Un samedi matin de courses sans supermarché

Une visite des magasins en vrac et locaux entre Carouge et Genève a marqué l'entrée dans le défi du mois de février sans grande surface.

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Au pied de la fontaine de la place du Marché à Carouge, un petit groupe de cinq coaches et deux familles prend la pose en montrant bien haut ses sacs en tissu et ses tupperwares. Pour la deuxième année de l'opération Carouge zéro déchet, une visite des magasins en vrac est organisée ce samedi matin, et de nouveaux curieux viennent identifier les bonnes adresses, qui ont pour point commun d'être extrêmement récentes et de présenter une alternative aux grandes chaînes. Chacune mériterait sans doute son article propre. A défaut, voici un petit zapping dans cet univers de consommation parallèle riche en découvertes, et en couleurs alléchantes sous bocaux transparents.

Sarah, habitante de la commune, passe sans doute régulièrement devant la petite «Epicerie du marché», idéalement située en face de l'arrêt de tram, sans pour autant être entrée dedans. «On ne s'est pas encore lancés dans l'achat en vrac, mais je me suis déjà équipée d'un sac en tissu créé par une artiste carougeoise et je trouve intéressant de venir découvrir les produits.» A l'intérieur de cette première échoppe très soigneusement organisée, entre graines à cuire, légumineuses, tisanes du Valais et huiles en vracs, Antoine Bordier détaille ses critères de vente. «Nos produits viennent du terroir romand, ça limite mais cela permet de contrôler la qualité. Quelques produits viennent d'un peu plus loin comme les sardines, le poivre et le café, mais on connaît les producteurs.» Il explique la dynamique qui s'est mise en place entre lui et les agriculteurs, qui procèdent à des essais en cultivant racines de curcuma ou graines de chia. «Ça les sort un peu de leur culture de colza, ils en sont lassés.» Le maître des lieux vante aussi les vertus de pâtes plus nourrissantes, que l'on mange donc en moindre quantité. «Elles sont faites dans un moule en bronze donc on peut mieux écraser la farine et les rendre plus compactes». Sa clientèle? Large. De jeunes étudiants de l'Université qui ont tout dans leur sac à dos, «savent exactement comment ça se passe et ne posent pas de questions. Et aussi de vieilles personnes qui viennent redécouvrir d'anciennes graines.» Ici, le best seller, ce sont les flocons d'avoine. Mais ça ne suffit pas à faire décoller les affaires. «On paye les factures, pas encore les salaires. Il est vrai que lorsqu'un agriculteur me présente son prix je ne discute même pas.» Isabelle, une cliente d'âge mûr, s'offre une bouteille d'huile de caméline pour 20 francs, dont elle peut faire un usage alimentaire à froid, mais aussi cosmétique comme elle l'apprend au passage.

Sur le chemin vers d'autres boutiques, Sébastien 38 ans, venu accompagné de son fils de 9 ans, vient dans une optique de curiosité pure, sans programmer d'achats. «Aujourd'hui je n'ai besoin de rien mais je suis intéressé à voir ce qui se passe sur le plan alimentaire. Après si ça me prend deux heures et dix magasins pour faire les courses, c'est trop long. Ça ne me dérange pas de me déplacer pour faire mes achats, mais il faut que ce soit des horaires étendus.» Un peu plus tard lors de balade, il découvrira en tout cas Le Nid, ouvert jusqu'à 20h.

À la Laiterie de Carouge, Sara invite les clients à venir avec leurs propres bouteilles pour le lait et le yaourt. Elle ne dispose pas d'assez d'espace pour stocker des bouteilles consignées, en revanche son producteur fribourgeois vient reprendre les bidons pour les recycler. Ici, Isabelle craque pour un panettone «dans du verre, pas du papier» et un généreux morceau de Gruyère. «C'est mon bonbon à moi.» Elle ne bronche pas devant l'addition à 28 francs et range le tout dans son filet à provisions. «Ce qui m'importe c'est de manger bio ou local, je préfère me passer de vêtements et mettre un peu plus dans l'alimentaire.» Odile, consommatrice avertie, sort son contenant en plastique pour se faire servir sa portion de fromage à raclette. «Il est en plastique car je l'ai récupéré, s'empresse-t-elle de préciser. Si j'avais dû en acheter un je l'aurais pris en verre ou en inox pour éviter les microparticules.»

Un peu plus loin, chez Senza, Sébastien met en avant ses cahiers réutilisables et ses brosses à en dent «en bois suisse, pas en bambou chinois». Chez ce commerçant qui a repris les lieux il y a deux ans, vins, bières et sodas sont disponibles avec des bouteilles consignées. «La marque de jus de fruits Opaline ne dispose pas encore de ce système, mais parfois les clients nous rapportent quand même les bouteilles et on les repropose comme contenants pour la lessive par exemple.»

Changement de décor assez radical lorsque le groupe pénètre dans un centre commercial pour parcourir les allées de la chaîne française Bio c'Bon, aux Augustins. La guide du jour, Megan, conseille certains produits apéritifs en vrac qu'on ne trouve pas ailleurs. Et avertit: le magasin ne permet pas de tarer les contenants amenés par les utilisateurs. «Si mon sac en tissu pèse déjà 40g c'est un peu dommage que ce ne soit pas pris en compte, surtout pour les produits qui coûtent cher.»

Cela dit l'enseigne serait une des moins onéreuses dans sa catégorie, avec Chez Mamie, soufflent celles qui ont pris le temps d'établir leur comparatif de prix. La vendeuse de cette deuxième adresse, en face du cimetière des Rois, nous explique cet avantage sur l'addition finale: «Nous avons treize magasins dans toute la Suisse, ce qui nous permet de procéder à des achats groupés et d'avoir des prix pas si éloignés de ceux des grandes surfaces. À ceux qui ont peur de faire exploser leur budget, on argumente qu'ici ils achètent juste les quantités dont ils ont besoin, donc il n'y a pas de gâchis. Et les économies qu'ils font en changeant de produits ménagers peuvent être réinjectées dans l'alimentaire.» Sa grande fierté, c'est aussi de voir venir quasiment autant d'hommes que de femmes, et d'attirer parfois au delà du quartier, avec des clients venant du Lignon, de Bernex ou Onex. Un tableau questionne: «quels produits voulez-vous voir en magasin?» et chacun y va de sa petite coche manuscrite à côté de la liste. Désirs impossibles parfois, quant au beurre et au tofu, des éléments semble-t-il toujours emballés d'une manière ou d'une autre. Isabelle, en grand-mère attentionnée, repart avec un goupillon pour biberon et une petite brosse à cheveux pour bébé.

Dans le quartier de Saint-Gervais, l'épicerie Bocal Local offre également un large choix de produits en vrac. Un client arrivé trop tard passe sa commande d'agrumes de Sicile pour la prochaine fois, et Isabelle, encore elle, se décide pour une tresse au beurre. Comme dans d'autres boutiques du même style, le kilométrage des produits est affiché, et, des bocaux vide sont à disposition sur une étagère pour ceux qui ne s'en seraient pas munis.

La visite se termine par Le Nid, au coeur de l'écoquartier d'Artamis. Ici pour consommer, il faut intégrer la coopérative en achetant des parts sociales et en travaillant deux heures par mois à la caisse ou à l'inventaire afin de faire baisser les marges dans le calcul du prix. Sauf en ce mois de février sans grande surface, où l'épicerie s'ouvrira aux clients externes les samedis. Comme Doris l'avoue volontiers, ici le zéro déchet n'est pas la première priorité, «on n'a pas encore trouvé de solution pour tout». En tout cas, la revalorisation des invendables aboutit à de petites merveilles comme cette confiture aux coings granuleuse à souhait, dont le grand pot à 9 francs ne finira pas dans le panier d'Isabelle mais dans le nôtre.

Créé: 01.02.2020, 17h29

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