Sophie Roselli remporte le prestigieux Prix Dumur

Journalisme La responsable du pôle enquête de la «Tribune de Genève» s’est notamment distinguée avec ses révélations sur le voyage à Abu Dhabi de Pierre Maudet.

Sophie Roselli a déjà remporté le Swiss Press Award en 2016.

Sophie Roselli a déjà remporté le Swiss Press Award en 2016.

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Décidément, elle emporte tout sur son passage! Après avoir déjà obtenu le Swiss Press Award 2016, la journaliste Sophie Roselli, responsable du pôle enquête de la «Tribune de Genève», recevra, ce mardi à Lausanne, le Prix Jean Dumur 2018, soit la distinction la plus prestigieuse du journalisme en Suisse romande. «Elle a fait preuve d’un talent, d’une ténacité et d’un courage exceptionnels dans les enquêtes qui ont révélé l’affaire Ramadan en Suisse, l’affaire Emery-Torracinta ainsi que l’affaire Maudet, pour ne citer que ces dernières», motive le jury dans un communiqué.

La qualité et la densité du travail de cette professionnelle de 41 ans se sont ainsi rapidement imposées cette année au comité de ce prix, composé d’anciens lauréats et autres journalistes émérites.

Elle ne lâche rien!

Le travail de notre consœur a connu une résonance particulièrement forte ces derniers mois dans toute la Suisse avec ses révélations sur le voyage à Abu Dhabi du conseiller d’État Pierre Maudet. Cette enquêtrice née se distingue depuis des années par l’excellence de ses recherches, dont celle sur la radicalisation de Genevois fréquentant la grande Mosquée et partis faire le djihad. Travail qui lui a valu le prix Swiss Press Award 2016 dans la catégorie presse écrite. Une thématique que notre collègue a continué d’approfondir au cours des deux dernières années avec de nouvelles révélations à la clé. C’est l’une des qualités principales de Sophie Roselli: elle ne lâche rien! Tous ceux qui la côtoient au quotidien à la «Tribune de Genève» vous le confirmeront. Sans parler des protagonistes figurant dans ses dossiers…

Hommage à la Julie

Très honorée d’avoir été choisie par ses pairs, la lauréate exprime sa reconnaissance envers tous ceux qui lui ont fait confiance: «Ce prix est l’aboutissement d’années de travail acharné qui ne pouvait être possible que dans un terreau propice, comme celui de la Tribune de Genève». Et de se féliciter que «cette distinction mette en avant l’investigation, absolument nécessaire dans tous les médias, y compris dans une rubrique locale». Un environnement où les tensions sont encore plus fortes en raison de la proximité des acteurs.

L’escrime, une clé

Mais comment peut-elle tenir face à tant de pressions et à des horaires hors norme? «Grâce au sport, répond cette fine quadragénaire qui ne manque toutefois pas de muscles. Je me ressource lors de randonnées en montagne et en pratiquant la course à pied et la natation.» L’escrime, discipline de touches et de précision, le sport de sa jeunesse, explique peut-être aussi son flamboyant parcours: «L’escrime, c’est un jeu d’échecs sportif. Il faut anticiper les coups pour marquer des points.»

Dans un registre politique, le jury relève que «la journaliste a mis en lumière ce printemps les manquements de la conseillère d’État Anne Emery-Torracinta dans l’affaire Ramadan, puis dans une affaire interne au département hautement embarrassante. Ces informations ont créé un intense débat politique et remis en cause certaines pratiques administratives».

Une crise sans précédent

Quant à l’affaire Ramadan proprement dite, le jury rappelle que suite à deux premières accusations pour viol en France contre Tariq Ramadan, notre consœur a révélé en novembre 2017, témoignages à l’appui, que le professeur genevois aurait abusé d’élèves du Cycle et du Collège genevois où il enseignait. «En suivant l’affaire pas à pas, observe le comité du Prix Dumur, c’est encore elle qui a porté à la connaissance du public la plainte pour viol contre Tariq Ramadan déposée en avril dernier en Suisse.»

Mais c’est certainement l’affaire Maudet qui marquera les annales genevoises, voire suisses, en 2018. Après une longue enquête, Sophie Roselli signe dans la «Tribune de Genève» du 11 mai un premier article intitulé «L’intriguant voyage de Pierre Maudet à Abu Dhabi». Révélations après révélations, alimentées aussi par Radio Lac, l’affaire prend des proportions gigantesques entraînant le magistrat puis la République dans une crise sans précédent. Le jury salue le fait qu’«en dépit des pressions, la reporter poursuit son travail avec persévérance et sans se laisser déstabiliser.»

Fini le journalisme

Dans cette dernière affaire comme dans les précédentes, Sophie Roselli a fait la démonstration des qualités qui font d’elle une grande journaliste d’investigation. «Elle fait preuve de flair, d’une ténacité et agilité sans égal dans la recherche d’informations, soulignent ses pairs. Elle est obsédée par la vérification et le recoupement des informations. Elle assure une protection absolue des sources», déclare Pierre Ruetschi, ex-rédacteur en chef de la «Tribune de Genève», qui prononcera la laudatio le 13 novembre. Enfin, la journaliste vise l’intérêt public et travaille sans parti pris, peut-on encore lire dans le communiqué.

Et dire que ses prochains combats seront bientôt différents de ceux qui l’ont passionnée durant ses dix-sept ans de journalisme! Inimaginable, mais pourtant vrai: Sophie Roselli s’apprête à quitter le métier. Dès 2019, elle se lancera dans de nouveaux projets. Ses collègues vont la regretter. Car Sophie est une personne aussi attachante que combative. Elle-même ne cache pas son émotion à la perspective de son départ: «J’ai l’impression de vivre une oraison funèbre puisque je cesserai ma vie de journaliste dans un mois pour m’engager dans une profession tout à fait différente.» (TDG)

Créé: 08.11.2018, 09h00

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