Serbeco cesse le tri des flacons en plastique

EnvironnementSelon l’entreprise de recyclage, la filière n’est pas rentable pour l’instant. Le Canton a lancé une étude.

Laconnex était la première Commune genevoise à récupérer les flacons en plastique.

Laconnex était la première Commune genevoise à récupérer les flacons en plastique. Image: Laurent Guiraud

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Genève n’est pas près de collecter les flacons en plastique dans ses déchetteries communales. Il y a deux ans et demi, un projet pilote avait été lancé par Serbeco à Laconnex. À l’entrée du village, une benne était dédiée à toutes les bouteilles avec bouchons qui n’étaient pas du PET, soit le lait, les huiles, les shampooings ou encore les lessives. Cet été, l’entreprise de recyclage a mis fin au test. Elle explique que cette filière de recyclage n’est pas rentable actuellement.

Lorsque Serbeco a lancé le projet en décembre 2016, elle avait deux objectifs: évaluer l’intérêt du public et observer si cette nouvelle collecte pouvait réduire le nombre de détritus trouvés dans les autres conteneurs. À l’heure du bilan, les conclusions sont favorables sur ces deux points. Les habitants ont répondu à l’appel et semblent avoir saisi la différence entre les plastiques. «Nous avons observé une nette amélioration de la qualité du PET», confirme Bernard Girod, fondateur de Serbeco, qui a remis la direction de l’entreprise à son fils, Bertrand, en 2012.


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Prix du pétrole trop bas

Les récipients récupérés sont actuellement stockés en balles dans les locaux de la société à Satigny. Ils seront plus tard envoyés à l’usine RC-Plast à Grandson, dans le canton de Vaud, ou dans un pays limitrophe pour être valorisés. «Comme le prix du baril est très bas, il revient actuellement moins cher de fabriquer du plastique à partir de pétrole que de matière recyclée, informe Bernard Girod. Nous préférons donc attendre un peu.» Mais pourquoi stopper la collecte alors que le test a reçu un écho favorable au sein de la population genevoise? Selon Serbeco, les financements manquent. «Comme nous n’arrivons pas à nous rémunérer uniquement avec le prix de la matière, nous devrions facturer l’ensemble de la prestation aux communes, ce qui leur reviendrait plus cher que l’incinération.»

Tous les emballages taxés?

Pour Bernard Girod, cet obstacle pourrait être contourné par l’introduction d’une «taxe anticipée» sur tous les emballages. «C’est le cas en France et en Allemagne», souligne-t-il. Sur chaque contenant acheté, un montant est ainsi consacré au financement des filières de recyclage. Si, en Suisse, un tel système est en vigueur pour le PET, le verre et les piles, il ne s’applique pas aux autres plastiques. «Ce n’est pas logique», déplore le recycleur, qui espère que les bons résultats du test pousseront les autorités à changer la législation.

L’instauration d’une nouvelle taxe relevant des compétences fédérales, le Canton songe-t-il de son côté à débloquer des moyens pour encourager la récupération des flacons en plastique? «À ce jour, nous n’avons pas prévu d’introduire une nouvelle collecte de déchets», répond Matthieu Raeis, chef du Secteur déchets à l’État de Genève.

Bénéfice écologique faible

Le spécialiste explique que toutes les opérations de recyclage ont un coût financier et un coût environnemental (énergie, eau, transport, etc.). Le bénéfice écologique d’une nouvelle collecte séparée des déchets en plastique a été relativisé dans une étude menée sur mandat de la Confédération en 2017. Celle-ci l’évalue à l’équivalent d’un trajet de 30 km en voiture évité par personne par an. Le coût financier du recyclage est en revanche élevé: 750 francs la tonne contre 250 francs pour l’incinération des sacs-poubelles.

«Le Canton de Genève n’est pas opposé au tri des flaconnages, mais nous voulons avoir la garantie que si une telle collecte devait être mise en place, elle aurait du sens d’un point de vue environnemental et économique», insiste Matthieu Raeis. Un bureau d’études a été mandaté par l’État pour identifier les flux actuels de gestion des déchets de plastique en Suisse et en Europe. Les résultats seront connus à la fin de l’été.

Pour l’heure, l’arrêt du projet pilote de Serbeco fait en tout cas un heureux: le maire de Laconnex, Hubert Dethurens. «Je suis content que tout cela cesse, il y avait un tourisme des déchets qui s’était développé, explique le magistrat. Des gens d’autres communes venaient amener leurs flacons en plastique chez nous. Du coup ils en profitaient pour jeter également leurs autres déchets, ce qui a engendré des coûts supplémentaires pour notre Commune.»


Une usine à Grandson

Il y a trois ans, une usine spécialisée dans le recyclage des plastiques, RC-Plast, a ouvert à Grandson, dans le canton de Vaud. Son directeur, Xavier Prudhomme, assure qu’une filière existe pour les flacons en plastique. «Le polyéthylène et le polypropylène constituent les polymères les plus utilisés dans la production d’objets en plastique, souligne-t-il. Ils représentent près de 60% de la consommation mondiale.»

Que deviennent les contenants récupérés? «Nous les réceptionnons, les trions puis constituons des blocs de matières premières que nous vendons ensuite, répond Xavier Prudhomme. Certains tuyaux de canalisation sont ainsi fabriqués à partir de flaconnage.»

Les matériaux récupérés sont acheminés à Grandson par les collectivités publiques et les grandes surfaces avec lesquelles la société a signé un contrat de prestation. «Elles payent les frais de transport mais économisent sur les coûts d’incinération», relève Xavier Prudhomme. Pour l’heure, aucune Commune genevoise n’a contacté l’usine de Grandson. «Nous n’avons pas été très proactifs de notre côté non plus», tempère le directeur. C.G.

Créé: 18.07.2019, 06h40

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