Spectaculaire retournement. Merci Monsieur Stauffer!

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Un spectaculaire retournement marque les élections genevoises 2018. Le Mouvement citoyens genevois a subi une défaite sans précédent dans la courte histoire du parti. Depuis 2005, on assistait à une croissance triomphante du parti populiste, qui avait réussi à se hisser au 2e rang des formations genevoises. La débâcle de ce dimanche n’en est que plus frappante. Surtout qu’elle s’accompagne d’un reflux de l’UDC ainsi que de l’échec cinglant de Genève en Marche, le nouveau venu porté par Éric Stauffer, qui manque le quorum. Le troisième bloc du parlement, qui faisait jeu égal avec la gauche et la droite traditionnelles, reprend sa place au fond de la classe. Après avoir subi pendant près de dix ans les gesticulations d’une équipe versatile pratiquant une politique de tabloïd avec les frontaliers et autres étrangers pour bouc émissaire, les Genevois ont décidé de se rabattre sur des partis plus constructifs.

L'analyse de Pierre Ruetschi sur l'élection au Conseil d'État

Alors qu’il est politiquement mort, il convient cependant de rendre à Éric Stauffer, cofondateur du MCG, ce qui lui appartient: il a su poser les bonnes questions, il a mis le doigt sur de graves dysfonctionnements de la République. Mais de solutions, il n’en avait point. Jusqu’à ces derniers jours, il a poursuivi une politique du chaos qu’il semblait affectionner particulièrement. Force est de constater que l’argent et la publicité sont vains si le message est vide. Éric Stauffer s’en va en laissant aux siens un héritage empoisonné. Car sans parvenir à faire entrer son nouveau parti au parlement, il a contribué à fusiller le MCG tout en siphonnant des voix de l’UDC, qui a frôlé l’éjection. La droite et la gauche, équitablement alimentées par les voix libérées par la Berezina populiste, peuvent le remercier.

Côté grands gagnants, les Verts (+5 sièges) et le PLR (+4). Rien de très surprenant pour les premiers, qui se remettent des lourdes pertes de 2013, profitant d’un climat «pro-Demain», d’une solide conjoncture, favorable aux idées durables, et d’un conseiller d’État qui a fait son travail. Le Parti écologiste, à l’instar du PLR, suit la courbe ascendante observée ces dernières années dans les autres cantons.

Voici donc que l’Entente, 40 sièges, et l’Alternative, 41 sièges, jouent à armes égales face à un troisième pôle réduit à 19 sièges.

Résultats non moins spectaculaires dans le premier tour de l’élection au gouvernement. Un supergagnant, Pierre Maudet, en TGV du parti seigneur du parlement; une rescapée, Anne Emery-Torracinta; et un grand brûlé, Luc Barthassat. On en tire quelques enseignements intéressants. Les Genevois ne tiennent pas vraiment rigueur à Anne Emery-Torracinta pour sa calamiteuse gestion des «affaires». Elle avait reconnu ses erreurs mais hier, sans doute grisée par le sauvetage, elle s’en prenait aux journalistes trop inventifs. Navrant aveu de faiblesse supplémentaire.

Pour Luc Barthassat, que du malheur. Il termine 9e dans la course au Conseil d’État alors que son parti a gagné un siège. La raison en est simple: les Genevois sont las de ses slogans simplets, de ses mises en scène enfantines sur Facebook et surtout de sa politique d’immobilité. Le PDC Barthassat, sympathiquement ludique dans l’âme, n’a tout simplement pas l’étoffe d’un gouvernant.

Il y a donc potentiellement deux sièges à repourvoir: celui du PLR François Longchamp et celui du PDC Barthassat. Aucun doute que les socialistes ont toutes les chances et raisons de revendiquer un deuxième siège avec Thierry Apothéloz, au score remarquable. Qu’ils ne soient pas trop gourmands. Viser deux sièges supplémentaires pourrait les perdre. À droite, Nathalie Fontanet est la mieux placée pour combler le vide laissé par François Longchamp. Ainsi va le scénario le plus probable, qui renvoie à des équilibres similaires au gouvernement et au parlement: droite et gauche à égalité avec un MCG au milieu.

Aucun doute que la nouvelle configuration du parlement et l’hypothèse d’un gouvernement rééquilibré changent la donne. Si le MCG garde un rôle d’arbitre au sein des pouvoirs exécutif et législatif, il risque de se faire marginaliser par de nouvelles alliances inédites. Cette reconfiguration importante laisse imaginer une Genève capable non seulement de dégager une vision et de se doter d’objectifs clairs, mais aussi de les réaliser. C’est le moment où jamais de rêver un peu! Confirmation le 6 mai.

L'analyse de Pierre Ruetschi sur l'élection au Grand Conseil

(TDG)

Créé: 15.04.2018, 21h25

Pierre Ruetschi, rédacteur en chef

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