Les stages d’insertion brisent des clichés négatifs

Aide socialeUne étude dévoile des bénéficiaires de l’aide sociale ni paresseux ni profiteurs mais prêts à s’engager pour s’en sortir.

En 2017, 1542 personnes ont profité des AdR.

En 2017, 1542 personnes ont profité des AdR. Image: Getty Images

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L’Observatoire de l’aide sociale et de l’insertion (OASI) publie une étude sur les activités de réinsertion (AdR) – des stages à 50% non rémunérés d’une année en emploi – que propose l’Hospice général à certains bénéficiaires de l’aide sociale. L’objectif était évidemment d’en évaluer l’utilité, la perception par les stagiaires et de vérifier que ce «personnel gratuit» ne profite pas un peu trop à l’État et aux organismes subventionnés. C’est en effet uniquement dans ces lieux qu’ils se déroulent.

«Globalement, les résultats sont nuancés, mais orientés plutôt positivement, commente Aude Martenot, la docteure en socioéconomie qui a rédigé le rapport. Majoritairement, les stagiaires se montrent extrêmement motivés, mais sont en mal de reconnaissance pour le travail effectué parce qu’ils ne touchent aucun salaire. Du côté des institutions qui les emploient, on apprécie l’apport de ces ressources supplémentaires et on regrette aussi souvent l’absence de rémunération.»

1542 stages en 2017

L’étude est basée sur les réponses à un questionnaire rempli par des stagiaires en AdR (94 personnes), des assistants sociaux (81), des encadrants (52) et des responsables d’institutions (25). En 2017, 1542 personnes ont profité des AdR.

«L’appréciation positive nous a un peu étonnés, admet Jocelyne Haller, membre du comité de l’OASI et député d’Ensemble à Gauche. Il est possible qu’elle ait été accentuée par le fait que ce sont les institutions accordant le meilleur encadrement qui ont majoritairement répondu.»

C’est peut-être cela qui explique aussi que des responsables d’institution et des encadrants reconnaissent que «ces stages pallient le déficit de personnel». Un manque qui s’explique soit par des ressources financières insuffisantes soit parce que les bénévoles se font rares.

Des bénéficiaires motivés

«Ce qui est certain, c’est que les résultats cassent des stéréotypes, poursuit-elle. Celui, par exemple, de la personne à l’aide sociale qui s’en accommode si bien qu’elle ne fait rien pour changer la situation. On s’aperçoit en réalité qu’elles sont très enthousiastes dès qu’on leur propose quelque chose et qu’ils ont les compétences nécessaires pour assumer les tâches demandées.»

Cela est d’autant plus remarquable que les personnes concernées sont supposées être les bénéficiaires de l’aide sociale les plus éloignés du marché du travail. «Il faut comprendre qu’être exclu du monde du travail, c’est être exclu de la société et vivre en marge, explique celle qui fut longtemps assistante sociale. Ces stages sont donc vécus comme une occasion de retrouver tout cela. Être à l’aide sociale est souvent vécu comme une honte, c’est quelque chose que l’on tait.»

Le stage constitue par conséquent bien un moyen d’être inséré professionnellement et reconnu socialement. Mais cela reste un peu artificiel puisqu’il n’y a pas de rémunération et que le stage est, par définition, limité dans le temps. Même s’il arrive quelques fois que des stagiaires soient ensuite engagés.

Réfléchir à des alternatives à l'emploi

On atteint là les limites de l’exercice pour Jocelyne Haller. «La réalité, c’est qu’il existe tout une série de personnes à qui la société ne parvient pas à donner une place dans le marché du travail, affirme-t-elle. Ils n’ont plus que l’aide sociale comme horizon, et cela, ce n’est pas acceptable.»

C’est pourquoi on trouve parmi les quinze recommandations que formule OASI l’idée d’organiser des assises. Leur thème, rien de moins que l’avenir de l’aide sociale «et les indispensables nouvelles formes de protection et prévoyance sociales nécessaires en situation de crise économique durable».

«Si on admet qu’il n’y a plus, aujourd’hui, une place de travail pour chaque personne, alors c’est un devoir pour l’État de réfléchir à ce qu’il peut proposer comme alternative», conclut-elle. L’idée de mettre sur pied des assises est lancée, mais le projet n’en est qu’à ses débuts. Aucune date n’a dès lors été fixée. (TDG)

Créé: 05.12.2018, 09h07

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