«Situation de souffrance» et sérieux malaise dans l'administration

Grand-SaconnexLa Cour des comptes a enquêté sur la gestion des ressources humaines de la Commune. Mobbing et rupture de confiance: la Cour recommande des mesures «rapides et fortes».

Le Conseil administratif a accepté les douze recommandations de la Cour. Tout en précisant ne pas se retrouver

Le Conseil administratif a accepté les douze recommandations de la Cour. Tout en précisant ne pas se retrouver "dans la description d’un climat de travail tendu". Image: Georges Cabrera

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En septembre, la «Tribune de Genève» se faisait l’écho du malaise d’employés municipaux ainsi que d’inquiétudes d’élus du Grand-Saconnex. Ils dénonçaient, sous couvert d’anonymat, par peur des représailles, un climat de travail difficile et de fortes tensions avec la hiérarchie. La moitié du Conseil municipal avait même adressé un courrier à la Cour des comptes.

Aujourd’hui, cet organe de contrôle vient confirmer l’existence d’un «sérieux malaise entre la direction de l’administration et des employés, ainsi qu’une situation de souffrance de collaborateurs». Après plus d’un an de travail, la Cour a présenté, vendredi, un audit de gestion et de légalité sur la gestion des ressources humaines (RH) de la Commune. Le Conseil administratif était convié, mais il n’a pas pu être présent pour «raisons d’agenda».


Lire notre édito: Le Grand-Saconnex en plein déni


Au vu de la «gravité» de la situation, des mesures rapides et fortes sont impératives, selon la Cour. Elle relève par ailleurs que l’Exécutif «n’a pas pris la mesure de la situation difficile que vit une partie du personnel» et témoigne d’une collaboration compliquée avec lui. Le rapport a été transmis à l’Ocirt (Office cantonal de l’inspection et des relations du travail). Retour sur ses conclusions.

Gestion pas bienveillante

Durant cette année de travail, la Cour des comptes a mené plusieurs entretiens. Elle dit avoir été sollicitée «de manière inhabituelle spontanément par plusieurs collaborateurs. La teneur des propos et l’état émotionnel de certains ont démontré que la situation sur leur lieu de travail pouvait, dans certains cas, aller jusqu’à de la détresse (personnes en pleurs).» Un questionnaire a été envoyé aux employés: 72% ont répondu, soit 57 personnes. La moitié a indiqué avoir été témoin ou victime de comportements inappropriés. Comme du mobbing, des remarques à caractère sexiste, du harcèlement psychologique, précise François Paychère, président de la Cour. «Ce sont des exemples d’une gestion qui n’est pas bienveillante.» Mais pas de situation qui nécessite, à sa connaissance, une dénonciation pénale. Vingt personnes ont mentionné des problèmes spécifiquement en lien avec le secrétaire général.

Ce climat difficile a provoqué une rupture de confiance. La moitié des sondés estime que les actes inadéquats ne peuvent pas être dénoncés en toute sécurité et que la Commune ne prend pas au sérieux les accusations. Une «hotline confiance» a pourtant été ouverte en 2015 par une société spécialisée, sous l’impulsion de l’Exécutif. Cette ligne a enregistré, en 2017, dix appels de huit collaborateurs. Cela représente 10% du personnel qui s’est adressé à la hotline alors que la société indique en recevoir en moyenne 2% par entreprise. À cela s’ajoutent les démissions de quatre chefs de service (sur sept), entre décembre 2017 et mars 2019.

Commission entravée

La Commission du personnel a été constituée en 2015 avec huit membres des services de l’administration. L’organe de contrôle relève qu’elle a été «entravée dans son fonctionnement» par une attitude conflictuelle du Conseil administratif et du secrétaire général. Et que «la dégradation des relations» a conduit à la démission des membres. L’organe a été dissous.

Deux cadres en couple

Deux cadres sont en couple depuis plusieurs années. Ils l’ont spontanément annoncé au Conseil administratif (CA), qui explique avoir rapidement pris des mesures organisationnelles afin d’éviter des conflits d’intérêts. Des employés ont toutefois dénoncé que des informations réservées au secrétaire général auraient été transmises à d’autres par le biais de cette relation.

L’Exécutif n’entend pas

Pour la Cour, l’Exécutif «n’est pas à l’écoute de son personnel et rejette en bloc les critiques ainsi que les demandes d’aide». Il semble également dans le «déni». «Il n’a pas pris la mesure de la situation» malgré des alertes sur des difficultés relationnelles, dont des courriers de la Commission du personnel. Sans compter que la société en charge de la hotline a informé le Conseil administratif des problèmes rencontrés par certains collaborateurs avec le secrétaire général et proposé en 2018 des mesures pour les résoudre. Il n’y a pas eu de suite.

«L’Exécutif a décidé de ne pas tenir compte des signaux d’alerte, résume François Paychère. Il a maintenu cette position jusqu’à la fin de la mission, lorsque lui a été présentée la teneur alarmante de certains commentaires d’employés.» Et le président de conclure: «Il arrive souvent que notre début de mission soit difficile. Mais en général, on parvient à construire quelque chose de positif à la fin. Ici, ce n’est pas le cas.» Cette posture inquiète le président du Conseil municipal, le Vert Francisco Bradley. «La Cour pointe qu’il y a des erreurs, il faut une vraie dynamique de changement! Nous serons attentifs à la mise en œuvre des recommandations de la Cour.» Sa collègue UDC Éliane Michaud-Ansermet est plus virulente: «Cela fait des années que nous entendons que des employés souffrent et le CA se mure dans un déni. Il a été élu par le peuple, il se doit de réagir enfin.»

Lacunes dans la gestion RH

L’audit a encore montré que la politique globale des RH fait défaut. Absence ou obsolescence de cahier des charges, rémunérations non conformes aux statuts du personnel (supérieures au règlement) entraînant des inégalités, manque de prévisions, entre autres. À noter toutefois l’engagement, en octobre 2018, d’un responsable RH qui a déjà lancé plusieurs chantiers. Face à ces constats, l’organe de contrôle met en garde contre des risques financiers, d’image et opérationnels de nature à avoir un impact sur les prestations de l’administration communale.

Créé: 05.07.2019, 11h02

Un climat bon, selon l'Exécutif

La Cour des comptes a émis douze recommandations. Le Conseil administratif les a toutes acceptées, avec une mise en œuvre d’ici à la fin de 2020, non sans soutenir qu’il «ne se retrouve pas dans la description d’un climat de travail tendu et d’un important malaise». Il tient à relever que les employés restent
«en moyenne plus de dix ans»
à la Commune et que le taux d’absence pour maladie et accident est «entre 15 et 42% plus bas que dans les institutions genevoises comparables». Il conteste aussi la «soi-disant tolérance des comportements inappropriés».

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