Sécheron, témoin d'un glorieux passé

Série d'étéVéritable emblème de notre industrie, l’usine sise entre rail et lac a connu plusieurs vies

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La simple évocation du nom de Sécheron suffit à raviver le souvenir du glorieux passé industriel de Genève. Si aujourd’hui, le travail des neurones y a supplanté celui des machines, les traces de ce passé sont encore visibles. Le témoin le plus emblématique de cette époque est l’ancienne usine de Sécheron, qui abrite aujourd’hui le nouveau Campus Biotech inauguré en mai. Au cœur d’un quartier en pleine mutation où les barres de verre poussent comme des champignons, son frontispice en briques rouges fait dès lors un peu anachronique.

Un étendard du progrès

Quand Ernesto Bertarelli rachète le site en 2003 pour y loger sa société pharmaceutique Serono, plusieurs recours s’opposent en vain au projet de rénovation. L’Association pour le patrimoine industriel suggère, sans succès, que des pièces de machines soient exposées sur place pour illustrer la mémoire des lieux. Heureusement, le bâtiment historique de 1892 est préservé. Le frontispice retrouve même son visage d’origine en briques rouges, caché depuis les années 50 par du crépi. La halle de construction subit davantage de transformations, mais la structure métallique de poutres en acier riveté est toujours là, ainsi que les lanterneaux offrant un éclairage zénithal. En revanche, l’immense volume oblong des ateliers, cœur de l’usine, a été compartimenté. «La configuration de la halle avait été déterminée par sa fonction, relève Bénédict Frommel, historien à l’Office du patrimoine et des sites et auteur d’une étude sur Sécheron. La pièce centrale était le pont roulant de vingt tonnes servant à déplacer par les airs les énormes dynamos et transformateurs électriques qui y étaient usinés. Comme dans une cathédrale, on avait créé une grande nef centrale.»

L’usine, alors appelée Compagnie de l’industrie électrique, est à Genève l’un des tout premiers bâtiments à charpente métallique. Celle-ci est construite par le serrurier Charles Schmiedt, le spécialiste genevois de ce type de structure à la fin du XIXe siècle, qui a aussi réalisé le phare des Pâquis et le pont de la Machine. Ultramoderne pour l’époque, l’usine était une sorte de publicité géante: «L’architecture emphatique devait faire la démonstration du potentiel de cette révolution qu’était l’électricité, raconte Bénédict Frommel. Des brochures et des photos vantent un bâtiment hygiénique et sûr, éclairé et chauffé à l’électricité, et qui ne peut pas brûler car fait de métal. Il incarne la modernité la plus absolue et exalte l’idéologie industrielle du progrès.»

Fleuron de l’industrie locale

En 1892, l’industrie lourde est encore balbutiante à Genève. L’usine de Sécheron en sera l’un des fleurons et de nombreux bâtiments viendront s’ajouter à la première halle. En 1918, la fabrique, rebaptisée Société Anonyme des Ateliers de Sécheron, participe à l’électrification du réseau CFF en pleine expansion. Environ 2000 ouvriers travaillent sur ce site de sept hectares organisé comme une grande gare, avec un réseau de rails reliant les bâtiments entre eux, car on y fabrique aussi des locomotives. «Avoir un poste à Sécheron, même comme ouvrier, était très recherché et les salaires et prestations sociales y étaient avantageux», relève Bénédict Frommel.

Après des rachats, fusions et scissions, la société devenue ABB Sécheron finit par déménager en 1989 dans la zone industrielle de Meyrin-Satigny, d’où elle exporte toujours sa production dans le monde entier. Quant au site, il connaît plusieurs vies, passant entre diverses mains, dont celles du financier Nessim Gaon, puis d’Ernesto Bertarelli. Ce dernier le vend avec son groupe en 2007 avant de le racheter en 2013 – après le départ de Merck-Serono – pour y loger une armada de chercheurs en neurosciences et autres biotechnologies. Mais pour les Genevois, Sécheron restera à jamais marqué par son passé industriel.

Un site historiqueEn haut, le bâtiment qui était la partie administrative de l’ancienne usine a retrouvé son visage d’origine. En bas, la halle historique de Sécheron, vers 1915, avec son pont roulant pour transporter les lourdes pièces.

Créé: 02.08.2015, 17h23

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