Sel de l'Equateur, épices du Brésil

Barbecues dans les communautés (3/5)Pour les communautés étrangères de Genève, le barbecue est l'occasion de manger «comme là-bas».

La petite bande a pris l’habitude de se réunir au parc de la Perle du Lac le samedi ou le dimanche. A g., Joselito Reyes (au centre) observe les grillades.

La petite bande a pris l’habitude de se réunir au parc de la Perle du Lac le samedi ou le dimanche. A g., Joselito Reyes (au centre) observe les grillades. Image: Olivier Vogelsang

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Autour du gâteau au chocolat, on se prépare à chanter «Joyeux anniversaire». En quelle langue? La trentaine de convives se concerte. En portugais, la mère d’Emily – 2 ans ce samedi – est Brésilienne. Et a cappella, malgré la grosse enceinte installée pour la journée à quelques pas des barbecues de la Perle du Lac. Joselito Reyes, le père, ne bronche pas. Equatorien, il aura tout le temps plus tard de glisser un mot en espagnol à sa fille. Pour le moment, il est de toute manière affairé à une mission de la plus haute importance: la cuisson de la viande sur le gril doit être parfaite.

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A priori, rien de trop compliqué pour Joselito. Entouré de sa famille, d’amis, de collègues et même de connaissances, il se prête à l’exercice une fois par semaine en été. «Le samedi ou le dimanche, selon le temps, précise-t-il. On vient vers 11 h du matin et on reste jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien.» A 14 h, les salades ont déjà disparu, mais dans les glacières, les réserves de viande et de bières semblent sans fin.

Des côtes de porc. Il y en aura pour tout le monde

Sur le gril, les cuisses de poulet sont alignées en rangs serrés. Le barbecue proposé par la Ville devrait suffire. En cas de surcharge, le groupe est paré à tout. Un gril de standing, prêt à prendre la relève, attend que la fête s’enflamme. «C’est plus facile ici, à la Perle du Lac, remarque Maria Molina, la cousine de Joselito. Les installations sont nouvelles et n’attirent pas encore trop de monde. Avant, nous avions l’habitude de nous rendre à Port-Choiseul ou à Chambésy, mais c’était la guerre pour avoir une place. On devait arriver à 7 h du matin.» Dans son nouveau havre de paix, la bande a rapidement pris ses quartiers. Ce dimanche, on ne voit – n’entend – d’ailleurs qu’elle. Loin d’être une gêne, elle communique sa bonne humeur aux groupes épars assis non loin sur les pelouses. La salsa aide. Pour l’heure, on se contente de l’écouter. Pour la danse, il faudra revenir un peu plus tard. La caipirinha – cocktail brésilien à base de cachaça – n’a pas encore fait son effet. Maria, elle, préfère la cumbia équatorienne. Mais aujourd’hui, elle le rappelle, «ce n’est pas ma fête».

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Sur le barbecue en revanche, son pays est à l’honneur. La viande se fait au poivre et sel uniquement. «C’est comme ça qu’on la prépare en Equateur, souligne Joselito. Et puis une bonne viande n’a pas besoin de se cacher.» Le chef du jour sait de quoi il parle, lui qui travaille à la Boucherie Parisienne. Dans un saladier, une sauce pimentée relevée par des oignons et de la coriandre fraîche fait office de touche brésilienne. «C’est Genève qui a réuni nos deux communautés autour de la table, insiste Maria. Ça donne des mélanges intéressants. Mon cousin a d’ailleurs connu sa femme ici.»

Maria Molina (en rouge) déguste un ceviche maison

Une Suisse terre de rencontres donc, mais aussi de nouvelles saveurs. A commencer par le goût des grillades en plein air. «En Equateur, je suis originaire de la côte, raconte Maria. Une zone vivante de restaurants, où on déguste des ceviches en salle ou sur les terrasses. Les barbecues sont finalement rares. En tout cas à l’époque où j’y vivais.» Quatorze ans maintenant qu’elle est partie. Quatre ans qu’elle n’y est pas retournée. «Une grande partie de ma famille vit ici avec moi, précise la jeune femme. On travaille dur la semaine, mais il suffit souvent d’un SMS pour nous réunir le week-end.»

Bien intégrée, Maria possède aujourd’hui la nationalité suisse. Pour d’autres, la situation n’est pas aussi claire. Pour autant, pas de quoi assombrir l’humeur du moment. Autour de cocktails toujours plus corsés, Sandra Monsalvarga, Brésilienne, échange volontiers sur son rapport à son pays d’adoption: «Ici, la vie n’est bien sûr pas simple, mais on nous offre la chance de nous réinventer. C’est un sentiment de liberté précieux. Je suis aujourd’hui en formation et pourrai prétendre à un travail en EMS.»

Sur le barbecue, la picanha commence à griller. Du bœuf aux airs de magret de canard. Une spécialité brésilienne. Parfaite pour accompagner une feijoada, des haricots noirs avec du pied de cochon, du chorizo… Il est l’heure de manger. En appétit, Sandra prend le temps du bénédicité, servi ce jour-là à la sauce épicurienne. «Une partie de l’argent gagné en Suisse part au pays – 100, 200 fr. par mois – c’est important. Mais avec le reste, il ne faut surtout pas oublier de manger, boire, faire la fête et vivre tout simplement.»

Créé: 09.08.2016, 17h01

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