«L’éclaireur en démocratie n’est pas forcément celui qu’on croit»

DébatDes étudiants genevois et tunisiens ont échangé sur l’état respectif de leur démocratie. Rafraîchissant.

A g., Waël et Youssef ont croisé le fer avec Ema (cinquième à dr.).

A g., Waël et Youssef ont croisé le fer avec Ema (cinquième à dr.). Image: Steeve Iuncker-Gomez

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«Ce qui me frappe, c’est à quel point on prend notre démocratie pour un acquis, comme quelque chose de normal, presque au sens d’ennuyeux.» Cette réflexion de la chancelière d’Etat Anja Wyden Guelpa l’a conduite à inviter des étudiants d’une démocratie plus jeune, la Tunisie, pour échanger ce lundi soir avec leurs homologues genevois, sur le mode de la curiosité bienveillante, pour la semaine de la démocratie.

Un dialogue un peu maladroit s’établit entre Ema, genevoise, et Youssef, tunisien. Elle lui demande sa vision de la modernité et de la tradition, et de la pensée du sociologue Franco Cassano à ce sujet. Ce dernier invite les Méditerranéens à ne pas se laisser happer par la marchandisation et à cesser de voir tout ce qui n’est pas moderne comme forcément archaïque. «J’ai l’impression que l’Occident impose sa définition de la modernité, confirme Youssef. Pour nous elle n’est pas synonyme de laïcité. En étant pragmatique, elle est impossible dans le monde arabo-musulman maintenant. Le changement peut passer par une lecture plus spirituelle de la religion, selon la tradition soufie. L’Etat devrait utiliser la religion pour modeler la façon de penser des Tunisiens.»

Même exercice sur le rôle joué par la société civile, gagnante du Prix Nobel de la paix en 2015 (via le quartette de dialogue). Waël explique son engagement dans une association. «Des internats ont été créés ou réaménagés. On a organisé des «voitures mules» pour acheminer les élèves à l’école, car beaucoup d’entre eux arrivaient déjà fatigués par un long trajet et n’arrivaient pas à se concentrer.» Carmela lui demande: «Tu penses que ça peut avoir une influence sur le gouvernement?» «Il est trop tôt pour le dire. L’association soulève des problèmes dont tout le monde n’a pas conscience.»

Concernant les pratiques sécuritaires, Fanny explique la modification de la loi sur le renseignement sur laquelle le peuple va bientôt voter, tandis qu’Ahmed soutient qu’«en Tunisie, la présence de l’Etat n’est presque que sécuritaire. Elle ne doit pas se résumer à un poste de police, il faut travailler sur le modèle de l’Etat-providence.» Pour Nicolas, l’obligation de servir en vigueur dans les deux pays est «fondamentale. On peut l’envisager comme une alternative idéologique au discours terroriste sur la communauté de destins.»

Slim évoque une initiative porteuse: «En Tunisie, un budget participatif a été mis en place dans quatre communes. Entre 2 et 5% du budget a été voté par les habitants. Je trouve ça incroyable, on va de l’avant.» Roxane vante alors les contrats de quartiers impliquant les habitants de la Ville de Vernier, qui auraient permis une augmentation de 4% de la participation aux scrutins.

La vérité n’est pas sortie de la bouche des enfants, mais de celle d’Angélique Mounier-Kuhn, une intervenante qui a rappelé que le droit de vote des femmes a été obtenu en 1957 en Tunisie, et seulement en 1971 en Suisse. «L’éclaireur en démocratie n’est pas forcément celui qu’on croit.»

(TDG)

Créé: 19.09.2016, 22h47

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