Soigner le ventre pour guérir l’alzheimer?

SantéUne conférence fait le point sur la recherche pour la journée dédiée à la maladie. Et aborde le lien entre microbiote et cerveau.

Giovanni Frisoni, directeur du Centre de la mémoire des HUG faisait partie des intervenants.

Giovanni Frisoni, directeur du Centre de la mémoire des HUG faisait partie des intervenants.

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Quelque 155 000 personnes en Suisse sont atteintes de démence, dont une majorité souffre de la maladie d’Alzheimer. À Genève, un nouveau cas de démence est détecté toutes les six heures… La proportion devrait devenir encore plus inquiétante: l’Office fédéral de la santé prévoit que le nombre de cas doublera d’ici à 2040. Cela alors qu’il n’existe, à ce jour, aucun traitement préventif ni curatif pour l’alzheimer. En cette journée genevoise consacrée à cette maladie, une conférence publique aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) fait le point sur les pistes de recherche genevoises.

Des plaques à effacer

L’une de celles-ci se concentre sur les «plaques séniles» présentes dans le cerveau des patients. «Les maladies dégénératives sont dues à la présence de protéines toxiques dans le cerveau, qui entraînent la perte de synapses et de neurones, puis des fonctions cognitives et de l’autonomie», explique Giovanni Frisoni, directeur du Centre de la mémoire des HUG. Chez les malades de l’alzheimer, on trouve notamment des amas de protéine amyloïde. «Elle peut s’amasser durant dix, voire quinze ans avant l’apparition des premiers symptômes», relève le professeur. Ces amas pourraient se former à cause d’un déficit de «nettoyage», «un dysfonctionnement qu’on n’explique pas encore».

L’ennemi à abattre est donc l’amyloïde. Pour s’attaquer à cette protéine, les chercheurs genevois testent plusieurs pistes, dont la radiothérapie. Soit un procédé similaire à celui utilisé lors de cancers, mais à doses inférieures. Des rayons pourraient servir à «effacer» les agrégats. «C’est un projet pilote, précise Maura Parapini, responsable des essais cliniques au Centre de la mémoire. Il faut encore du recul et plus de cas pour tirer des conclusions.» Et Giovanni Frisoni de rappeler que l’implication de l’amyloïde elle-même est du domaine de l’hypothèse. «Nous ne sommes pas à 100% certains de son implication. Mais c’est une voie qu’il faut explorer.»

Une autre piste prend sa source bien plus bas, dans les intestins: l’éventualité d’un lien entre le microbiote intestinal et le cerveau, le premier influençant le second, devenant un facteur de risque. Le microbiote, appelé aussi flore intestinale, regroupe 100 000 milliards de bactéries. Plus qu’une machine à digérer, on estime qu’il pourrait influencer notre métabolisme, jouer un rôle sur l’obésité, le diabète, mais aussi influencer l’apparition de maladies psychiques. Ce lien microbiote-cerveau est déjà à l’étude pour expliquer la maladie de Parkinson. Des scientifiques finlandais ont découvert que des malades ont un microbiote différent. Certaines de ces bactéries surnuméraires pourraient favoriser le déclin de la fonction motrice.

Inflammation de l’intestin

Dans le cas de l’alzheimer aussi, des modifications de la flore ont été constatées. Le Centre de la mémoire a été le premier à montrer que le microbiote des malades diffère de celui des personnes saines. Lequel abrite davantage de bactéries pro-inflammatoires et moins d’anti-inflammatoires. «Un déséquilibre du microbiote pourrait entraîner ces différences, indique Paulina Andryszak, assistante de recherche au Centre de la mémoire. Cela favorise l’apparition d’une inflammation locale qui rend la barrière intestinale plus perméable.» Conséquence: bactéries et autres microbes peuvent plus facilement pénétrer dans le sang, déclencher des inflammations et même remonter jusqu’au cerveau. «Une fois là-haut, ces bactéries pourraient induire une réponse au niveau du système immunitaire du cerveau», avance le professeur. Les globules blancs servent à éliminer l’amyloïde, mais suractivés, ils pourraient aussi déclencher une inflammation…

Pour vérifier ces hypothèses, les Genevois, comme d’autres chercheurs dans le monde, s’essaient à la transplantation fécale. Des selles de personnes immunisées contre l’alzheimer – des jeunes protégés à cause de leur âge ou des donneurs présentant des facteurs de risque (âge et hérédité) mais qui ne sont pas malades – sont greffées dans les intestins de souris souffrant de l’alzheimer. «Nous en sommes au début, il faudra au moins un an et demi avant les premiers résultats, souligne Giovanni Frisoni. Si c’est un succès, il faudra encore dix ans avant de greffer une sélection de bactéries efficaces au lieu de l’entier des selles.»

Dix ans… cela peut sembler énorme en regard des trois décennies déjà passées à chercher un traitement. Pourquoi n’a-t-on pas encore trouvé de remède? Le professeur pointe deux raisons. D’une part, l’extrême complexité du cerveau et la difficulté à l’étudier. D’autre part, le manque de fonds. «On pense encore trop souvent, à tort, que l’alzheimer fait partie du vieillissement normal. Les démences sont responsables de coûts pour la société deux fois plus importants que ceux générés par le cancer. Or, le financement des recherches sur la démence ne représente que 10 à 12% des moyens consacrés à l’oncologie!»

Créé: 17.09.2019, 06h52

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