’ont rien de populaire. C’est un squat du domaine public à des fins exclusivement commerciales, sans parler de l’apogée avec cet épouvantable feu d’artifice.»

Les pros de l'événementiel

Michael Drieberg, directeur de Live Music Production, parle d’évolution plutôt que de révolution. «Ça va vers le mieux. La diffusion de la musique est de meilleure qualité. Les stands sont plus homogènes, mieux aménagés. C’est très positif d’avoir dégagé les bateaux des quais et concentré les manèges aux deux extrémités.» Un point noir: «Ce qui me frappe, c’est l’emprise des hôtels 5 étoiles et clubs de luxe. Ils prennent une place gigantesque. Ce sont les plus beaux endroits de la rade, c’est dommage de les fermer pour des happy few. Cette privatisation n’est pas normale. Je vois aussi des marques qui s’installent, il faut faire attention aux dérives.» Il fustige les prix des forains. «Il faudrait mettre en place un forfait d’accès à tous les manèges, comme je l’ai vu à Saint-Tropez, Montréal ou New York.» Son rêve? Un chemin flottant comme l’a construit l’artiste Christo sur le lac d’Iseo. «Ça a attiré plein de gens, je trouverais ça génial.»

Frédéric Hohl, fondateur de Nepsa et président des Fêtes de 1997 à 2000, regrette surtout l’absence de programme. «Il faut quand même mettre quelque chose…» Mais il admire «les grosses infrastructures, très élégantes, même si toutes ces terrasses sont prévues uniquement pour le soir des feux. C’est dommage.» Quant aux fontaines flottantes, «tous les concepteurs savent que la rade est tellement grande que ce type de spectacle y paraît riquiqui. Il faudrait plutôt le faire vers le pont de la Machine.»

Les forains

Après des semaines de tensions, les forains revoient leur appréciation. «Financièrement pour l’instant, c’est plutôt positif en ce qui me concerne, mais je suis situé à l’entrée de la fête, relève Willy Bourquin, porte-parole de l’Union des forains de Genève. Le chiffre d’affaires baisse de 10% tous les 100 mètres. Ce qui nous sauve, c’est les six jours d’exploitation en plus que nous avons obtenus. On s’attendait à pire, on pensait que les gens ne viendraient pas, que les jeunes resteraient aux concerts, mais pas du tout. On n’aurait pas pensé faire autant d’entrées, les affaires vont dans le bon sens.» Au fin fond de la Rive gauche, un employé du Paris Dakar est plus morose. «On est trop en arrière, les adultes viennent, pas les enfants.»

Micro-trottoir

Théodore, 17 ans, vit de petits jobs aux Fêtes et confie préférer cette édition à celle de l’an dernier. «On voit vraiment le lac cette année, c’est ce qui fait le charme de Genève. Il y a des terrasses aménagées. C’est moins stress, les passages sont moins étroits. Je vois plus de gens habillés chic. Par contre, la durée est trop courte: trois semaines, c’était bien.»

Dora Cecilia, 52 ans, vient chaque année depuis trois ans. Elle juge l’édition 2016 «magnifique, c’est bien organisé. Avoir mis les manèges d’un côté et les stands de l’autre me paraît beaucoup mieux. Les fontaines et l’île flottante, c’est joli, c’est relaxant.»

L'initiant face aux hommes politiques

Jean Barth, auteur de l’initiative communale «Pour des Fêtes de Genève plus courtes et plus conviviales», campe sur ses positions. «Au niveau de la durée, les Fêtes sont plus courtes, mais la durée du montage des installations a augmenté. Il a commencé le 6 juillet, soit dix jours plus tôt que les années précédentes. Concernant l’espace, on a déplacé un peu les nuisances (ndlr: les manèges). On a épargné le centre du Jardin anglais, mais pas ses bords. La superficie de pelouse utilisée me semble plus grande qu’avant. Bref, la rade reste un champ de foire.»

Le maire de Genève, Guillaume Barazzone, relève des éléments positifs, comme la réduction de l’emprise sur le Jardin anglais. «C’est une bonne chose car les arbres centenaires étaient menacés par le piétinement.» Il rappelle que ce n’est que la première étape, car Genève Tourisme s’est engagé à réduire l’emprise de 30% sur trois ans. L’élu PDC note aussi une amélioration de la qualité de certains stands. «Ils sont plus soignés, un effort a été opéré. Et le fait d’avoir libéré la vue et la promenade est très positif, ça rend la rade aux touristes et aux Genevois.»

Olivier Gurtner, conseiller municipal socialiste, est l’auteur d’une motion qui demandait un rapport détaillé au sujet des négociations avec Genève Tourisme et des exigences de la Ville. Il trouve que l’évolution va dans le bon sens. «Le nouveau concept est en lien avec le site existant: la rade est à nouveau visible, on a remis le bijou sur l’écrin. L’accès au lac est garanti partout.» Selon lui, «les prix sont accessibles, on trouve de la bière à 4 francs. Il est positif que les autorités aient tapé du poing sur la table. Genève Tourisme a compris, la collaboration est constructive.»

Les stands et leur voisin

Sivan Karabulut, de l’association Sonopack, fait partie des nouveaux venus. Il tient notamment la scène Cirrus, située en retrait des Fêtes, derrière les forains de la Rive gauche. «Notre scène marche vraiment à fond alors qu’elle est très excentrée. Il y a tout le temps du monde. C’est du bonheur de voir tous ces gens, il y a une super-ambiance. Ils ont aussi envie de quelque chose de simple, sans VIP ni réservations. La plupart viennent avec leurs bouteilles et ne consomment pas au bar. Pour le futur, on aimerait monter un vrai village alternatif.»

Et la météo, ces quelques jours de pluie? «On imaginait faire une petite marge, mais je pense qu’on va juste rentrer dans nos frais.»

L’espace Playa Salsa revient pour la deuxième fois. La piste de danse est parfois un peu petite vu l’affluence, mais Annabel se dit déjà «contente d’avoir un endroit pour faire danser les Genevois en plein air l’été». Elle regrette simplement d’être «si loin du Jardin anglais, il y a moins de touristes qui passent».

Au port miniature, voisin malgré lui de la manifestation, Pietro Bianco estime bénéficier de «plus de dégagement. Avant, plus personne ne nous voyait.»

Il déplore un «manque de communication», notamment concernant le programme. Situé juste devant l’île flottante, il entend tous les commentaires. Selon lui, «il y a 90% de contents, le reste trouve que c’est de l’argent gaspillé».

(TDG)

Créé: 10.08.2016, 17h30

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