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Une simple poterie raconte l'apparition d'une unité européenne il y a 5000 ans

Des chercheurs, notamment de l'Université de Genève, ont étudié un type de gobelet présent à l'époque dans toute l'Europe. À la clé, quelques surprises.

Ces gobelets dits campaniformes (accompagnés d’autres objets) datant d’environ 2500 avant Jésus-Christ ont été retrouvés dans la nécropole du Petit-Chasseur, à Sion.
Ces gobelets dits campaniformes (accompagnés d’autres objets) datant d’environ 2500 avant Jésus-Christ ont été retrouvés dans la nécropole du Petit-Chasseur, à Sion.
PHOTO UNIGE

De prime abord, ce sont de simples gobelets en céramique. Certes. Mais pour des archéologues avertis, il s’agit de véritables trésors. Des témoins d’une première – et très antique – forme d’unité européenne, qui remonte à environ 5000 ans. Mieux même, leur présence, associée à celle d’ossements humains retrouvés sur les mêmes sites, permet désormais de mieux comprendre les mouvements de population durant cette période.

Cette découverte est le fruit d’une vaste étude internationale dirigée par l’Université Harvard, à laquelle ont pris part des chercheurs de l’Université de Genève (UNIGE). Ses résultats viennent d’être publiés dans la célèbre revue Nature.

Forme de cloche renversée

Ces poteries en terre cuite appelées campaniformes (en forme de cloche renversée) ont donné leur nom à une période située entre la fin du néolithique et le début de l’âge du bronze ancien. Grosso modo durant le IIIe millénaire avant Jésus-Christ. «Ces céramiques sont plutôt de couleur orangée et toujours décorées de motifs géométriques», précise Marie Besse, directrice du Laboratoire d’archéologie préhistorique et anthropologie de l’UNIGE.

Le fait de les retrouver à la même période dans toute l’Europe, de la Pologne au Portugal en passant par la France et la Grande-Bretagne ainsi qu’au Maroc a toujours intrigué les archéologues. «Et c’est là que ça devient très intéressant, s’enthousiasme Marie Besse, qui a pris une part active aux recherches. Car comment comprendre qu’un même objet soit présent à une si large échelle. Est-ce par déplacements de populations? D’individus isolés? Par transferts culturels?»

L’ADN des vieux squelettes

Pour répondre à ces questions, les chercheurs se sont attelés à l’étude du profil génétique d’ossements datant du Campaniforme. Sans entrer dans trop de détails, ils ont observé les variations d’ADN afin de déceler d’éventuels mouvements de populations qui expliqueraient la présence des fameux gobelets sur l’ensemble du Vieux-Continent. «Il fallait avant tout être certain que les squelettes étudiés dataient bien du Campaniforme, et non du néolithique final», poursuit Marie Besse. D’où notamment le recours au laboratoire de l’UNIGE, spécialisé dans cette période.

Travail énorme et minutieux

Ces ossements, découverts sur des sites où l’on a également trouvé les poteries – telle la nécropole du Petit-Chasseur, à Sion – ont parfois été mis au jour il y a plus de trente ans. Le travail était donc des plus minutieux, tout en étant d’une ampleur incroyable! Pour la première fois en effet, le profil génétique de 226 squelettes du Campaniforme provenant de 136 sites répartis dans 12 pays différents (dont la Suisse) a été effectué avec succès. «Ces analyses d’ADN ont été faites sur quelques individus des 136 sites, précise Marie Besse, avant d’être mises en commun à l’échelle de l’Europe. C’est ça qui est génial!» relève encore la chercheuse de l’UNIGE.

Les scientifiques ont alors constaté des choses étonnantes. Un exemple? Une continuité de l’ADN entre les individus précampaniformes et campaniformes aussi bien dans le sud de la France que dans la péninsule Ibérique. Ce qui indique l’absence de grands mouvements de population dans ces régions, ces derniers étant normalement source de renouvellement génétique.

«Quelques petits groupes ont pu se déplacer, reconnaît Marie Besse. Mais on peut néanmoins déduire de cette découverte que la présence des céramiques campaniformes dans ces régions est due avant tout à une volonté d’appartenir à un même réseau en fabriquant une poterie semblable.» Et non à une circulation des objets eux-mêmes ou de populations qui auraient alors importé – ou imposé – leur culture.

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