Le séisme électoral secoue des Italiens de Genève

TémoignagesAu lendemain des victoires populistes, des membres de la communauté italienne s’inquiètent de l’avenir de leur pays.

Après les législatives, les Italiens de Genève ne pavoisent pas autant que pour le Mondial.

Après les législatives, les Italiens de Genève ne pavoisent pas autant que pour le Mondial. Image: Steeve Iunker Gomez

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La montée en puissance des mouvements populistes a fait l’effet d’une douche froide pour de nombreux Italiens de Genève. Si la tendance, qui s’était cristallisée dans les sondages ces dernières semaines, n’a pas constitué pour eux une surprise, c’est bien son ampleur qui a marqué les esprits.

«Je suis inquiet de ce durcissement et des avancées de la droite populiste et du Mouvement 5 Stelle antieuropéen», résume Marco Longo, né à Genève de parents italiens. Pour le président du CS Italien, club de football fondé à Genève en 1944, le retour du désormais inéligible Silvio Berlusconi, «l’increvable» de la vie politique italienne, est proprement «stupéfiant». «Mais ces dernières semaines, on ne voyait que lui dans les médias qu’il possède», ajoute l’Italien.

Collaborateur du Tavolone, un restaurant italien présent à Plainpalais et au Lignon, Antonio Mezza a été agacé par le fait que l’octogénaire puisse fanfaronner sur ses chaînes télévisuelles sans que les journalistes lui posent les vraies questions. Cet Italien né à Genève confirme les craintes de la communauté transalpine: «Je suis inquiet pour mon pays. Les politiciens se servent du mauvais climat pour susciter la peur au sein de la population. Ce qui explique en partie ce vote protestataire.»

Président du Comites (association de résidents italiens), Andrea Pappalardo résume le sentiment général: «Globalement, je ne suis pas surpris. Mais je n’aurais pas cru que la débâcle du centre gauche serait aussi importante. Et la progression de la Ligue du Nord est énorme, en particulier au sud.» Directeur de la Notizia di Ginevra, Carmelo Vaccaro abonde dans son sens. «Je prévoyais ce changement de cap sans m’imaginer dans quelle proportion. Je crains beaucoup cette situation. Tant Matteo Salvini que Beppe Grillo crient sur les toits qu’ils veulent sortir de l’Europe. Or, les idées politiques véhiculées par ces deux mouvements qui sont sortis gagnants des élections sont dangereuses. Les relations entre l’Italie et l’Europe risquent de se détériorer.»

Le Ligueur Matteo Salvini a désormais acquis une stature de dirigeant. Cette nouvelle force surprend et inquiète aussi les Italiens de Genève originaires du sud de l’Italie. De son côté, Pasquale Costanzo, qui réside à Genève depuis cinquante ans – un chaud supporter du CS Italien – remonte le cours de l’histoire pour décoder le vote de dimanche. «Depuis Mussolini, les Italiens ne veulent plus donner tout le pouvoir à un seul homme.» Les coalitions sont incontournables, mais souvent stériles. «Matteo Renzi était trop moderne pour le pays, qui risque d’être ingouvernable pendant longtemps», ajoute ce sexagénaire.

Le ton est plus mesuré chez Alfredo Piacentini, CEO de la société de gestion Decalia: «Le fait qu’un parti populiste comme le Mouvement 5 Stelle arrive en tête n’est pas une bonne nouvelle pour le pays, c’est sûr. Le gouvernement actuel paie sa mauvaise gestion des problèmes de l’immigration et de l’insécurité. Cela a pesé dans la balance. Cela dit, l’Italie s’est habituée à vivre avec les aléas de la vie politique. Le pays a connu plus de soixante gouvernements depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale! Un nouveau compromis à l’italienne est possible. Sur le plan économique, le pays se porte mieux. Les marchés financiers ont d’ailleurs très peu réagi à ces événements politiques.»

Le vote des Italiens de Suisse contraste singulièrement avec celui des Transalpins. Hier à 20 heures, c’est le Partito Democratico de Matteo Renzi (centre gauche) qui arrivait en tête, avec environ 33% des voix, devançant la coalition de la droite, notamment composée par la Lega de Matteo Salvini et Forza Italia emmenée par Silvio Berlusconi, avec 30%, et le Mouvement 5 Stelle fondé par Beppe Grillo et dirigé par Luigi Di Maio, avec près de 26%.

«Cela ne m’étonne pas car nous, Italiens de Suisse, nous sommes naturellement moins confrontés aux problèmes vécus par les retraités, les artisans, les petits commerçants ou les ouvriers», note Antonio Mezza. «Ce sont eux qui ont voté pour les mouvements populistes, opine en écho Pasquale Costanzo. Mais le Mouvement 5 Stelle a surtout prouvé son incapacité à gouverner, notamment à Rome», glisse encore ce dernier. En attendant, les Italiens de Genève – comme leurs compatriotes – attendent de voir comment le président italien pourra tenter, le 23 mars prochain, de rendre l’Italie gouvernable. (TDG)

Créé: 05.03.2018, 20h54

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