À Soral, la bière coule à flots au milieu des nouvelles habitations

Des bobos dans mon village 3/5Face à l’afflux de résidents, les agriculteurs misent sur les produits locaux pour défendre l’«esprit village».

Christophe Batardon, Fabien Claret, Lionel Thevenoz et Samuel Battiaz lors du Biergarten du Père Jakob, à Soral, le 13 juillet.

Christophe Batardon, Fabien Claret, Lionel Thevenoz et Samuel Battiaz lors du Biergarten du Père Jakob, à Soral, le 13 juillet. Image: Frank Mentha

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Devant la brasserie du Père Jakob à Soral, Fabien Claret affiche de petits yeux. Le désormais traditionnel Biergarten de mi-juillet a fermé ses portes, mais il a laissé des traces. «C’est devenu un événement important. Nous laissons beaucoup d’énergie dans son organisation, reconnaît le cofondateur des lieux. Et puis je n’ai plus 20 ans.» Trois jours de fête, de musique et de bière donc. Une manière de réunir et de boire autour du local et du «consommer mieux». «Un moyen aussi de garder l’esprit village, dans un petit coin qui ne cesse de grandir», ajoute le brasseur de 42 ans.

Car en l’espace de cinq ans, la commune a bien changé. À l’échelle de Soral, on peut même parler d’explosion démographique. Trois cent nouveaux habitants pour un village qui en comptait six cent cinquante, soit une croissance de près de 50%. Et ce n’est pas fini. Vingt-sept nouveaux logements sont prévus pour septembre au niveau du chemin du Bois-de-By, non loin de l’EMS. «Soral a longtemps stagné, puis s’est développé d’un coup, reconnaît le maire, Raoul Florez. Maintenant, nous allons entrer dans une phase de stabilisation. Les terrains à développer se font rares.»

Au rang des nouveaux habitants, de jeunes familles principalement. «Des gens de tous horizons», comme aime les décrire le maire. «Des banquiers, des avocats, des expatriés, des policiers…» Des classes moyennes supérieures pour de nouveaux logements construits en propriété par étage, mais aussi des Soraliens d’origine, prioritaires sur quatorze appartements communaux bâtis en 2017.

À la manière des vignerons

Dans le «village d’en haut», Fabien a été rejoint par Samuel Battiaz, Lionel Thevenoz et Christophe Batardon, viticulteurs agriculteurs et enfants de Soral. Ce week-end, ils étaient eux aussi de la fête. À leur manière, ils ont participé au développement de la Père Jakob. En cultivant l’orge nécessaire sur leurs terrains et en travaillant à la création d’une coopérative à l’entrée du village, où se côtoient depuis quatre ans la brasserie, une malterie, le domaine de la Mermière et même les sapeurs-pompiers.

Si le produit diffère, la philosophie reste la même: vendre à un prix digne, dans un périmètre le plus réduit possible, tout en se montrant soucieux de l’environnement. Et si c’est tout le tissu social du village qui en bénéficie, c’est encore mieux. «Nous nous sommes inspirés du modèle des vignerons et des dégustations pour vendre notre bière», explique Fabien. Au cœur de Soral, devant la maison familiale, il rappelle que la brasserie, qui produit aujourd’hui 140 000 litres par an, a débuté ici, avant d’être un peu à l’étroit: «On aimait amener l’animation au cœur du village.»

Depuis, la fête et les dégustations ont pris le chemin de la coopérative. Quant aux habitants de Soral, certains étaient présents au Biergarten, au même titre que des Bernésiens ou des Genevois. «On les retrouve aussi aux caves ouvertes ou au sanglier à la broche des sapeurs-pompiers, analyse Lionel. Les gens aiment le festif, l’événement ponctuel. Après, créer une animation quotidienne est plus compliqué.»

Vide le week-end

Et le vigneron de parler d’un village qui se «vide le week-end» ou de voisins «toujours courtois, mais qui ne se connaissent plus comme avant». Et si les nouveaux arrivants comprennent leur lot de clients potentiels, la vente directe garde une belle marge de progression. «Les gens savent que nous sommes là, mais ce n’est pas toujours facile de sauter le pas, admet Samuel. Il nous manque peut-être aussi quelques commerces pour favoriser le lien.»

Car c’est tout le paradoxe d’un village comme Soral. Alors que la population ne cesse de grandir, le nombre de restaurants a été réduit à un, et il n’y a pas d’épicerie pour répondre aux besoins du quotidien. Alors les quatre amis se prennent à rêver d’un magasin qui vendrait les produits du coin. De Soraliens et d’autres habitants du canton qui feraient le déplacement. Avant que la réalité ne les rattrape: «Aujourd’hui, les médias ont tendance à vendre un boum de la consommation locale, analyse Christophe. Dans les faits, ça nous ramène une part infime de clients et les grands distributeurs fixent toujours les prix.»

Arrivé devant l’église, on parle gentrification. À Soral, le prix de l’immobilier a pris l’ascenseur. Un cinq-pièces peut se louer 3400 fr., une grande villa peut se vendre deux millions. Les méfaits de la croissance? «Elle amène aussi d’autres interactions, un autre dynamisme», reconnaît Fabien. Avec l’arrivée de jeunes familles, l’école et le restaurant scolaire sont en voie d’être repensés, tout comme la salle communale. Des projets ambitieux à l’échelle de Soral. À discuter entre habitants autour d’un verre de vin du coin ou d’une bière locale.

Créé: 24.07.2019, 06h47

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