Soutenir les médias mais surtout le journalisme

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Un jour de 1986, je franchissais pour la première fois la porte d’une rédaction pour livrer un article. À la même époque, l’émission «Temps Présent» se penchait sur la «guerre en papier» qui grondait au sein de la presse romande.

Voilà plus de trente ans qu’on dit "Le Courrier» à l’agonie. C’est oublier que ce mot signifie combat. La même racine grecque a donné le verbe agir.

L’émotionnel prenait le pas sur la réflexion, la publicité sur le contenu rédactionnel, le divertissement sur la formation de l’opinion. Danger. In fine, un journaliste d’enquête renommé, Roger de Diesbach, livrait une sombre prédiction: «Si vous faites des journaux pour faire plaisir aux lecteurs, vous n’avez pas besoin de journalistes.» Trente-deux ans plus tard, les journalistes qui continuent de défendre les valeurs de leur profession au sein de titres hostiles à l’esprit de Camus et tous ceux qui ont été débarqués de médias pourtant bénéficiaires peuvent mesurer la déclivité de la pente.

Certes, il est encore possible de faire du journalisme de qualité, mais avec une difficulté croissante. C’est que, après avoir offert un peu plus de résistance que d’autres domaines, le média est devenu un produit industriel, l’information une marchandise et non plus un bien public. Sur ce plan, le numérique n’a en fait rien bouleversé: il permet une diffusion sans limites des informations et des idées, mais ce sont les fake news qui dominent. Via le net, les jeunes se rassasient de fables obscurantistes. C’est le grand écart entre la virtuosité des techniques et la débilité des idées.

Le journalisme, cette profession qui recherche, vérifie, recoupe, suscite la réflexion, critique, contrebalance les pouvoirs, est précieux. Nécessaire à la démocratie. La classe politique s’inquiète donc. Elle le fait depuis trente ans, à chaque fusion ou disparition de titre. Sans doute aujourd’hui avec une conviction plus grande: on voit le président du Conseil d’État tenter une proposition innovante et le maire de Genève inviter au débat et à la créativité. Il faut aider, mais qui? Comment?

Les propositions de subvention plus ou moins directes buttent rapidement sur trois écueils. Comment ne pas arroser des entreprises qui, largement bénéficiaires, licencient des journalistes (170 millions de bénéfices pour Tamedia en 2017)? Comment garantir l’indépendance des médias subventionnés? Et comment financer la qualité journalistique et non n’importe quelle production médiatique?

On pourrait répondre du tac au tac: ne financer que des médias sans but lucratif, mettre en place des règles strictes d’attribution et de séparation des pouvoirs (après tout, ça marche bien pour l’audiovisuel, la culture et la justice) et primer l’enquête et la recherche d’informations au travers de bourses ou de prix. Mais ce serait sans doute trop simple. Laissons donc les esprits convoqués par le maire de Genève trouver des solutions plus élaborées.

Dans ce débat, le modeste quotidien «Le Courrier» peut apporter un éclairage. Voilà plus de trente ans qu’on le dit à l’agonie. C’est oublier que ce mot signifie combat. La même racine grecque a donné le verbe agir. Un combat dans l’action. Celui des journalistes qui font leur métier au plus près de l’idéal de la profession, mais aussi des lecteurs au soutien indéfectible qui, à l’inverse du modèle économique dominant, représentent les 80% des ressources du journal.

Du crowdfunding, des décennies avant l’invention du mot. Le modèle du «Courrier», mais aussi de nouveaux titres se basant sur le financement participatif, montre que l’avenir du journalisme repose autant sur le soutien de citoyens conscients de l’importance démocratique des médias que sur celui des pouvoirs publics. (TDG)

Créé: 12.09.2018, 15h45

Manuel Grandjean, président de la Nouvelle association du Courrier.




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