Une soprano enchante les Rues-Basses

InsoliteBon nombre de Genevois interrompent leur course pour écouter cette sirène contemporaine. Les pièces pleuvent, et pas seulement des centimes…

Etudiante à la Haute Ecole de Musique, Amelia Feuer gagne une bonne partie de ses revenus comme chanteuse de rue.?

Etudiante à la Haute Ecole de Musique, Amelia Feuer gagne une bonne partie de ses revenus comme chanteuse de rue.? Image: Pierre Abensur/Tribune de Genève

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Sa voix claire et forte emplit les Rues-Basses, se faufile dans Confédération Centre, se déploie sur la place de la Fusterie. Bon nombre de passants interrompent leur course pour écouter cette sirène contemporaine, manquant parfois de se faire écraser par le tram. «C’est un vrai moment de grâce», s’émeut une spectatrice. Dans la coupelle posée aux pieds d’Amelia Feuer, les pièces pleuvent, et pas seulement des centimes…

Cela fait quelques mois que cette Américaine de 25 ans exerce ses talents de soprano en Vieille-Ville. Tout a commencé par une boutade d’un de ses professeurs: «Me voyant m’épuiser à mener de front mes études et un Macbeth avec le chœur du Grand Théâtre en juin dernier, il a dit qu’il préférerait me voir chanter dans la rue pour gagner ma vie, raconte Amelia. Et je l’ai pris au mot!»

Pour payer son loyer

Une expérience pas totalement nouvelle pour la jeune femme, puisqu’il lui est déjà arrivé de chanter dans les rues de New York, où elle a suivi ses études universitaires, et de Paris, où elle a passé un semestre. Elle a atterri à Genève un peu par hasard, en commençant un master à la Haute Ecole de musique il y a un an.

Mais la vie est chère au bout du lac, les opportunités plutôt rares dans ce domaine à rude concurrence, et la chanteuse ne bénéficie d’aucune aide financière. Ajouté à des cours d’anglais, l’argent gagné dans la rue permet à Amelia de payer son loyer et sa nourriture: «Ça marche très bien, je gagne en moyenne 120 francs en quarante minutes. Les gens sont très généreux ici, plus qu’à Montmartre!»

Alternant entre la place de la Fusterie et celle du Molard, elle donne un court récital trois fois par semaine, suivant la météo. Dans son répertoire, des classiques de l’opéra, Mozart, Puccini, ou des comédies musicales. «Au début, j’avais peur de gêner les gens, de m’imposer. Mais les réactions sont toujours très positives, ça compense les refus aux auditions, se réjouit la soprano. Avec le temps, je commence à avoir des habitués. Je sens que j’ai trouvé ma place, ma niche.»

Initier à l’opéra

Elle-même prend un vrai plaisir à cet exercice, bien utile pour sa formation lyrique: «J’aime pouvoir amener l’opéra au grand public, y compris aux jeunes. Et puis ça me donne la chance de faire mon petit spectacle. En tant qu’artiste j’ai besoin de ça…» Avec l’hiver qui vient, cette source de revenus hors du commun va devenir plus difficile à assurer. Amelia espère donc que les nombreuses propositions qu’on lui a faites dans la rue vont se concrétiser: «On me demande si je peux faire des concerts privés, donner des cours… Le chanteur Seal, de passage à Genève, m’a entendue et m’a proposé de travailler avec lui!»

En attendant, Amelia court après les contrats. Ce vendredi, elle donnera un concert de baroque français avec la Cappella Genevensis. Son rêve? Devenir soliste à l’opéra. Et elle y croit: «Avec un peu de patience, je sais que je vais avoir mon heure.» (TDG)

Créé: 15.10.2012, 11h15

Concert de baroque français

vendredi 19 octobre à 19 h à l’Auditoire de Calvin, place de la Taconnerie. Infos: www.capella-genevensis.ch

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