Le skatepark de Plainpalais va se faire une beauté pour les arts du bitume

SpectacleLa structure sera couverte durant deux mois en 2017, le temps d’un show à la gloire des cultures urbaines. Cracks du skate, du roller, de la trottinette et du BMX passeront des auditions dès lundi 18 avril.

Une simulation de la couverture du skatepark de Plainpalais. Le bâtiment éphémère pourra accueillir 800 spectateurs.

Une simulation de la couverture du skatepark de Plainpalais. Le bâtiment éphémère pourra accueillir 800 spectateurs. Image: La Compagnie Urbaine

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A les regarder voltiger, on se dit que ces diables-là sont de sacrés artistes! Ni chaussons ni pointes, mais aux pieds, de grosses godasses. Et en dessous une planche, des rollers, une trottinette ou les pédales d’un de ces petits vélos ultramaniables qu’on appelle BMX. Seules quelques figures séparent leurs chorégraphies savantes de celles des danseurs contemporains. Leur univers, c’est la rue. Leur public, les passants. Leur décor, le trottoir avec ses rigoles, accotements et murets.

Sautant la barrière entre les genres, La Compagnie Urbaine s’est mis en tête de marier les espèces afin de donner vie durant deux mois, en automne 2017, à un grand spectacle dédié aux arts de la glisse sur béton. Pour la circonstance, des danseurs professionnels s’allieront à des virtuoses du half-pipe, à des vidéastes et à des DJ. Où installer un tel bastringue? Sur l’un des plus beaux skateparks d’Europe – parole de connaisseurs! – celui de Plainpalais.

Fond escamotable

Une fois le chapiteau de Knie démonté, ce show à la gloire des cultures urbaines d’aujourd’hui prendra ses quartiers à deux pas de la place du Cirque. Une structure provisoire couvrira le skatepark. L’un de ses murs sera toutefois escamotable, afin de laisser durant la journée l’espace libre pour les utilisateurs. Et le soir, place au spectacle.

«L’idée m’en est venue à Paris, sur les Champs-Elysées, en octobre 2010», raconte Michel Gaud, promoteur et financeur du projet, président de La Compagnie Urbaine. «Un groupe de rue se produisait; son niveau était excellent et tout le monde s’arrêtait pour regarder la chorégraphie. Tout à coup, des CRS sont intervenus et ont dispersé l’attroupement. Frustré, je me suis dit: «Il faut faire un spectacle avec ces artistes ou d’autres comme eux.» Rentré chez moi, j’ai écrit un script.»

Rencontre décisive

Comme souvent, le hasard s’en mêle. Michel Gaud rencontre Nicolas Musin, danseur, chorégraphe et scénographe, à qui l’on doit le spectacle 1814 ou la cuisine de l’Histoire, produit à l’occasion du bicentenaire de l’entrée de Genève dans la Confédération il y a deux ans. Pour aller de l’avant, Nicolas Musin exige une lecture publique du script. Verdict? L’auditoire est enthousiaste.

Les deux hommes prennent alors leur bâton de pèlerin et démarchent la Ville de Genève, la Délégation cantonale à la jeunesse, ainsi que des fondations privées susceptibles de soutenir leur projet. Aujourd’hui, le financement en est assuré - 2 millions 300 000 francs au budget-, et par des fonds privés uniquement.

Des sponsors comme Coca-Cola ou Volvo notamment ont donné leur accord. Une convention d’usage du domaine public a été signée avec le Département des sports de la Ville, qui porte sur la mise à disposition du lieu, d’équipement et de matériel, «sans subvention monétaire», précise la direction du Département. Les organisateurs ont en outre obtenu l’autorisation de construire la structure provisoire qui coiffera le skatepark.

«Mettre un costume au skatepark»

Nicolas Musin, directeur artistique de La Compagnie Urbaine, est, «en tant que scénographe, complètement fasciné par cet endroit». Il explique ce qu’il entend en faire: «Nous allons lui mettre un costume. Ce bâtiment éphémère de 800 places et 12 mètres de haut couvrira et ceinturera le skatepark, tout en laissant l’accès libre aux adeptes de glisse urbaine dans la journée.»

Le show des as du bitume s’étendra sur une quinzaine de représentations, dès le 28 septembre 2017. Artistiquement, l’événement promet des rencontres surprenantes… mais pas autant qu’on peut le penser de prime abord. «La glisse apporte ses mouvements, ses figures, mais le sens de l’esthétique et de l’équilibre rappelle beaucoup celui de la danse», analyse Nicolas Musin. «Skateurs, danseurs et vidéastes appartiennent à la même famille. Tous ont une sensibilité identique à la culture urbaine, à la ville, au public. Du reste, quand nous avons présenté notre concept aux utilisateurs du skatepark, ils ont adoré. C’est leur langage, leur manière de voir le monde.»

Engager des glisseurs urbains

Certains seront engagés dans le casting du spectacle. Du reste, des auditions sont programmées pour le lundi 18 et le mardi 19 avril, de 17 h à 20 h, au skatepark de Plainpalais; 120 fans de glisse sur bitume seront passés au crible. Les élus seront professionnalisés et payés. «La Délégation à la jeunesse est partie prenante; notre projet lui doit beaucoup», précise Michel Gaud, qui se réjouit de cette passerelle lancée entre culture et encadrement des jeunes.

Programme dessiné

L’événement artistique fera la part belle aux vidéos, jeux de lumière et sons, afin de «créer des effets scéniques basés sur des illusions d’optique», sous la direction de Mikki Kunttu, une pointure d’envergure internationale dans son domaine. Et cerise sur le gâteau, un skateur genevois qui est aussi un excellent bédéaste, Jean-Philippe Kalonji, dessinera le making off du show. Sa réalisation sera vendue comme programme.

Quant à l’avenir du spectacle, il pourrait se poursuivre après sa création à Genève. Les organisateurs ont déjà signé un arrangement pour 2018-2019 avec un «tourneur» en Allemagne, où plusieurs villes se sont montrées intéressées. «Le principe resterait le même: on ajouterait à la troupe professionnelle des artistes - recrutés parmi la fine fleur de leurs domaines aux Etats-Unis et en Angleterre - des glisseurs embauchés sur place», commente Nicolas Musin. La Grèce, Bruxelles ou Venise sont d’autres horizons pas si lointains que ça.

Créé: 15.04.2016, 14h45

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