Servette: mobilisation pour les sinistrés

IncendieUne task force a été créée. Elle se démène pour reloger 100 personnes privées brutalement de toit.

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Ils n’ont rien perdu, mais ils ne peuvent plus rentrer chez eux. Alors depuis lundi, leurs affaires personnelles tiennent dans un sac ou une valise. Des habits de rechange, un ordinateur, l’étui de lunettes de lecture, un livre ou deux, et c’est tout. Les bagages que l’on prend pour partir en week-end, avant de revenir chez soi.

Sinistré le chez-soi pour les quelque 100 locataires habitant aux numéros 69, 71, 73 et 75 de la barre d’immeubles donnant sur la rue de la Servette. Le feu de combles les a mis à la rue dimanche à l’heure du goûter. Quatre allées surveillées désormais comme des entrées de banque. Le trottoir est bouclé aux deux extrémités, la police filtre les passages. Des petits groupes se forment. On attend la distribution des casques de chantier pour franchir le seuil de son appartement, sous bonne escorte, accompagné par un membre de la protection civile et un représentant de la régie.

Quelques minutes pour procéder à l’état des lieux intime, se rassurer un peu, ouvrir un tiroir de vêtements et repartir aux nouvelles, à la salle des Asters, distante de 300 mètres. C’est ici que la task force mise en place dès dimanche soir a déployé ses équipes, sous l’impulsion du Service d’incendie et de secours. Les pompiers se sont retirés, plusieurs équipes dépêchées par l’Hospice général, les services sociaux de la Ville de Genève, les psychologues de la police ont pris le relais. Sans compter bien sûr la protection civile, cheville ouvrière du dispositif de crise.

On a ouvert en urgence le proche abri de Varembé. Trente personnes y ont passé une première nuit. Pour cet habitant du 75, impossible de dormir: «J’ai veillé, assis sur une chaise, en me repassant le film des événements, raconte-t-il. Je vis seul à Genève, sans famille chez qui aller. À part une tache brune sur le carrelage de la cuisine, je n’ai rien remarqué d’anormal dans mon logement. C’est bizarre d’en être ainsi jeté.» Pour combien de temps? Durée indéterminée. «Aux informations transmises à la mi-journée, on nous parlait de deux semaines», indique une locataire habitant l’immeuble depuis trois décennies. Avant d’ajouter, d’une voix plus tendue: «D’autres nous parlent de deux mois…»

Sur le front du relogement à venir, on ne fait pas dans la demi-rumeur; on agit, en multipliant les coups de téléphone. La régie donne l’exemple et abat un gros travail (lire ci-dessous), l’Hospice également. Il faut trouver du provisoire qui dure, investir des trois et quatre-pièces vides, en les équipant de lits, de meubles, de cuisinières. Pour les chambres d’hôtel, ce n’est pas la bonne semaine. Toutes louées ou presque par le Salon de l’auto. «On joue de malchance», s’agace un relogeur motivé, en essuyant un troisième refus consécutif. La situation rend fataliste. Les colères individuelles sont l’exception. «De toute façon, nous n’avons plus de toit», ironise l’habitant du 69.

Il poursuit en souriant: «Nos greniers étaient faits dans un bois qui ne demandait qu’à brûler. Nous n’avons plus d’électricité, plus de ventilation, plus d’eau courante, sinon celle qui, pendant des heures, a douché la cage d’escalier.» Quant aux ascenseurs, on les oublie, leur machinerie était située au dernier étage, au plus près du brasier. (TDG)

Créé: 12.03.2018, 19h34

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Une soixantaine d’appartements à disposition

La régie et le propriétaire des immeubles ont mis les bouchées doubles ce lundi. Avec un résultat probant: «Une soixantaine d’appartements seront mis à disposition des locataires, a affirmé hier le porte-parole du propriétaire.

Tous les efforts ont été mis en œuvre pour trouver des solutions de relogement. Les personnes ainsi relogées s’acquitteront de leur loyer actuel, l’éventuel supplément étant à charge de l’assurance-ménage. Les locataires qui ont trouvé une solution propre sont exonérés de leur loyer depuis la date du sinistre.»

Une telle réussite s’explique aussi par l’assise des deux partenaires. La régie Livit, qui gère les immeubles, appartient à SwissLife, assureur et plus gros propriétaire du pays. Les immeubles sinistrés, eux, appartiennent au fonds d’investissement Sima d’UBS. Un autre géant. C’est l’un des plus gros fonds immobiliers du pays.

À Genève, il possède une trentaine de bâtiments locatifs. Le manque d’entretien des immeubles est souvent évoqué par les locataires, comme pour fournir une explication à l’incendie.
«Le rapport de police n’est pas connu. Laissons l’enquête être menée à son terme», répond le porte-parole.
Ironie du sort, à la fin de décembre, le propriétaire
a déposé une demande d’autorisation pour rénover et surélever l’immeuble incendié, au motif notamment que les logements n’avaient jamais été rénovés. Il prévoit aussi de démolir et reconstruire les deux bâtiments qui donnent sur les rues Carteret et Lilas. En janvier, il a d’ailleurs averti ces locataires de la résiliation future des baux, en promettant des solutions de relogement.
Christian Bernet

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