Ma soirée aux Fêtes de Genève avec Jean Barth et l’association qui le combat

Reportages L’auteur de l’initiative populaire sur la manifestation en virée autour de la rade, versus l’association Touche pas à mes fêtes à son stand du Jardin anglais.

Si Jean Barth (à gauche) insiste pour ne pas poser seul, l’association Touche pas à mes Fêtes souhaite aussi poser en groupe: à droite, Lucien, Gloria et Marie en train de distribuer des tracts.

Si Jean Barth (à gauche) insiste pour ne pas poser seul, l’association Touche pas à mes Fêtes souhaite aussi poser en groupe: à droite, Lucien, Gloria et Marie en train de distribuer des tracts. Image: Magali Girardin

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On a traîné Jean Barth aux Fêtes de Genève, ou plutôt, selon ses termes, dans cette «gigantesque bastringue» qu’il souhaite réduire à une semaine. Il a fallu insister pour amener l’auteur de l’initiative populaire sur le terrain, avec sa chienne Lilas, tant il avait peur que sa présence ne donne un signal d’adhésion à la manifestation. Il en a pourtant été un client fidèle. «J’ai fréquenté assidûment les Fêtes de Genève durant ma jeunesse, et jusque dans les années 90, l’atmosphère était très sympa.»

L’homme de 71 ans est désormais accusé de vouloir les tuer. «C’est faux, sinon j’aurais lancé une initiative pour leur suppression. Ce que j’aimerais, c’est que ce ne soit plus un business, mais une fête. Du convivial, pas du commercial.» Et de citer ses deux modèles: la Fête de la musique et le Festival de la Cité, à Lausanne. Deux manifestations largement subventionnées, contrairement aux Fêtes. C’est justement une reprise en main par les autorités publiques qu’il vise. «Au lieu de stands de boissons à prix surfaits, qui abusent de la sous-traitance, j’imagine plutôt des stands d’associations.»

Dès le départ de notre promenade, il nous prévient: il ne se prêtera pas à la critique stand par stand. «Ce que je veux, c’est un changement total de paradigme.» Devant les manèges vers Baby Plage, on lui demande s’il veut tenter un petit tour. «Ça ne m’attire pas du tout. Mais je comprends que ça puisse procurer des sensations à certaines personnes. Moi, j’allais sur les petits chevaux de bois avec ma grand-mère.»

Baptême de grande roue

Son texte mentionne le déménagement des forains sur la plaine de Plainpalais. N’est-ce pas reporter les nuisances sur les riverains d’un autre quartier? «Non, car la rade n’est pas un champ de foire, mais la plaine de Plainpalais, c’est sa destination. Et toutes les dispositions seront prises pour limiter les nuisances.» Selon lui, «la grande roue peut valoriser Genève en été, on pourrait la laisser au Jardin anglais. Mais sur une période restreinte, pas à l’année comme à Londres ou Paris.» D’ailleurs, c’est la seule attraction qu’il accepte de tester avec nous. Direction le Jardin anglais.

En chemin, il s’arrête, le doigt en l’air. «Vous sentez cette bonne odeur? Ce sont les générateurs diesels. C’est un manque de respect.» Quelques mètres plus loin, il demande à s’arrêter devant un cours d’initiation au rock. «Ça, c’est un point positif, les espaces de danse.»

Ce soir-là, il y a affluence sur les quais. Mais pour lui, la fréquentation n’est pas forcément synonyme de succès. «Les gens s’amusent avec ce qu’on leur propose.» Nous voici arrivés sous la grande roue; pour Jean Barth, c’est le grand baptême. «Je ne suis jamais monté dedans.» Une fois dans la cabine, il reste assez silencieux. «C’est quelque chose, glisse-t-il quand même. Mais il n’y a qu’un côté intéressant», dit-il les yeux rivés sur la rade, dos à la ville.

Un feu mais pas trois

De retour sur la terre ferme, on entend des pétards exploser. L’initiative prévoit le maintien du feu d’artifice. Mais Jean Barth s’oppose aux trois petits feux qui précèdent le grand, comme cette année. «C’est une catastrophe pour l’avifaune et les animaux de compagnie, certains font des crises cardiaques. Et puis l’intensité festive est noyée si on fait une quantité de feux, les gens saturent.»

Amateur de cuisine thaïlandaise, il a repéré un stand qu’il aimerait essayer. Végétarien, il commande un pad thaï sans bœuf ni crevettes, et un thé froid. «C’est bon», commente-t-il, en en faisant profiter Lilas. Notre dernière étape nous amène devant la scène salsa latino au Jardin anglais, «le seul endroit que je trouve sympathique». En retrait de la piste, il conserve la nostalgie de la scène homologue d’il y a quelques années sous une énorme tente à Baby Plage. «C’est tout de même un grand regret par rapport à ce que j’ai connu.»


Des casquettes, des bulles de savon, des bonbons gratuits. La campagne de l’association Touche pas à mes Fêtes se fait dans une ambiance bon enfant. Dans son stand au Jardin anglais, l’équipe, très impliquée, cherche avant tout le dialogue avec les passants. «On leur pose quelques questions pour lutter contre les légendes urbaines, explique Gloria Tainturier, 42 ans, présidente de la structure. Par exemple, beaucoup de gens restent persuadés que le grand feu d’artifice est payé par nos impôts, alors que ce n’est pas le cas.»

Mais au-delà des clichés, c’est surtout l’initiative de Jean Barth que le comité cherche à contrer. Une dame s’approche et Gloria lui demande si elle en a entendu parler. «Un peu, répond-elle. Il veut les supprimer, c’est ça?» – «En fait, il veut les réduire à une semaine» – «Ce n’est pas possible!» – «Et déplacer les forains à Plainpalais» – «Ah bah, les habitants vont être contents.» Quelques minutes plus tard, un groupe de jeunes filles s’approche, se sert de sucreries et repart aussitôt, sans se préoccuper de politique.

L’association, qui revendique une cinquantaine de membres, s’est formée grâce à un groupe Facebook lancé contre le Geneva Lake Festival de 2016. Après avoir déversé un flot de critiques sur l’édition de l’an passé, Gloria et sa comparse Marie Manzella soutiennent encore qu’il n’y avait «pas un chat». Pourtant, le bilan officiel estime la fréquentation à 1,2 million de visiteurs en 2016, comme en 2015. En revanche, elles refusent le débat sur la nationalité de l’ex-producteur, Emmanuel Mongon. «Je n’accepte pas les insultes sur le groupe vis-à-vis de qui que ce soit. En plus, mon propre mari est Français», rit Gloria.

De la critique à l’éloge

Les voilà maintenant avec leur tente blanche en bonne place, pour laquelle l’association n’a versé une redevance que d’un franc symbolique. Pas rancuniers chez Genève Tourisme? «C’est la magie de rester polis et de proposer des choses constructives.»

A l’heure d’aller prendre un verre, aucune terrasse ne s’impose comme évidente. «On n’a pas de QG, on tourne, on aime profiter de toutes les ambiances.» Ce soir-là, ce sera la terrasse de la Paillote, avec son grand flamant rose gonflable. Tournée de cocktails sans alcool. Aux alentours, Gloria, Marie et Lucien saluent certains tenanciers de stand par leur prénom, voire une bise. «L’association a comme principe de ne pas accepter qu’on nous offre des boissons ou de la nourriture, car nous ne voulons pas de conflits d’intérêts», précise Marie.

Le comité n’est pas encore très renseigné sur son adversaire, assurant mordicus que Jean Barth est avocat. Or il est physiothérapeute. Cela dit, un certain fair-play règne. «J’ai apprécié son initiative sur la fumée passive», relate Gloria avec respect.

Genevois exclus du vote

Marie prend des photos à tout va pour documenter son rapport sur l’édition 2017. Elle ne cache pas ses liens d’intérêt avec le nouveau directeur. «Je connais Christian Kupferschmid depuis longtemps, j’ai beaucoup d’estime pour lui.»

Depuis leur stand, elles étaient aux premières loges pour les trois petits feux d’artifice. «C’était très bien pour les gens qui n’aiment pas la foule.» Mais pour le grand, elles assurent avoir payé leur place, par engagement.

Selon elles, les réactions des badauds sont très fortes quand ils apprennent que l’initiative est municipale et non cantonale, et qu’ils ne pourront donc pas voter s’ils n’habitent pas en ville de Genève. «Les gens s’indignent, Jean Barth n’a pas pris en compte tous les Genevois.» Par ailleurs, le retour du corso fleuri serait très réclamé.

A 21 h, il est temps de fermer le stand. Le vent froid écourte la soirée. Il faut bien s’y résoudre, on ne dansera pas la Macarena ensemble ce soir.

(TDG)

Créé: 11.08.2017, 15h38

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