Comment sauver le climat

Élections fédéralesSous la pression de la rue, le changement climatique s’est imposé comme l’un des principaux thèmes de la campagne électorale. Les partis fourmillent de propositions.

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Tout le monde, ou presque, ne parle que de ça depuis un an. Sous la pression de la jeunesse et de la rue, le changement climatique s’est imposé comme l’un des principaux thèmes de la campagne pour les élections fédérales.


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La plupart des partis présentent des programmes «climato-compatibles». L’UDC et le MCG n’en font pas une de leurs priorités, mais les autres formations fourmillent d’idées. Tour d’horizon des principales mesures proposées, avec quelques candidats genevois. S’ils sont élus, ils auront rapidement l’occasion de passer de la parole aux actes, puisque le Conseil national devra bientôt se pencher sur la nouvelle mouture de la loi sur le CO2. Le compromis trouvé dernièrement par le Conseil des États passera peut-être la rampe, vu que les fronts ont bougé depuis le fiasco de l’an dernier.

Les transports

Tout le monde glose, avec plus ou moins de scepticisme, sur le changement de cap du PLR, désormais favorable, comme la plupart des autres partis, à une taxe sur les billets d’avion, qu’il a pourtant contribué à retirer du premier projet de loi. «Mais cette taxe ne doit pas servir à enrichir l’État, précise Simone de Montmollin, candidate PLR au Conseil national. Il faut qu’elle serve en priorité à financer l’innovation et les investissements dans la protection du climat. Le reste devra être redistribué à la population et aux entreprises.» Chez les Vert’libéraux, on veut aussi attribuer cette taxe à un fonds climatique. «Sinon les gens ne comprennent pas pourquoi on les taxe, explique Jérôme Fontana, candidat au National. Ce sera bon pour notre économie car les énergies renouvelables sont souvent produites localement.» À gauche, le montant de 30 à 120 francs proposé par le Conseil des États est toutefois jugé trop modeste. Les socialistes veulent élargir la fourchette jusqu’à 500 francs.

L’idée que la Suisse devrait plaider au plan international pour une taxe sur le kérosène est elle aussi largement partagée. Le PLR pense cependant qu’une fois introduite, elle devra remplacer celle sur les billets d’avion, car, contrairement à cette dernière, elle touche tous les acteurs du secteur aérien, et pas seulement les passagers. De leur côté, l’UDC et le MCG sont opposés à toute nouvelle taxe, que ce soit dans le domaine des transports ou ailleurs. «Cela restreint le pouvoir d’achat des ménages, justifie l’UDC Céline Amaudruz, conseillère nationale et aussi candidate aux États. C’est pourquoi nous ne voterons pas la nouvelle loi sur le CO2, qui prévoit d’augmenter le prix de l’essence.» Le parti agrarien juge par ailleurs inutile de fixer des objectifs de réduction des émissions de CO2, la tendance étant déjà à la baisse en Suisse.

En ce qui concerne la route, les partis s’accordent à dire qu’il faut favoriser les transports publics et la mobilité douce, voire les véhicules électriques. Au PS, chez les Verts et à Ensemble à Gauche, on préconise un moratoire sur la construction de nouvelles routes ou autoroutes. En outre, les Verts veulent bannir les véhicules à carburant d’origine fossile dès 2025, les socialistes dès 2035 et les Vert’libéraux dès 2040. Le PLR, lui, se contenterait de fixer des valeurs limites de CO2 pour ces véhicules, avec des sanctions à la clé. Du côté du PDC, on compte favoriser le transport de marchandises par le rail en augmentant la taxe poids lourds. Les Vert’libéraux veulent aussi taxer davantage le transit alpin. Par ailleurs, tant les démocrates-chrétiens que les Vert’libéraux et la gauche prêchent pour des tarifs de transports publics incitatifs, mais Ensemble à Gauche va plus loin en exigeant la gratuité dans les agglomérations. Pour concurrencer les vols court-courriers, les socialistes proposent de relancer les trains de nuit, avec une garantie de déficit couverte par l’État.

Les bâtiments

La nécessité d’améliorer l’isolation des bâtiments et de promouvoir les énergies renouvelables dans ce secteur, qui est l’un des plus gros émetteurs de CO2, fait l’unanimité. Pour atteindre ce but, les Verts veulent augmenter la taxe CO2 sur les combustibles. Avec le PS, ils souhaitent même interdire toute nouvelle installation de chauffage aux énergies fossiles. «À l’avenir, on ne devrait plus construire que des bâtiments passifs, considère Philippe de Rougemont, candidat Vert au National. Devoir chauffer un immeuble est un échec architectural.» Pour les socialistes, la Confédération doit augmenter le budget de son Programme bâtiments de 200 millions à un milliard de francs par an, plus 300 millions sur dix ans pour éviter une répercussion des travaux sur les loyers. Pour financer cette mesure (et les autres), le PS suggère de renoncer à l’abolition du droit de timbre. Le PLR penche plutôt pour un assouplissement des conditions-cadres, afin d’inciter les propriétaires à faire les travaux nécessaires.

Les investissements

Une autre idée trouve un écho favorable dans la plupart des partis: celle de promouvoir la finance durable et de restreindre les placements dans les énergies fossiles. Le PDC et le PS souhaitent mettre en place des outils pour financer la transition énergétique. Le premier en créant un fonds souverain pour le climat, alimenté par les bonis de la Confédération. «Il faut absolument intensifier la recherche dans le domaine du climat, estime Claude Bocquet, candidate PDC au National. En Suisse, on a trop tendance à couper les budgets scientifiques.» Le PS veut quant à lui doter une banque fédérale d’investissement d’un capital d’un milliard de francs, pour octroyer des prêts sans intérêts. «Investir dans les énergies renouvelables coûte cher et cela peut dissuader des particuliers ou des entreprises, constate Thomas Wenger, candidat au National. Or, il y a énormément d’argent à la Banque nationale suisse.»

Propositions diverses

Parmi les nombreuses autres propositions des partis, Ensemble à Gauche suggère de faire porter à certaines activités industrielles le poids de leur responsabilité dans la crise climatique. «L’industrie de l’armement, par exemple, est néfaste pour l’humain, l’environnement et le climat, souligne Jean Burgermeister, candidat au National et aux États. Il faut la reconvertir dans les énergies renouvelables.» Citons encore l’idée des Vert’libéraux de taxer les émissions de CO2 de l’agriculture. Les Verts, eux, veulent une taxe CO2 sur les produits importés, alors que la seule taxe qui trouverait grâce aux yeux du MCG Daniel Sormanni, candidat au National, serait celle sur l’énergie importée d’origine fossile: «L’électricité produite en Allemagne à base de charbon, par exemple, met en danger la rentabilité de nos barrages.»

Créé: 12.10.2019, 09h17

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