Du sucre modifié devient une nouvelle arme contre les épidémies

SantéUne équipe incluant l’Université de Genève a créé des molécules qui détruisent les virus. Une piste prometteuse de traitement contre le coronavirus.

Image: DR

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Le sucre, nouvelle arme contre les virus. C’est ce que soutient une équipe de chercheurs de l’Université de Genève (UNIGE), de l’EPFL et de l’Université de Manchester. On ne parle pas de sodas en intraveineuse ni de bonbons dans le pilulier. En réalité, les molécules de sucre servent de base pour un traitement inédit qui «leurre» le virus avant de le détruire. Une découverte prometteuse contre les infections dévastatrices comme émergentes. Un espoir, aussi, pour contrer le coronavirus déclaré récemment en Chine.

Avant de parler de l’arme, il faut décrire l’ennemi. Un virus, c’est quoi? Un micro-organisme, plus petit qu’une bactérie, qui parasite l’intérieur des cellules. Il ne se divise pas mais lâche son matériel génétique dans la cellule pour proliférer. «Un virus ne possède pas les ressources nécessaires pour se développer de manière autonome, il a besoin d’un hôte pour se multiplier», précise Caroline Tapparel Vu, professeure au Département de microbiologie et médecine moléculaire de l’UNIGE. Elle a dirigé les travaux sur le sucre avec Francesco Stellacci, professeur à l’EPFL.

Intervenir lors de l'arrimage

Si les antibiotiques sont impuissants contre les virus, des moyens de lutte existent néanmoins. Certains médicaments sont efficaces, mais leur action se limite à un virus spécifique, comme celui du VIH ou de l’hépatite C. Il existe également de nombreux antiviraux, mais ils présentent deux faiblesses, relève la professeure. «La plupart agissent en bloquant la multiplication des virus, sans parvenir à les détruire. D’autre part, leur fiabilité n’est pas garantie car les virus peuvent muter et devenir résistants.»

L’équipe de chercheurs, soutenue par la Fondation Leenards et le Fonds national suisse, a privilégié un autre angle d’attaque. Au lieu d’intervenir sur le virus lorsqu’il est à l’intérieur de la cellule, ils agissent à l’extérieur, en amont, au moment où le virus «s’arrime» à la cellule.

Cheval de Troie en sucre

Il faut imaginer un système de serrure et de clé, image Caroline Tapparel Vu. Le virus possède des protéines de surface, qu’on peut assimiler à une sorte de clé. Pour s’arrimer à la cellule, il va utiliser des récepteurs présents à la surface, qui font office de serrure. Un grand nombre de virus utilisent la même forme de serrure pour entrer. C’est là qu’intervient le sucre.

Les chercheurs ont créé une sorte de cheval de Troie, un leurre, à base d’un sucre, la cyclodextrine. Ils ont modifié ses molécules en lui greffant des chaînes de carbone façonnées de manière à correspondre à la serrure de la plupart des virus – une fausse serrure. «Nous avons travaillé avec des chimistes pour trouver la bonne longueur de chaîne», souligne la professeure.

Les molécules de sucre présentent l’avantage de ne pas être toxiques pour l’organisme, elles sont d’ailleurs déjà utilisées par les industries. Valeria Cagno, chercheuse à la Faculté de médecine de l’UNIGE et copremière auteure des travaux, explique qu’elles servent à créer une capsule dans laquelle on intègre un médicament dans le but d’atténuer, entre autres, son mauvais goût ou son manque de solubilité. «Le fait que ces cyclodextrines soient déjà utilisées facilitera ensuite la mise sur le marché de traitements pharmaceutiques.»

Herpès et dengue battus

Face à ce leurre sucré, le virus croit donc se lier à une vraie cellule. Erreur fatale. L’arrimage va causer la déformation de son enveloppe externe, «qui se déchire, et son génome se retrouve alors exposé, détaille Valeria Cagno. D’une part, le virus n’est alors plus capable d’injecter son génome dans la cellule et, d’autre part, le génome ainsi exposé va activer le système immunitaire de l’individu.»

Ce mécanisme destructeur semble se vérifier quel que soit le virus, rapporte encore sa collègue, pour autant qu’il utilise la serrure imitée. Pour l’instant, les tests en laboratoire ont montré l’efficacité de ce mécanisme contre l’herpès, la dengue et des virus respiratoires. Une autre molécule, avec une chaîne de protéines différentes, fait actuellement l’objet de tests pour détruire le virus de la grippe, qui nécessite une «serrure» différente.

Un brevet déposé

Quels sont les effets sur le nouveau coronavirus? «Nous n’avons pas encore pu les tester, répond Caroline Tapparel Vu. Mais nous savons que le virus du sras, similaire à 80% au nouveau coronavirus, utilise les mêmes serrures que celles testées. Donc en théorie, notre molécule de sucre modifiée pourrait être efficace.»

Un brevet a été déposé, une start-up va être créée pour étudier le développement pharmaceutique de cette découverte. Mais la professeure prévient que le chemin sera encore long avant de pouvoir utiliser cette molécule en tant que médicament. «Il faut de nombreuses validations, des expériences in vivo - sur les animaux - puis sur l’homme.» Une piste pour accélérer sa mise à disposition: utiliser la molécule en crème, en gel ou en vaporisateur nasal pour des actions ciblées, «car il faut moins de validations pour de tels traitements que pour des injections».

Créé: 29.01.2020, 20h10

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