Samedi du partage à la Jonction: bénévoles et donateurs ont aussi connu la précarité

SolidaritéPortraits croisés et reportage dans un supermarché de la Jonction pour un jour de collecte en faveur des plus démunis.

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Ils sont plus de 800 bénévoles à s’engager dans les magasins d’alimentation du canton. Tout sourire dans leur tablier bleu, ils tendent des cabas rose bonbon aux clients intéressés, hostiles ou indifférents afin qu’ils achètent quelques articles pour les plus démunis. Qui sont ces animateurs du Samedi du partage? Qu’est-ce qui anime les donateurs en caddie contribuant à aider quelque 13 000 personnes dans le besoin à Genève? Rencontre à la Coop de la Jonction avec des généreux cabossés de la vie.

«Trop long à vous raconter»

Le trio bénévole du tournus matinal a un point commun. Un parcours de vie semé d’embûches. Retraité aux Avanchets, Jean-Nöel Volery, 67 ans, était informaticien «dans la vie d’avant». «À un moment donné, j’ai connu le chômage, puis l’Hospice.» Le doute et le découragement, il connaît, il comprend: «Je sais ce que c’est, la précarité. Il y a huit ans, j’ai décidé que j’allais rendre service comme je le fais aujourd’hui.» Devant les caissières débordées, il empile les paquets de pâtes à prix réduit sur sa palette: «La pasta c’est la nourriture universelle», lâche-t-il comme un slogan publicitaire.

Brushing impeccable, Caterina Ziina, 70 ans, paie ses courses et lui tend d’un bras musclé un sac en papier bien rempli: «J’ai travaillé toute ma vie comme femme de ménage», sourit cette retraitée originaire des îles Éoliennes. Les fins de mois difficiles et les maux de dos, elle en a dégusté, assure-t-elle: «J’ai bossé dans le nettoyage chez des particuliers, à la fabrique et même pour une banque privée. Mais ça prendrait trop de temps à vous raconter. Vous savez, ce n’est pas ceux qui ont le plus qui donnent volontiers, croyez-moi!»

Jean-Noël Volery la remercie et se retourne aussitôt vers une autre aînée, Rina Rossi, 86 ans. Voûtée, le regard vissé au sol, elle pose directement sur la palette des boîtes de sauce tomate, des paquets de sucre et des penne. Les mêmes pâtes qu’elle vient de s’acheter elle-même. «Il y en a pour treize ou quatorze francs», relève-t-elle en roulant les r. Ce n’est pas rien quand on touche une retraite de 1400 francs. «Mais moi, je donne chaque année», ajoute cette femme qui a quitté Rimini «il y a une vie» pour venir à Genève. Yafet Tesfamariam, 22 ans, a fait un bien plus long voyage que la retraitée italienne. «Je suis arrivé en Suisse quand j’avais 9 ans, sourit cet Erythréen de 22 ans. Maintenant la vie ça va, je travaille beaucoup, comme coach de sport, mais je n’oublie pas les moments difficiles.» Il donne sa part de nourriture et demande à Jean-Noël Volery les coordonnées de l’association pour offrir ses services au Samedi du partage.

«Ça finit aux étrangers»

«Ça fait plaisir», note Josefina Oggier, bénévole de 59 ans: «Moi je me suis engagée à la mort de mon mari, qui était en chaise roulante. Après son décès, j’ai eu envie de continuer à aider les autres.» Silence ému. «C’est comme ça», ajoute-t-elle comme pour clore un chapitre, et arbore un sourire. Mère d’un enfant de 18 ans, cette habitante de Perly, qui se décrit comme une ouvrière entre deux emplois, a l’habitude de distribuer chaque année ces sacs dans le même magasin avec ses deux collègues. L’air de rien, elle repère vite les fâcheux du samedi matin et n’insiste pas auprès d’eux: «Une dame nous a sorti: je ne donne pas parce que ça finit aux étrangers…»

Son collègue Oskar Von Burg confirme l’existence de ce genre de remarques. Il hausse les épaules et soupire: «Il y a aussi des jeunes qui nous passent devant avec leur casque sans nous regarder et que dire des clients qui feignent de ne pas comprendre ce qu’on leur propose. Mais les jeunes familles et les retraités donnent souvent. C’est rassurant.»

Billet de 10 fr. plié en quatre

Au même moment, une aînée en déambulateur lui tend, d’une main menue et tremblante, un billet de 10 francs, plié en quatre: «Comme elle n’a pas la force de porter trop de choses, elle préfère donner de l’argent, nous chuchote à l’oreille Josefina Oggier. On le met dans une enveloppe et en fin de journée les fonds récoltés sont envoyés à l’association.»

Assistante à l’Université, Dominique Hänni remet sa part de victuailles. Ses motivations? «C’est personnel mais je trouve plus valorisant de donner directement de la nourriture plutôt que de faire un virement bancaire chez soi, derrière un ordinateur.» Un bénévole vide le cabas contenant, notamment, fait plutôt rare, un gros pot de miel: «J’essaie de m’imaginer que la personne qui le mangera réalisera la nécessité de protéger les abeilles.» Pas de doute, pour cette universitaire, social et écologie, c’est un seul et même combat.

Créé: 26.05.2019, 19h26

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