«Il n’y a pas de subventions publiques dans TOSA»

DélocalisationPour le patron d’ABB Suisse, l’État a simplement passé commande et ne peut se sentir trahi par les suppressions d’emplois sur le site genevois.

Remo Lütolf, directeur d’ABB Suisse.

Remo Lütolf, directeur d’ABB Suisse. Image: Georges Cabrera

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La direction d’ABB s’exprime enfin. Après avoir annoncé par voie de communiqué la suppression de près de 150 postes de travail à Genève (100 fixes, environ 50 temporaires), Remo Lütolf, directeur d’ABB Suisse, assure que le site genevois a un avenir. Mais pas avec une production de masse.

– Il y a quelques semaines, ABB Sécheron était encore présenté comme une usine modèle, rentable et leader sur son marché. Vous comprenez que votre décision de délocaliser ait choqué?

– ABB Sécheron est effectivement leader sur le marché des transformateurs de traction et le site genevois a une longue tradition d’excellence. Mais ce secteur est en train de changer. La concurrence, chinoise notamment, s’est accrue et nous devons y faire face. La pression sur les coûts est grande, elle ne nous laisse pas le choix sinon de produire moins cher. Si elle est rentable aujourd’hui, les projections montrent que ce ne sera très vite plus le cas. En même temps, ABB Sécheron a développé des compétences dans des produits d’innovation. Le bus électrique TOSA en est le meilleur exemple: la ligne 23 à Genève en sera équipée dans quelques semaines. C’est un succès qui va ouvrir la voie à d’autres projets dans le domaine de la mobilité durable.

– Vous envisagez de délocaliser votre production en Pologne. Dans un secteur d’activité de pointe comme le vôtre, produire dans un pays à l’étiquette low cost, n’est-ce pas du suicide?

– C’est un pays qui regorge de travailleurs qualifiés et de bons ingénieurs, notamment dans le domaine de l’électricité, issus d’excellentes universités. Et ABB est implanté là-bas depuis des années, avec une longue tradition qui contribue à notre production de haute qualité. Enfin, le facteur coûts est bien sûr important. Ceux-ci peuvent varier de trois à cinq fois moins en fonction du type de travail.

– La décision s’apparente à une première étape vers un démantèlement complet du site genevois. Vous contestez?

– C’est faux. Le site de Genève resterait le centre de compétence du groupe pour les transformateurs de traction. La R&D, les ventes, la gestion de projet restent, tout comme une ligne de production pour les petites séries et les prototypes. C’est la production de masse qui doit être transférée. Puis TOSA et les projets dans la mobilité durable deviendront la pierre angulaire du site genevois. Je rappelle que la mise en service de bus 100% électriques à Genève est une première mondiale. Je suis sûr qu’il aura un grand rayonnement. D’ailleurs, cela a déjà débuté avec la commande de vingt bus et stations de recharge par la Ville de Nantes.

– Mais TOSA à Genève, ce ne sont qu’une poignée d’emplois…

– L’idée de TOSA vient de Genève et c’est devenu un projet du groupe, avec d’autres personnes impliquées sur d’autres sites. Pour l’instant, c’est vrai, nous n’avons pas besoin de centaines de personnes ici pour cette tâche. Mais le potentiel est grand et l’évolution dépendra des volumes commandés.

– TOSA a été développé dans le cadre d’un partenariat avec l’État. Comprenez-vous que les politiques se disent trahis?

– Le développement et toute l’ingénierie de TOSA ont été financés par ABB, avec un investissement conséquent. À l’exception de 700 000 francs pour la phase pilote, destinés à l’achat de matériel, il n’y a pas de subventions publiques dans ce projet. Les TPG ont passé une commande, comme n’importe quel autre client, de 15 millions: 11 millions pour les stations de recharge et 4 millions pour de l’équipement électrique pour les bus (ndlr: le reste a servi à l’achat des bus auprès de l’entreprise soleuroise Hess).

– Le site genevois bénéficie-t-il d’avantages fiscaux?

– Pour être transparents, nous avons bien un accord avec le fisc genevois. ABB Sécheron bénéficie d’une imposition réduite en fonction du chiffre d’affaires généré dans le domaine de l’innovation, comme d’autres entreprises. Mais à l’image de TOSA, ces marchés sont dans une phase initiale, nous n’avons donc bénéficié d’aucune réduction.

– Voilà quatre jours que le personnel d’ABB Sécheron ne travaille pas. Où en sont les discussions?

– Elles sont difficiles. Il y a beaucoup d’émotions dans ce processus que nous souhaitons mettre en œuvre de la meilleure manière possible. Nous attendons de toutes les parties prenantes que les procédures relatives à la période de consultation telles que définies par la CCT en vigueur soient respectées. Si c’est le cas, nous pourrons progresser.

– Vous prévoyez des mesures de rétorsion?

– Les discussions avec les partenaires sociaux progressent, et nous souhaitons pouvoir continuer les discussions dans une ambiance constructive. Il y a une CCT qui est là pour cadrer ces opérations et si tout le monde s’y tient, nous pourrons chercher ensemble des solutions.

Créé: 16.11.2017, 19h53

Le syndicat refuse le terme de «grève»

«Non, ce n’est pas une grève.» Les mots ont leur importance et, en l’occurrence, le secrétaire régional d’Unia, Alessandro Pelizzari, refuse d’employer le terme après quatre jours d’inactivité sur le site de la zone industrielle de Meyrin-Satigny. «Il s’agit d’une consultation collective. Durant ces journées, les salariés ont travaillé sur des propositions concrètes afin de sauver les emplois.»

Après quatre jours tendus, le ton a légèrement baissé des deux côtés. Jeudi, le syndicat a salué «des pourparlers constructifs» avec la direction. Selon Alessandro Pelizzari, un protocole d’accord se dessine. Il consisterait à suspendre le plan élaboré initialement par la direction afin d’évaluer divers scénarios. C’est dans ce cadre-là que pourraient se mener, à partir de lundi, les discussions de la task force lancée par le Département de l’économie. Y siégeront Pierre Maudet et Mauro Poggia, conseillers d’État en charge respectivement de l’Économie et de l’Emploi, des représentants des salariés, des syndicats et des membres de la direction. Ces derniers ont accepté l’invitation à participer à ces pourparlers.

Pour Alessandro Pelizzari, il est essentiel que la direction suspende ses projets. «Les salariés prennent très au sérieux la question de l’avenir du site. Mais il est difficile pour eux de participer à des discussions concrètes avec le poids d’une telle épée de Damoclès.»

Si le directeur d’ABB Suisse a considéré qu’Unia est allé trop loin, Alessandro Pelizzari, lui, affirme que le syndicat «a fait son boulot». La différence avec les autres sites du groupe basé à Zurich s’explique par «un personnel extrêmement uni, avec une délégation du personnel très bien préparée».

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