Les sports de glisse perdent l’une de leurs enseignes emblématiques

CommercesSpécialiste du ski nautique, Sport 137, à Versoix, fermera à la fin de l’année. Le chantier de la route de Suisse n’est pas seul en cause.

Il n'est pas forcément facile d’accéder aujourd’hui à Sport 137, le magasin ouvert par Gilbert Rhême en 1984 à Versoix.

Il n'est pas forcément facile d’accéder aujourd’hui à Sport 137, le magasin ouvert par Gilbert Rhême en 1984 à Versoix. Image: Lucien Fortunati

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Une page se tourne à Versoix. Après trente-quatre ans d’existence, Sport 137 fermera définitivement ses portes à la fin de l’année. Ce magasin a fait le bonheur des férus de sports de glisse. Situé sur la route de Suisse, il souffre depuis dix-huit mois du mégachantier qui chamboule tant le paysage que la circulation. Mais son patron et créateur, Gilbert Rhême, préfère, lui, se souvenir des belles années.

«Je ne regrette rien, c’est une très belle aventure que j’ai vécue à fond, lance celui que tout le monde appelle Gilou. Même si, quand j’ai ouvert, en 1984, on pouvait traverser la rue sans risque. Là, il est vrai que ça devient infernal…» Y compris pour les piétons, on en a fait l’expérience en lui rendant visite.

Des années folles

Sport 137, c’est avant tout une affaire de famille. Gilou y travaille avec son épouse, Véronique, qui s’occupe de la comptabilité. Ses deux filles, Julie et Mélanie, ont aussi participé au succès du magasin: la première s’occupe du site web, des réseaux sociaux et du marketing, la seconde a contribué à la mise en place de la boutique en ligne.

Sport 137, c’est également une histoire de passionnés de ces sports d’eau – planche à voile, ski nautique, wakeboard, etc. – qui ont pris leur essor dans le dernier quart du siècle passé. «À l’époque, une poignée d’enseignes se sont ouvertes, rappelle Gilou. Wind Service, Tropical Corner, Force 5, Techno Surf et nous. On animait en parallèle des écoles de sports nautiques sur le lac. C’était mon cas dès 1974, avec Choiseul Surf, à Port-Choiseul. La planche à voile, c’était la folie, la grande nouveauté. On s’est tous spécialisés pour offrir le meilleur matériel et le meilleur service. Gagner la confiance des clients, leur vendre de beaux produits, c’est ce qui m’a toujours motivé.»

La révolution internet

Professeur et instructeur de ski alpin et de ski de fond – «J’ai obtenu tous mes brevets dans la meilleure école de Suisse, aux Grisons», glisse-t-il fièrement – Gilou a surfé durant des années sur la vague du succès, en se spécialisant notamment dans le ski nautique. Un domaine dans lequel son magasin est devenu un incontournable en Suisse et même bien au-delà des frontières nationales, «tant pour les amateurs que pour les professionnels», affirme-t-il.

«Le pic s’est situé vers 2008-2009. Après, ça a été plus difficile, les affaires sont allées en dents de scie», avoue Gilou. En cause? Pas encore les travaux de la route de Suisse, bien sûr, mais la concurrence de la vente en ligne par les grands distributeurs. «Je n’aurais jamais imaginé qu’internet changerait à ce point les habitudes de consommation des Suisses. Je le regrette, car malheureusement on achète tout et surtout n’importe quoi en ligne. Trop souvent, les produits sont mal montés et ne correspondent pas vraiment aux clients. Ces derniers s’étonnent ensuite, en venant chez moi, que je ne veuille pas leur fournir un service après-vente bon marché sur ce genre de matériel inadapté à l’utilisation qu’ils désirent en faire!»

Gilou n’a pas la parole dans sa poche: «Mon matériel de ski nautique, par exemple, je le fais venir directement des États-Unis, où je me suis rendu pour visiter les quatre grandes usines, à Seattle. C’est ce qui me permet de proposer d’excellents produits, mais aussi des conseils de spécialiste!»

La dernière goutte d’eau

Dans ce contexte commercial plus tendu, les travaux sur la route de Suisse (on y revient) représentent «la dernière goutte d’eau. On a nous annoncé qu’ils allaient durer trois ans, mais en plusieurs phases. Notre portion de route représente la première phase, mais elle a commencé il y a bientôt deux ans! Je ne critique pas ces travaux, ils sont nécessaires. Encore que ça faisait trente ans qu’on en parlait… Mais mon chiffre d’affaires a baissé de moitié environ, même si l’accès au magasin a toujours été à peu près assuré. J’aurais surtout apprécié qu’un représentant de la Commune passe nous voir de temps à autre, pour s’enquérir de nos besoins. Je n’ai vu personne jusqu’à présent!»

Du temps pour ses petits-enfants

À 70 ans, Gilou s’apprête donc à fermer Sport 137. Sans regret néanmoins: «J’ai fait ce que j’aimais, assure-t-il. Maintenant, je tourne la page. J’ai trois petits-enfants et je me réjouis de pouvoir enfin leur consacrer du temps.» (TDG)

Créé: 05.11.2018, 18h30

«La Mairie est consciente des problèmes dus au chantier»

«Les gros travaux sur la route de Suisse posent des problèmes, nous en sommes conscients, reconnaît Patrick Malek-Asghar , maire de Versoix. Et même s’il s’agit d’un chantier situé sur une route cantonale, donc piloté par le Canton, la Mairie fait tout son possible pour aider les usagers et les commerçants.»

Le conseiller administratif répond aux critiques formulées par Gilbert Rhême: «Si nous ne sommes pas allés voir tous les commerçants, nous leur avons écrit et avons organisé plusieurs séances d’information ouvertes au public. Nous avons également ouvert une ligne téléphonique pour répertorier les problèmes. Nous tentons d’accompagner au mieux ce chantier. Par exemple en assurant en tout temps l’accès aux commerces. Nous avons aussi demandé à l’État de démarrer la prochaine phase de chantier après les Fêtes de Noël, et pas pendant, ce qui a été accepté. J’ajoute que la Mairie encourage les habitants à privilégier les commerces versoisiens, qui proposent tous une offre de qualité et demeurent ouverts malgré les restrictions de circulation.»

Patrick Malek-Asghar indique par ailleurs que les travaux n’ont pas pris de retard: «On est dans les temps», se réjouit-il, avant de conclure: «La pose d’un revêtement phonoabsorbant représentera un réel avantage à long terme, de même que les nouveaux aménagements qui sont prévus. D’ailleurs, nous constatons qu’il y a déjà de l’intérêt pour occuper les futures arcades commerciales le long de la route de Suisse.»
X.L.

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