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La préoccupation première des Genevois n’est plus la sécurité

Selon le diagnostic local de sécurité, le sentiment d’insécurité est en baisse. Ce qui tourmente la population? Le logement et l’économie.

Un bon tiers des sondés considèrent encore la sécurité comme leur préoccupation majeure.
Un bon tiers des sondés considèrent encore la sécurité comme leur préoccupation majeure.
Magali Girardin (archives)

Qu’est-ce qui tourmente les Genevois? Qu’est-ce qui cause leurs insomnies ou leurs craintes par rapport à l’avenir? Les réponses à ces questions émergent du dernier diagnostic local de sécurité, présenté mardi. Ce qu’on y apprend? Que l’insécurité n’est plus la mère des inquiétudes après l’avoir été durant une décennie. Lorsqu’ils sont questionnés sur «leur préoccupation No 1», les Genevois ne sont plus que 14% à placer l’insécurité en tête, loin derrière le logement (30,4%) et l’économie/emploi (26,2%).

Ces mesures du ressenti des habitants du canton ont été obtenues grâce au sondage réalisé tous les trois ans par Coginta, une organisation non gouvernementale mandatée par le Département cantonal de la sécurité et cinq communes. Le document compte 132 pages: il synthétise la perception de près de 5000 résidents genevois en matière de sécurité (questions posées à la fin de 2016). En ressort notamment une baisse notable du sentiment d’insécurité. Comment le savoir? Le pourcentage d’«insécurisés», mesuré à l’aide de la simple question «Vous sentez-vous en sécurité lorsque vous vous promenez, le soir, dans votre quartier?», s’élevait à 49,9% en 2013; il a chuté à 34,3% en 2016.

Genève, canton d’insouciance? Pas vraiment, puisque 35,7% des sondés continuent de citer la sécurité comme un problème préoccupant. Simplement, la crise du logement persistante et les signes de fragilité de l’économie occupent davantage les esprits. Pour Pierre Maudet, conseiller d’Etat en charge à la fois de la Sécurité et de l’Economie, l’étude montre que le «besoin de protection se ressent désormais davantage dans le cadre social et économique». C’est que l’éruption brutale des craintes quant à la situation économique est saisissante. Les débats actuels et intenses sur la robotisation ou la prévoyance y ont sans doute contribué, ajoute le libéral-radical, avant de revenir rapidement sur le champ sécuritaire.

Retour au calme après 2011

Si les données présentées mardi portent sur la perception des Genevois, elles sont à lire avec la réalité du terrain. Du moins, celles des statistiques policières officielles mettant en lumière «une chute spectaculaire» de la petite et moyenne criminalité à Genève. L’an dernier, 35 délits pour 1000 habitants ont été recensés dans le canton, contre 65 en 2011, année noire. En huit ans, la baisse du taux atteint 33%. En regroupant les cambriolages, les brigandages, les pickpockets, les agressions physiques ou sexuelles ou les escroqueries sur Internet, cette catégorie joue un rôle important dans le sentiment subjectif d’insécurité. Couplés à la baisse des incivilités mesurée, ces éléments contribuent à rassurer, du point de vue purement sécuritaire du moins.

En conséquence, les interventions policières suite à des appels au 117 et les contrôles ont été moins nombreux. Au final, les Genevois ont attribué la note de 6,7 (sur 10) à la sécurité dans leur canton. Et se disent dans une large mesure satisfaits lorsqu’on les questionne sur leur police, cantonale et municipale (lire ci-contre).

Cette pacification peut également être interprétée à l’aune de l’explosion du nombre de policiers municipaux dans les communes genevoises: désormais, 17 municipalités en sont dotées. Quant au nombre d’agents, il est passé de 197 en 2010 à 320 six ans plus tard.

Tendances par commune

En se basant sur les réponses des habitants de la ville de Genève, des communes de Vernier, Meyrin, Carouge, Plan-les-Ouates et de la campagne genevoise, ce diagnostic local de sécurité mesure également les différentiels selon le lieu de résidence. La ville reste le lieu où se commettent le plus grand nombre de délits de la petite et moyenne criminalité (48 pour mille habitants), mais la baisse a été impressionnante depuis 2011 (-64%). On apprend également que la Commune de Vernier est parvenue à faire baisser les statistiques de plus de 50% en huit ans et que les habitants de la campagne ont subi davantage de «petits et moyens délits» que ceux de Meyrin, finalement l’un des lieux les moins criminogènes du canton (26 pour mille, contre 25). Des taux qualifiés de «modestes» par la police.

Cohésion sociale en chute libre

Restent des points noirs. Le premier s’observe en campagne, où la petite et moyenne criminalité a progressé de 18,6% en huit ans. Un chiffre porté par l’augmentation des infractions contre les biens. «Il y a une sorte de nivellement entre les zones urbaines et rurales», observe Dominique Wisler, auteur du diagnostic local de sécurité.

Enfin, les Genevois expriment un certain mal-être lorsqu’ils s’expriment sur leur environnement direct de manière générale. En témoignent les réponses à la question sur la cohésion sociale dans leur quartier ou village. Pour plus de 80% des sondés, elle est moyenne ou faible. La chute est vertigineuse, bien loin du sentiment enjoué mesuré en 2007 et 2010 par ce même sondage.

Ne restent aujourd’hui que 17,5% de Genevois assez enthousiastes pour affirmer que la cohésion sociale est forte autour de chez eux. Sans surprise, plus la densité de population est élevée, moins le sentiment d’intégration est fort.

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La police travaille sur son image, surtout en matière d’équité

Le verdict général est flatteur: neuf Genevois sur dix estiment que la police cantonale fait du bon travail. Là aussi, le score est bien meilleur que par le passé, par exemple en 2007, quand le taux de satisfaction n’atteignait que 73,9%. En matière de reconnaissance citoyenne, la police municipale a peut-être besoin de temps (ses prérogatives ont été élargies en 2013) pour faire décoller son taux de satisfaction de 62%. Qu’est-ce qui détermine l’avis de la population sur ses forces de l’ordre? «L’image ne dépend pas du degré d’incivilité, note Dominique Wisler l’auteur du diagnostic local de sécurité, mais de l’impression que la police travaille selon des principes de déontologie.» Dit autrement, la population s’attend à une égalité de traitement. Et là, 40% des sondés expriment la conviction que les situations diffèrent selon les catégories de population.

Ils sont également 40% à penser que l’origine étrangère entraîne une inégalité de traitement par les agents. Monica Bonfanti, commandante de la police, retient surtout la tendance à la baisse de ces sentiments. «Il y a quelques années, les scores n’étaient vraiment pas bons, dit-elle. C’est un point sur lequel nous avons mis beaucoup d’attention et des mesures correctives ont été prises, notamment dans les formations des agents, de base et continue. Depuis le 1er mai 2016, un organe de médiation permet de signaler une mauvaise expérience, un désaccord ou un conflit avec la police. En cas de plainte, l’Inspection générale des services (ndlr; la police des polices) signale désormais systématiquement les cas, ce qui ne se faisait pas forcément par le passé.»

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