Sur la place Simon-Goulart, les palabreurs font banc commun

La vie vue de mon banc 2/6Une aire de pique-nique entre temple et bassin-fontaine. Un précipité de sociologie urbaine à observer jour et nuit.

La place Simon-Goulart fait chaque jour table d’hôte. Sa plateforme en bois, à usages multiples, tient du banc communautaire.

La place Simon-Goulart fait chaque jour table d’hôte. Sa plateforme en bois, à usages multiples, tient du banc communautaire. Image: Laurent Guiraud

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Les jolis paysages, c’est bien; les gens qui les habitent, c’est encore mieux. On quitte le perchoir rousseauiste de Saint-Jean, prenant de haut le populaire quartier de la Jonction, pour redescendre au centre-ville. Avec arrêt sur la place Simon-Goulart. Ici, les citadins viennent en bande s’agréger au banc public comme les phalènes à la lampe à pétrole.

Banc communautaire par excellence. Une longue plateforme en bois composée de tables et de larges banquettes. Une aire de pique-nique si l’on veut, mais améliorée, capable de se transformer à vue en liseuse ou en transat, en bar à bière ou en scène musicale, selon les usages qui s’inventent à son contact.

Le contemplatif peut s’adonner à son deuxième plaisir: observer ses contemporains en se mettant en retrait de ce mobilier à rallonge, c’est-à-dire en face, assis à même le sol en pierre, sous les arcades qui protègent du soleil. Un précipité de sociologie urbaine s’offre à lui.

Toutes les couches de la société s’y donnent rendez-vous. Le «pique-niquer ensemble», au rythme soutenu d’une table d’hôte qui remplit pleinement son rôle pendant les horaires utiles de la mi-journée (l’estomac avant le bronzage), s’élargit le soir venu à des pratiques moins convenues. La station assise cède la place à des regroupements par affinités festives. La plateforme se transforme en estrade, le banc en marchepied.

Le volume sonore s’élève parfois. La place Simon-Goulart se rapproche alors de celle des Grottes les jours de marché: les palabreurs occupent leur banc public comme les oiseaux marins leur falaise. Ils ont choisi la pointe sud du mobilier, pile en face de la rue Vallin, profitant à la fois de l’éclairage raffiné du temple de Saint-Gervais et, à un jet de canette, d’un bassin-fontaine circulaire en béton blanc, une pièce d’eau parmi les plus belles de Genève.

Quand la nuit s’éternise, cette pataugeoire stylée permet toutes sortes de chorégraphies aquatiques, des performances dénudées qui ne se racontent pas forcément à la lumière du jour. Les bouledogues asthmatiques du coin – ils sont nombreux, et particulièrement sensibles à la chaleur – l’ont également adoptée. Pour eux, une piscine à chiens de faible hauteur, un ouvrage providentiel par temps de canicule.

Le monde sur le banc fait jonction avec le règne animal. Les concepteurs de la place défendaient, lors de son inauguration, en 2013, l’idée d’un vaste espace libre, un lieu de détente, de rencontre et de jeu. Ils ont été récompensés comme l’est à sa manière, plus littérale, la haie végétale, dite «semi-persistante», située juste derrière le mobilier public.

Le monde a lui aussi ses urines communautaires et la distance du banc aux WC en sous-sol de la place de Saint-Gervais encourage malheureusement l’arrosage «pied de vigne». Au petit matin, «le monde vu du banc» est d’abord olfactif.

Créé: 06.08.2019, 08h21

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