«Serge Dal Busco est charmant mais pas à sa place»

InterviewReconduite à la présidence du PS genevois, Carole-Anne Kast va mener sa formation aux élections cantonales de 2018.

«J’ai toujours un intérêt très vif pour la fonction de conseillère d’Etat», confie Carole-Anne Kast.

«J’ai toujours un intérêt très vif pour la fonction de conseillère d’Etat», confie Carole-Anne Kast. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ/Tribune de Genève

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La magistrate d’Onex Carole-Anne Kast rempile. Réélue à la tête du PS pour deux ans, elle va mener le parti aux élections cantonales. Quelle sera sa ligne? Interview.

Carole-Anne Kast, le PS vient de réclamer le départ du Département des finances de Serge Dal Busco. Pourquoi?

Serge Dal Busco est charmant, mais il n’est pas à sa place! C’est lui qui a mis le feu aux poudres en annonçant des comptes catastrophiques fin août, alors que les données transmises aux communes n’annonçaient rien de tel. Il sort ensuite un budget 2016 prévoyant une coupe de 1% des dépenses salariales et des subventionnés et 5% les années à venir. Ensuite, il n’a négocié sur rien, alors que tous les partis s’y opposaient, et ce jusqu’à la veille du débat budgétaire en décembre. D’où un refus écrasant. En janvier, rebelote, en refusant en outre de proposer une loi pour revenir sur le Personal Stop dont, officiellement, il ne voulait pas. Les comptes 2015, avec leur provision providentielle empêchant d’appliquer l’accord signé avec les fonctionnaires à la fin de leur grève (versement des annuités), constitue un autre sommet.

Les enseignants n’ont pas été très tendres avec Madame Torracinta cet automne. Doit-elle aussi changer de département?

Ce n’était pas la même chose. Elle était attaquée car elle appliquait la politique d’austérité du Conseil d’Etat, pas sur sa crédibilité en tant que responsable de l’éducation.

En 2018, le PS se verrait bien avoir un magistrat aux Finances?

Ce qui compte pour Genève, c’est d’avoir des magistrats compétents, aux bonnes places, capables de travailler en commun.

Vous étiez intéressée par une candidature au Conseil d’Etat en 2013. Est-ce toujours le cas?

J’ai toujours un intérêt très vif pour cette fonction, même si la manière dont le Grand Conseil et le Conseil d’Etat fonctionnent mène Genève dans une crise institutionnelle qui doit absolument être dépassée.

Sandrine Salerno vient de proposer au Canton de fixer la future imposition des entreprises à 15% au lieu de 13. La soutenez-vous?

Oui. Ce qui est fondamental c’est que cette réforme est une équation à trois inconnues: son taux, la perte fiscale, le maintien des prestations. Tout dépend du montant des compensations ou des recettes supplémentaires. Mais il est sûr qu’il sera plus facile d’avoir un projet équilibré avec un taux à 15% qu’à 13%. Soyons attentifs aux conditions-cadres de l’économie et leur stabilité. Si le projet entraîne trop de pertes, la droite voudra tailler dans les prestations et les réactions risquent alors d’être brutales. Les grèves, les manifestations et l’incertitude, ce n’est pas bon pour l’économie.

Il y a deux ans la gauche était étrillée au Grand Conseil. Aujourd’hui, ou en est-elle?

Il y a deux ans, la gauche a subi en plein le hold-up du MCG. Ce parti a réussi à diviser les perdants du système en montant les travailleurs contre les chômeurs, les chômeurs d’ici contre ceux d’à côté, les personnes à l’aide sociale contre les réfugiés. La lutte pour la justice sociale est passée au second plan. A cet élément se sont ajoutées des difficultés propres à certains partis: Ensemble à Gauche a payé sa longue absence du Grand Conseil et les Verts un certain épuisement de leurs thèmes. Par contraste, le PS a légèrement progressé mais pas suffisamment pour compenser. Il reste néanmoins le parti leader de la gauche. Deux ans plus tard, la droite, qui s’est efforcée d’assécher les revenus de l’Etat, puis de démanteler les prestations, n’a pas réussi à planter un clou malgré sa majorité.

Ce sont des slogans, non? Les dépenses de l’Etat n’ont pas arrêté d’augmenter.

Les dépenses, oui, mais pas les prestations. De fait, la précarité augmente à Genève où l’on économise sur les plus pauvres et la classe moyenne pour équilibrer les budgets. C’est ce que le PLR appelle des réformes structurelles.

Pour compenser sa faiblesse au Grand Conseil, la gauche a lancé force référendums et initiatives. Sans grand succès. Allez-vous continuer?

Un référendum, c’est une réaction. Minoritaires, nous n’avons pas le choix des armes. La vraie question est surtout de savoir si la droite va continuer ses attaques frontales contre la majorité de la population en baissant les prestations dans le logement, la santé, l’éducation. Tant qu’elle ne recherchera pas de consensus, de concordance, nous la combattrons. Quant aux initiatives, deux viennent d’être lancées sur le logement avec l’ensemble des forces progressistes. Elles sont des propositions constructives pour répondre aux besoins des Genevois.

En résumé, la guerre des tranchées continue…

C’est la résultante de la composition en trois blocs du Grand Conseil où le PLR privilégie la solution d’un accord sur sa droite et ne cherche pas à établir un accord vers le centre, donc avec la gauche. Notons que les magistrats de l’Entente n’ont pas prise sur leurs groupes, comme l’ont démontré le vote du «Personal Stop» par le PLR et le PDC et le rejet par les mêmes de la suppression de certaines niches fiscales.

Dans le canton de Vaud, le PS semble moins dur et a plus de succès. C’est une piste, non?

Si on ne regarde que les villes, nos succès sont comparables. Sur le plan cantonal en revanche, il faut avouer que le pragmatisme vaudois manque à Genève. A gauche, comme à droite. On ne sait pas négocier, concilier, trouver des consensus. Prenez les discussions sur RIE III, le PS les demande depuis un an. Subitement, c’est parti, mais on se retrouve coincé dans un invraisemblable paquet de questions préalables. C’est comme cela avec le Canton. Il traîne, puis décide de tout abruptement et s’étonne ensuite des réactions des communes. Ou des fonctionnaires. L’accumulation des maladresses ou des provocations à leur égard explique largement le mouvement de grève de cet automne.

Est-ce que vous ne craignez pas que ce genre de mouvement favorise un divorce entre salariés du public et du privé qui vivent d’autres remises en cause?

C’est un risque, mais comment agir quand on a affaire à un Conseil d’Etat aussi maladroit, qui n’a aucune autre idée pour équilibrer son budget et préparer la réforme de la fiscalité des entreprises que de tailler dans les dépenses, singulièrement celles liées à ses collaborateurs?

(TDG)

Créé: 03.04.2016, 17h46

Sondage

Le conseiller d'Etat genevois Serge Dal Busco est-il à sa place aux Finances?

Oui

 
30.9%

Non

 
50.3%

Je ne sais pas

 
18.9%

1188 votes au total


Bio express

Naissance: Carole-Anne Kast est née en 1974 à Genève.

Etudes: Titulaire d’une licence et d’un master en droit.

Politique: Conseillère municipale en 1999,
députée au Grand Conseil en 2005,
elle est élue au Conseil administratif d’Onex en 2007. Elle préside le Parti socialiste genevois depuis 2014.

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