Soins dentaires sans frais? Marjorie de Chastonay face à Bertrand Buchs

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La nouvelle assurance obligatoire pour les soins dentaires que l’initiative 160 veut créer à Genève a vocation de combler une lacune et de mutualiser des coûts qui peuvent être très lourds. Le financement sera assuré par un prélèvement de 1% sur les salaires des travailleurs et sur une contribution de l’État. La droite n’en veut pas, jugeant le projet trop coûteux. Un contre-projet ciblant la prévention a été refusé par le Grand Conseil, de sorte que seule l’initiative est soumise au peuple. Marjorie de Chastonay, députée Les Verts et Bertrand Buchs, député PDC exposent leurs arguments pour et contre.

Croquer la vie à pleines dents

Marjorie de Chastonay, députée Les Verts

«Menteur comme un arracheur de dents», cette expression met en lumière à quel point les soins dentaires sont perçus comme douloureux. Aujourd’hui, pour la classe moyenne, les familles avec plusieurs enfants et/ou monoparentales, c’est la facture qui est douloureuse. Certes, la prophylaxie prônée par le service santé de l’enfance et de la jeunesse (SSEJ) a été bénéfique ces dernières décennies. Cependant, depuis quelques années, à chaque contrôle dentaire, ce sont toujours les mêmes enfants qui ont des caries. Ce phénomène est lié à l’effet contre-productif du dépistage car de nombreux parents considèrent celui-ci comme des soins.

Or, un dépistage montre le besoin, mais il n’offre pas la prise en charge. Selon une étude récente, il y a une augmentation de 4% par an des caries depuis les années 2000 à cause de l’alimentation déséquilibrée et de l’érosion dentaire liée aux boissons sucrées entre autres. Cela s’explique aussi par la surcharge de travail et de stress de nombreux parents et de plusieurs changements sociétaux telles que les séparations familiales. Selon les statistiques, environ 20% de la population renonce à consulter un dentiste pour des raisons financières. En effet, 90% des coûts sont à la charge des familles.

Prévenir en consultant davantage évitera ainsi des traitements coûteux et diminuera donc la facture à moyen terme et ceux des coûts de la santé aussi. Les répercussions d’une politique de prévention à large échelle, des enfants aux personnes âgées, seront positives pour toute la population. Cette initiative représente donc un investissement et une incitation supplémentaire face aux tarifs dissuasifs actuels. Consulter coûte cher et prendre des complémentaires dentaires n’est pas accessible à toutes et tous. Elles sont onéreuses et exigeantes en termes de critères d’admissibilité.

Non, la carie n’est pas de la responsabilité individuelle. Malgré un brossage régulier, souvent cela ne suffit pas. De nombreuses maladies dont le diabète provoquent des problèmes dentaires. Le contraire est aussi vrai. Des caries et des soucis dentaires peuvent engendrer des maladies plus graves. Ainsi, l’OMS considère la recrudescence de la carie comme le quatrième fléau mondial.

En finir avec le fractionnement des factures ou le report des consultations, telle est la devise de cette initiative. Par ailleurs, il faut parfois avoir la dent dure pour contrer les attaques des opposants et répéter qu’il n’y aura ni taxe, ni prime, ni impôt supplémentaire, pour la simple raison que l’initiative ne propose en aucun cas de recourir à ces types de financement. L’assurance des soins dentaires reprendra le modèle sûr et solidaire de l’AVS. Dans un contexte où les primes maladie explosent et les ménages de la classe moyenne n’arrivent plus à payer les coûts de la santé, assurer la prise en charge des soins dentaires relève d’une action minimale et fondamentale. Accepter cette initiative, c’est retrouver le sourire de la classe moyenne qui en a marre de payer pour des soins qui devraient être remboursés.

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Les raisons d’un non, qui n’est pas total

Bertrand Buchs, député PDC

Le fait que les dents ne soient pas assurées dans le cadre de l’assurance maladie de base est au minimum une bizarrerie. La bouche fait partie du corps humain et les problèmes dentaires ont des répercussions sur différents systèmes, en particulier le cœur (maladie des valves cardiaques). Il est donc essentiel que nous gardions une dentition saine durant notre vie.

Le problème c’est que les moyens financiers à disposition de la classe moyenne diminuent. En conséquence, les coûts liés aux frais des médecins dentistes deviennent difficilement supportables. Nous voyons donc fleurir des propositions de soins à l’étranger. Passer une semaine en Hongrie coûte nettement moins cher qu’un traitement à Genève. Mais comment faire pour réduire la facture?

L’extrême gauche nous propose la solution miracle: une assurance dentaire payée par les charges sociales. Cette assurance serait unique, donc gérée par l’État. Pour ceux qui ne travaillent pas, le financement reste peu clair. L’augmentation des charges serait de 2% (1% pour l’employeur, 1% pour l’employé). Les coûts à charge de l’assurance sont évalués à 350 millions pour la première année. Quant aux catalogues des prestations remboursées, il faudra attendre la mise en application de cette assurance pour le savoir.

Alors si c’est pour le bien de tout le monde, pourquoi s’y opposer?

Premièrement: il est exclu d’augmenter les charges sociales en aggravant le coût du travail. Il est étrange de décider qu’une assurance d’État soit payée en partie par l’employeur.

Deuxièmement: il est également hors de question de demander à l’État de gérer une assurance. Il ne sait pas le faire et il va créer une usine à gaz. De plus, comme pour l’assurance maladie, nous allons assister à une augmentation constante des coûts avec une question récurrente, que faire si les cotisations sociales ne suffisent plus?

Troisièmement: que va-t-on rembourser? Les implants ou simplement les dentiers? L’orthodontie? Seulement la prévention ou le dépistage? Quatrièmement: il va falloir décider d’un tarif qui devra être probablement plus bas que le tarif actuel des médecins dentistes. Quid des négociations avec les médecins dentistes?

Que va-t-il se passer s’ils décident de ne pas rentrer dans le système d’une assurance? Ils en ont le droit.

Lors des débats en commission, les spécialistes nous ont dit que pour éviter les frais dentaires, il fallait absolument un système de prévention et de dépistage moderne qui n’existe pas à Genève. Ce système coûterait beaucoup moins cher qu’une assurance (environ 30 millions) et il pourrait être financé par une taxe sur les produits sucrés.

C’était la proposition de contre-projet adopté par une nette majorité de la Commission de la santé du Grand Conseil. Malheureusement, en plénière le PLR a déjugé ses commissaires et a fait rejeter cette proposition. Le PDC reviendra avec cette proposition si les Genevois rejettent l’assurance dentaire.

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Créé: 22.01.2019, 17h55


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