Le Salon de l’auto oscille entre embarras et désarroi

GenèveLa manifestation est, pour l’heure, maintenue. La direction a les yeux rivés sur les autorités sanitaires.

Dans les couloirs de Palexpo, les exposants sont fébriles.

Dans les couloirs de Palexpo, les exposants sont fébriles. Image: Enrico Gastadello

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«Pas de commentaire.» À eux seuls, ces trois mots reflètent la situation dans laquelle se trouve le directeur général du Salon de l’auto, Olivier Rihs. Ils résument aussi, peu ou prou, la durée de l’appel téléphonique que nous avons eu avec lui jeudi en milieu d’après-midi. Pouvait-il être plus loquace? Probablement pas. Le patron de l’une des plus grandes manifestations qu’héberge le canton – le Geneva International Motor Show (GIMS) dans sa version anglicisée – n’a plus toutes les cartes en main. Il demeure dans l’attente hypothétique d’une annulation de la part de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), voire du Conseil fédéral, éventuellement du médecin cantonal et du gouvernement genevois.

Et même si cette décision ne tombait pas, il n’est pas certain que la manifestation réussisse à amasser les foules. Lors de l’édition précédente, 602'000 visiteurs avaient été recensés, en baisse de 8% par rapport à 2018. Dans les couloirs de Palexpo, les exposants sont également fébriles. À l’image de cette femme qui, pour l’heure, sera présente sur l’un des stands de la 89e édition de la manifestation, mais à son grand désarroi: «Je vous avoue que l’on a le sentiment que le maintien du Salon obéit à une logique que nous ne comprenons pas. Comme salariés, nous avons l’impression d’être exposés, et que l’intérêt économique, malgré les discours se voulant rassurants, doit à tout prix primer sur la prudence.»

Qui paierait la facture?

Que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les cafés, ils sont nombreux à s’interroger sur le sort du Salon de l’auto. Ou plutôt à se demander pourquoi la manifestation n’a toujours pas été annulée. À question simple, réponse simple: parce que les autorités compétentes estiment qu’une annulation n’est pas nécessaire, pour l’heure. Rappelons qu’une telle décision se prend de manière concertée, comme le précise le porte-parole du Département de la santé, Laurent Paoliello. «Les décisions peuvent se prendre à des degrés différents, au niveau de la Confédération, de l’OFSP, des cantons et de leur médecin cantonal, par exemple. De la même manière, des interdictions de manifestation peuvent s’exercer sur l’ensemble du territoire national, à l’échelle régionale ou simplement cantonale.»

Une autre réponse, celle-ci purement financière, peut être apportée. En cas d’annulation du Salon de l’auto de son propre chef, les pertes pourraient se chiffrer «en centaines de millions de francs» pour la fondation organisatrice, avance la RTS. Alors que si une telle annulation était ordonnée par les autorités sanitaires, les pertes seraient partagées entre les partenaires, soit entre 5 et 15 millions de francs seulement à charge de la manifestation.

Des retombées chiffrées entre 150 et 250 millions

Puisque nous sommes dans les chiffres, restons-y. Quel est le poids économique du Salon de l’auto? Selon toute vraisemblance, il faut remonter à 1998 (!) pour obtenir des chiffres sur les retombées directes et indirectes de la manifestation. Une étude de l’Université de Genève avait alors évalué son impact à 164 millions de francs, uniquement pour le canton.

En 2013, le directeur général de Palexpo, Claude Membrez, déclarait dans nos colonnes un volume plus important, soit entre 150 et 200 millions de francs, «dont 10 millions de retombées fiscales». Ces dépenses se répartiraient de la manière suivante: d’abord à l’hébergement et à la restauration (environ un tiers), puis aux services commerciaux liés à l’événement (coûts de transit, assurances), au commerce de détail (confiserie, horlogerie, bijouterie), à l’aménagement et enfin aux transports.

Interrogé jeudi, Olivier Rihs parlait plutôt de retombées entre 200 et 250 millions de francs.


Grogne sur les réseaux

Dès la confirmation du premier cas genevois de coronavirus, reçue tôt jeudi matin, Facebook et Twitter se sont déchaînés. Entre colère, indignation et incompréhension, les internautes balancent. Particulièrement visé, le Salon de l’auto, qui doit se tenir du 5 au 15 mars à Palexpo, essuie les foudres d’une partie de la population. «Il est inconscient que le Salon de l’auto ne soit pas annulé au vu du nombre croissant des cas de coronavirus en Suisse et en Europe. Quelles précautions sont prises pour protéger les employés et les visiteurs? Aucune!» s’indigne une Genevoise sur Twitter. Certains appellent au boycott de l’événement si celui-ci devait être maintenu. «Ne leur faisons pas le plaisir d’y aller alors qu’ils méprisent la santé de tous. Il n’y a que l’argent qui compte!» tonne l’auteur d’un tweet relayé plus de 150 fois.

Le Conseil d’État genevois est également pointé du doigt. De nombreux internautes attendent une réaction de sa part après l’annonce du cas genevois. «Qu’attendent-ils (ndlr: les membres du Conseil d’État) pour s’adresser à la population? C’est pourtant leur rôle!» s’insurge une utilisatrice de Facebook. Tandis que certains s’inquiètent, d’autres préfèrent ironiser. «Le coronavirus à Genève? Je croyais que le virus s’arrêtait à la frontière... Me voilà bien étonnée!» Léa Sélini

Créé: 27.02.2020, 21h23

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