Les sans-abri dorment dans les halles de gym des écoles désertées

PrécaritéLe dispositif d’accueil a dû se redéployer pour répondre à la promiscuité ingérable. Solution transitoire et chaotique. Avant la mise sur pied d’un centre de dimension totalement inédite.

La halle de gymnastique de l'école de Geisendorf, équipée de 37 lits de camp, à bonne distance les uns des autres.

La halle de gymnastique de l'école de Geisendorf, équipée de 37 lits de camp, à bonne distance les uns des autres. Image: Laurent Guiraud

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Sur le front de l’urgence sociale, en lien avec la prise en charge des personnes qui n’ont ni toit ni adresse de repli – ils sont près de 400 en temps normal à Genève –, l’actualité se décline elle aussi au rythme de ce virus sans domicile fixe. Une information en chasse une autre, au point qu’un communiqué alarmiste envoyé en début de soirée peut, dans ce qu’il demande et exige, ne pas tenir jusqu’à minuit.

Avant de parler du futur proche qui se dessine activement, les nouvelles du terrain. Elles sont, pour ne rien cacher, chaotiques. Le dispositif d’accueil était à flux tendu au seuil du week-end. Il est, trois nuits plus tard, complètement éclaté. Les urgentistes du social ont dû, dimanche soir, au sortir d’une séance de crise avec leurs homologues de la Ville, se préparer à un nouveau déploiement dans des lieux préalablement identifiés, histoire de réduire de moitié la promiscuité humaine des espaces existants.

Diviser par deux la jauge de chaque adresse, en sous-sol comme en surface, avant d’investir des structures plus petites, en réduisant, tant que faire se peut, la masse critique. L’abri PC des Vollandes s’est ainsi divisé par deux en changeant de rive: 50 lits maintenus aux Eaux-Vives contre le même nombre à Varembé.

Richemont a migré vers Châtelaine, en séparant les grands précaires, opération d’autant plus délicate que certains d’entre eux logeaient à l’année dans cet abri de l’avenue de Frontenex qui ne ferme plus depuis deux ans.

But recherché: casser cette même promiscuité, sur fond de semi-confinement, en rétablissant une distance de deux mètres entre chaque couchage. L’Accueil de nuit de l’Armée du Salut et les sleep-in n’ont pas échappé non plus à cet éclatement nécessaire.

Configuration inédite dès lundi soir dans les baraquements de Galiffe. Les chambres à deux lits n’en font plus qu’un. Des «single» et rien d’autre. Le réfectoire commun au mobilier contraignant – des bancs de braderie dans un mouchoir de poche –, on oublie. Le repas servi à partir de 18h – soupe, pain et thé – se déroule désormais au portail, à main levée et bras tendu. Cet hôtel de fortune ne dispose plus que de 19 places.

Les surnuméraires ont rejoint à pied l’école de Geisendorf. Oui, l’école, une première: des sans domicile dans une halle de gymnastique d’établissement scolaire. Il est vide comme tous les autres, la surface au sol est plus grande que partout ailleurs.

On peut se risquer à additionner les publics, en y accueillant également les usagers de drogue, une douzaine mardi soir, car eux aussi ont vu leur sleep-in du Quai 9 condamné par son étroitesse ingérable. Le regroupement ne va pas de soi. Les travailleurs sociaux font ce qu’ils peuvent, et ils peuvent beaucoup, mais la tension est palpable et la distance sociale inégalement respectée.

Ce n’est pas tout. Trembley 1 et 2 hébergent depuis hier soir des hommes et des femmes, dans deux halles de gym distinctes, car il a fallu, dans le même temps, réduire la capacité des temples de Servette et Montbrillant, tout en fermant la maison de l’avenue de la Roseraie, mal configurée pour faire cohabiter des bénéficiaires exclusivement féminines. Seul le temple de la Fusterie échappe au démantèlement. Mais ses utilisateurs sont en sursis. Ils ont déjà dû le libérer une fois.

Le sursis vaut pour tous, à dire la vérité. Faute de moyens, ce dispositif ne peut tenir dans la durée, martèlent ceux-là même qui le portent à bout de bras. D’où le communiqué adressé mardi soir à nos autorités par les membres du Collectif d’associations pour l’urgence sociale (CAUSE).

Citation: «Dans ce contexte actuel, nous demandons la réquisition de 200 chambres d’hôtel pour les personnes sans-abri. Nous demandons la mise à disposition de matériel de protection (masque, gant et gel) pour les collaborateurs et les personnes accueillies. Une distribution de repas (matin, midi et soir), l’accès à des sanitaires (douches), machines à laver, sachant que les laveries et le Point d’eau sont désormais fermés.» Bref, le contraire de la structure actuelle, émiettée, sans ressources propres, dispersant les savoir-faire, épuisant les énergies, face à l’avancée de ce virus en forme olympique.


Un village pour SDF à la caserne des Vernets

Et voilà que ce terrain instable, qui use les organismes, reprend le même soir de la hauteur. Les travailleurs sociaux ont des alliés objectifs dans la place, leurs partenaires directs, les pompiers professionnels. Pour planifier l’urgence dans le temps court d’une pandémie qui fait que la situation change toutes les 24 heures, on peut compter sur eux.

L’état-major du SIS est l’un des principaux maillons opérationnels des forces réunies au sein de la cellule ORCA, qui pilote l’organisation des secours sur le territoire genevois. L’information exclusive ne figure pas dans un communiqué officiel en réponse à celui du CAUSE, mais dans un échange direct avec l’un de ses représentants, Alain Bolle.

Lequel annonce ceci en porte-parole désigné du Collectif: «En parallèle de notre coup de gueule, le commandant des pompiers a lui aussi tapé sur la table et a été entendu. Il a en effet obtenu ce que nous réclamions depuis longtemps, à savoir la réquisition de la caserne des Vernets. Elle va ainsi devenir un lieu d’accueil pour les sans-abris, avec un dispositif sanitaire permanent et toute une série de prestations que l’on n’osait pas imaginer jusque-là. Dans quelques jours, la mise en place sera effective, si j’en crois l’échange que j’ai eu ce mardi soir avec le lieutenant-colonel Nicolas Schumacher.»

Un hébergement d’urgence socio-sanitaire totalement inédit dans sa taille et les moyens dédiés. C’est une petite ville qui est en train de se monter et qui devra pouvoir assurer la mise à l’abri jour et nuit des plus démunis, en prévision du confinement général vers lequel on se dirige à grand pas. TH.M.

Créé: 18.03.2020, 09h09

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