Le sport fait-il du mal?

SantéL’activité physique séduit toujours plus de monde. Le marathon l’illustre. Mais gare aux excès, qui fragilisent les articulations et le cœur à long terme.

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Interrogé sur le secret de sa longévité, Winston Churchill aurait répliqué: «No sport, just whisky and cigars.» Formule savoureuse, dans un monde où l’injonction à transpirer pour préserver sa santé se fait toujours plus forte. Et s’il avait raison après tout, du moins lorsqu’on en fait trop? L’excès sportif est-il nocif? La question se pose ce week-end alors que 17000 braves vont, sans doute sous la pluie, suer sang et eau pour courir les 42,195 kilomètres du marathon. Vouant un culte à la performance physique et au dépassement de soi, enivrés par le bien-être prodigué par l’effort (lire le témoignage ci-contre), avons-nous oublié que Philippidès, le premier marathonien, est mort de son exploit?

«C’est une légende», rit le Dr Gérald Gremion, médecin du sport au Centre hospitalier universitaire vaudois et chef du Swiss Medical Olympic Center. Il cite de mémoire une étude sur 11 millions de coureurs: «On a recensé 59 arrêts cardiaques, dont 23 mortels. C’est très peu. Et ces 23 cas touchaient des jeunes souffrant de malformations cardiaques que l’on aurait pu repérer.» Pour le médecin, le marathon est devenu «très banal. Tout le monde est capable de le faire.»

Contre-indications

Tout le monde? Pas si vite. Avant de goûter à ce plaisir, un check-up est conseillé. «Un test d’effort, un électrocardiogramme et une échographie permettent de détecter des anomalies rythmiques et structurelles du cœur qui représentent une contre-indication à la pratique d’un sport intense», note le professeur François Mach, chef de la cardiologie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

«Les personnes obèses, non sportives, souffrant d’anomalies anatomiques ou d’arthrose devraient aussi renoncer au marathon», ajoute le Dr Maximilian Schindler, médecin du sport aux HUG. Il conseille de commencer par un 10 km ou un semi-marathon: «En tant que médecin du sport, je suis là pour encourager les gens, pas pour les freiner. Mais je ne peux pas dire qu’en courant un marathon, on fera du bien à son corps, sur un plan strictement physique.»

Un an, voire deux de préparation

«Le danger, c’est l’impréparation, reprend Gérald Gremion. Se décider à Noël, commencer à courir en mars pour un marathon en septembre, ça ne va pas. Il faut un an, voire deux ans de préparation.» Et point trop n’en faut: «Deux marathons par an, c’est déjà beaucoup.» Quant aux trails, ces courses à fort dénivelé en milieu naturel, qui peuvent aller jusqu’à 180 km, il les déconseille sans ambiguïté: «C’est tout simplement trop.»

Une fois dans la course, le dermatologue Pierre Piletta souligne l’importance d’une protection vestimentaire contre le soleil (garder casquette et t-shirt même s’il fait chaud). Gare aux frottements, aux cloques et à la déshydratation (lire ci-contre). Plus difficiles à prévenir: les douleurs intestinales, les crampes, voire les diarrhées. «Il faut se connaître et doser son effort. Après 40 ans, il ne faudrait plus viser l’exploit. Il n’y a pas de honte à s’arrêter et à marcher un peu», rappelle François Mach. Lui-même adepte des 42 kilomètres – il s’y colle pour la 25e fois! – il admet qu’«en soi, le marathon n’est pas une bonne chose pour le corps. De façon générale, faire trop d’effort – la limite est sans doute liée à l’âge – n’est bon ni pour les articulations ni pour le système cardiovasculaire.» Après un marathon, le cœur souffre mais récupère rapidement. Le médecin conseille de boire beaucoup et de réduire sensiblement son activité physique durant dix à quinze jours pour récupérer.

Sur le long terme, «un entraînement intensif peut favoriser des arythmies bénignes ou malignes; on a vu des champions cyclistes au cœur affaibli, plus à risque de faire un infarctus», ajoute François Mach. Et Maximilian Schindler liste d’autres effets d’un effort excessif sur la durée: «Nous voyons souvent des surcharges des tendons, des lésions musculaires, des fractures de fatigue, des maux de dos. Les impacts répétés accélèrent le vieillissement des articulations.»

Hormones, psychisme, diététique

Les femmes qui en font trop risquent de développer la «triade de l’athlète féminine» (disparition des règles, fractures de fatigue et ostéoporose). «Les hommes sont aussi concernés. Bien d’autres aspects peuvent être déséquilibrés: les hormones, les os, la psychologie, la diététique», détaille le Dr Schindler.

«Les problèmes hormonaux surgissent quand l’activité intense s’associe à un poids corporel très bas, précise la Dre Maria Mavromati, chef de clinique en endocrinologie aux HUG. L’absence de règles affecte la fécondité; chez les adolescentes, elle peut altérer la croissance et la densité osseuse. Dans certains cas, elle peut également favoriser une hyperandrogénie et de l’acné.»

Addiction au sport?

Malgré ces risques, la course intense séduit. «Dans une société soucieuse de l’esthétique, qui valorise le maintien de la jeunesse et inflige beaucoup de stress au travail, courir représente une manière peu chère et accessible de garder la ligne et de se ressourcer, fait valoir le Dr Schindler. La dépendance s’installe quand on a besoin d’augmenter son activité pour obtenir la même satisfaction.»

Peut-on parler d’addiction au sport? «C’est très débattu», selon le psychiatre Daniele Zullino, chef du Service d’addictologie des HUG. A dose raisonnable, le sport améliore l’humeur. «Libération d’endorphines, variation des battements de cœur, irrigation des muscles, sensation d’être en accord avec son corps: les raisons de ce bien-être abondent. Il arrive que des sportifs d’endurance développent des automatismes similaires à ceux de l’addiction, en courant sans le vouloir vraiment, au lieu de travailler ou de s’investir dans des relations sociales. Mais cela se calme souvent avec l’âge.»

In fine, que conseiller? «Ne rien faire n’est pas bon. En faire trop non plus. Mais une activité physique modérée, deux fois par semaine, protège des maladies cardiaques, du diabète, de certains cancers et des maladies dégénératives», résume François Mach. On peut aussi se faire du bien en marchant trente minutes par jour. Mais sans cigare ni whisky.

Créé: 05.05.2017, 19h36

La nutrition avant et pendant une longue course

Attention à bien s’alimenter avant la course, notamment le marathon et le semi-marathon! Les théories et les rumeurs infondées abondent et peuvent ruiner des mois d’entraînement. Pierre Morath, spécialiste de la course à pied, remet l’église au milieu du village. «Malgré les légendes alimentées par la tradition de la pasta party de veille de course, manger des hydrates de carbone n’est pas si important la veille, dit-il. La charge glucidique doit surtout se faire entre le mercredi et le samedi midi (pour un marathon le dimanche). La veille, il est fondamental de manger léger et sans risques. Eviter les viandes rouges et grasses, les sauces et les aliments trop riches en fibres (légumes crus, céréales complètes) pour ne pas avoir de soucis de transit avant et pendant la course.»

Et le matin avant la course? «Manger léger, assez peu mais énergétique, deux à trois heures avant le départ. Genre: céréales avec yaourts, tartines au miel, gâteaux d’effort riches en sucres digestes, avec du café ou du thé», indique Pierre Morath. R.ET.

«C’est une drogue totale»

A 28 ans, Marie-Adèle Copin compte 8 marathons – tous terminés –, 5 trails Sierre-Zinal et moult courses de l’Escalade, dont une en catégorie Elite. Une championne. Sauf qu’après des fractures de fatigue aux deux tibias et à la hanche, elle ne court plus du tout depuis un an. Avec grand regret.
«J’ai trop forcé. Je ne me suis pas écoutée car j’étais en mode droguée. C’est une drogue totale!» La jeune femme, qui n’a «jamais mis un chrono ou un kilométrage», courait pour le plaisir. «J’avais besoin de me dépenser comme une tarée. Plus je cours, mieux je me sens. Je fais le tour de mes problèmes. Après une heure, on se concentre sur son corps, ses muscles, il n’y a plus de place pour les soucis. On se vide la tête, comme dans une méditation.» Elle parle de drogue car «il fallait courir toujours plus longtemps pour éprouver ce plaisir».

Toujours plus: deux jours après un marathon, la jeune femme avalait dix kilomètres sans problème. La douleur, aiguë, est venue d’un coup, en avril 2016. Une IRM permet de repérer une fracture de fatigue à la hanche. «Cela me faisait mal de la hanche au genou. J’ai boité pendant six mois. J’étais vraiment handicapée. Aujourd’hui, il me reste une minidouleur constante.»

La jeune femme paie cher de ne pas avoir ralenti le rythme. «Je savais que c’était trop.» Aujourd’hui, elle fait du fitness, «la plaie du XXIe siècle», et de la musculation. «C’est bien moins drôle, mais je me dépense.» La course lui manque infiniment: «Je ne sais pas si cela ira mieux. Je vais reprendre doucement, en espérant pouvoir courir un marathon dans un ou deux ans.»

Aux «hystériques de la course», Marie-Adèle conseille de «se calmer et de ne pas courir deux marathons par an. En en faisant trop, on se blesse.» Et à ceux qui se lancent ce week-end, elle rappelle qu’il faut «s’attendre à ce que le corps souffre. Le mental joue beaucoup. Il faut être humble, s’écouter. Ne jamais rater un ravitaillement et ne pas prendre de gels le jour même si on n’y a jamais goûté. Il faut aussi penser à bien se couper les ongles avant le départ, porter des chaussettes bien épaisses et pas de baskets neuves.» Ayant eu la peau brûlée par le frottement du t-shirt sur les clavicules, elle recommande d’enduire l’encolure de crème protectrice. Idem pour ceux qui ont les cuisses qui se touchent.
S.D.

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