Série noire pour les établissements gay

FermeturesEn sept ans, treize bars et clubs à vocation homosexuelle ont été contraints de fermer boutique

Roland Delorme, responsable des événements chez 360°.

Roland Delorme, responsable des événements chez 360°. Image: Laurent Guiraud (Archives)

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Festivité, sexe et séduction. «Et show de gogo-boys tous les week-ends!» Le programme détonnant du Boys Club avait a priori réuni tous les ingrédients pour séduire la clientèle masculine homosexuelle. Las. A la fin de décembre 2011, après tout juste deux mois d’exploitation, le Boys Club a renvoyé divas et transformistes et mis la clé sous la porte. La treizième victime d’une implacable série noire qui semble toucher les établissements «gay-friendly». Des fermetures qui interviennent «dans une indifférence quasi générale», écrit Guillaume Renevey, rédacteur en chef adjoint du magazine de l’association 360°.

«Concurrence des réseaux sociaux»

Comment expliquer cette hécatombe? «Les causes sont multiples», précise Pierre Ogay, propriétaire du Phare, petit bar qui fêtera bientôt son neuvième anniversaire. «Genève est avant tout pénalisée par sa situation géographique si on la compare à Lausanne», dont la proximité et la réputation attirent les homosexuels valaisans ou jurassiens. «La communauté gay n’est donc pas assez importante dans notre cité pour faire vivre un tel nombre d’établissements», explique le propriétaire du Phare.

La démocratisation d’Internet a également affecté certains lieux traditionnels de rencontre et de drague. «Les bars subissent la rude concurrence des réseaux sociaux et autres sites de rencontre sur le Web», constate Roland Delorme, responsable des événements chez 360°. Un phénomène particulièrement frappant chez les jeunes.

La ségrégation des années 70 aurait vécu

Des jeunes dont les mœurs et le comportement diffèrent de ceux de leurs aînés. «Un clivage générationnel, résume Guillaume Renevey. Les jeunes homosexuels ne cherchent plus nécessairement des établissements réservés aux gays et lesbiennes. Cela explique peut-être la longévité du Phare, lieu mixte et ouvert par excellence depuis sa création.» Roland Delorme abonde dans son sens. Selon lui, les soirées exclusivement masculines du Boys Club, «un modèle des années 70 où l’on peut voir une certaine forme de ségrégation», ont causé sa perte.

Ce type d’établissement est-il dès lors condamné à s’adapter ou à disparaître? Pierre Ogay n’en est pas convaincu et, surtout, ne le souhaite pas. «Il est vrai que pour un jeune homosexuel qui s’est affirmé, ces soirées fermées peuvent paraître vides de sens. Mais pour les plus fragiles d’entre eux, il est parfois important de se retrouver dans des lieux discrets et uniquement ouverts aux homosexuels pour se sentir à l’aise.»

La fermeture de ces établissements à vocation exclusivement homosexuelle serait-elle finalement le signe d’une évolution positive des mentalités, tant homosexuelle qu’hétérosexuelle? En tout cas, «le rejet d’un certain type de ghettoïsation et un désir de mixité», pour Guillaume Renevey. «Même s’il y a encore beaucoup de chemin à faire.» (TDG)

Créé: 14.03.2012, 06h54

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