Salerno contre Pagani: choc à gauche sur les Vernets

Votations du 28 févrierLes deux magistrats de la Ville s’opposent sur le crédit visant à vider les Vernets de l’Armée.

Rémy Pagani et Sandrine Salerno Image: Gilliéron

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Le déménagement de la caserne des Vernets pourrait ouvrir la voie à la construction de 1500 logements sur le territoire de la Ville de Genève d’ici 2020. Contesté, le crédit de 20 millions permettant ce départ fait l’objet d’un référendum. Il sera tranché le 28 février par les citoyens du canton.

Le débat divise jusqu’aux membres du Conseil administratif de la Ville, puisqu’il oppose Rémy Pagani, représentant d’Ensemble à gauche, du Département des constructions, ex-député au Grand Conseil et fer de lance de l’opposition, à la socialiste Sandrine Salerno, responsable du logement et des finances de la Ville. Une semaine avant le débat organisé par la Tribune de Genève, les deux magistrats se sont livrés à un très vif échange.

Rémy Pagani, le référendum que vous soutenez bloque la construction de 1500 logements. Le logement ne vous intéresse plus? Rémy Pagani: Pas du tout! La vraie question, c’est le prix de ces futurs logements. Je ne crois pas que les prix annoncés seront tenus par les promoteurs. Ce n’est pas au Canton de payer le prix du déménagement de l’armée, 20 millions cette fois et 50 millions ensuite.

Mais in fine, c’est le loyer des locataires qui fait foi. Or, ce projet est dans les normes et les promoteurs se sont engagés à les tenir, non? Rémy Pagani: Encore une fois, je n’y crois pas. Bien sûr, le loyer d’un quatre pièces est pour l’instant prévu à 1200 francs. Mais les montants ne sont pas gravés dans le marbre des droits de superficie ou inscrits au Registre foncier. Vu les inconnues du projet, les coûts de la dépollution notamment, les garanties qui sont aujourd’hui fixées par un simple échange de lettres, ne seront pas tenues. Impossible!

Sandrine Salerno: On ne peut pas demander des garanties à l’Etat, les obtenir; demander des garanties aux promoteurs, les obtenir et dire qu’il n’y a pas de garanties, surtout quand on représente, comme vous, une institution publique. C’est un discours dangereux. L’enjeu du projet est simple: c’est construire 1500 logements, dont 800 à bas loyers, maintenant ou dans trente ans. Il faut arrêter de se faire peur avec les promoteurs. Parmi eux figurent la Ciguë ou la Codha ou encore notre propre Fondation pour le logement social! Grâce à elle, j’ai vérifié les plans financiers et les loyers: les quatre pièces sont à 1180 francs et les cinq à 1475.

Mais tout cela vaut-il les millions dépensés pour reloger une armée qui se retire d’autres villes suisses sans faire payer un sou aux collectivités?

Sandrine Salerno: Je peux comprendre qu’on discute de l’utilité du maintien de l’armée à Genève ou même de son existence. Mais aujourd’hui, 4100 demandes de logements sont en souffrance à la Gérance immobilière. Il ne faut pas se faire d’illusion, le réaménagement du PAV coûtera cher. Mais il y a parfois des dépenses qui s’imposent. La Ville a bien dépensé 60 millions pour rénover le Grand Théâtre ou 8 millions pour déplacer des arbres sur la plaine de Plainpalais.

Rémy Pagani: Il faut cesser ce chantage au logement. Cette dépense pour l’armée est effectivement un marché de dupe. Les effectifs de l’armée diminuent drastiquement. Ailleurs en Suisse, elle se désengage des villes, sans rien facturer. Les casernes vides où elle pourrait aller ne manquent pas, comme à Bière par exemple. Le problème, c’est que pour certains, comme Pierre Maudet, l’armée doit rester dans le canton quel qu’en soit le prix.

Que faudrait-il faire alors?

Rémy Pagani: Il faut refuser le projet de déménagement, puis renégocier avec l’armée son retrait sans condition. Elle paie aujourd’hui pour rien 1,5 million de francs par an de location du terrain. Personne n’a jamais voulu aller rediscuter avec elle.

Sandrine Salerno: Et si elle dit non, nous perdons trente ans. Vous faites de cette votation une bataille contre le Conseil d’Etat. C’est irresponsable.

Monsieur Pagani, les appartements à vendre en PPE financent la plupart des opérations immobilières. Aux Vernets, il n’y en aura pas, et c’est justement ce que vous vouliez. Rémy Pagani: Effectivement, l’Etat est en train de baisser ses subventions au profit de la PPE qui devrait financer le logement social. Je suis contre cette logique. Et je m’opposerai à l’introduction de PPE sur le secteur Praille-Acacias-Vernets (PAV), qui sont contraires aux accords passés avec Mark Muller au nom de l’Etat. Je refuse que des gens s’enrichissent sur des terrains appartenant la collectivité.

Pour les autres projets du PAV, il faudra payer le déménagement des entreprises. Comme ici avec l’armée. Vous vous y opposerez aussi, Monsieur Pagani?

Rémy Pagani: Ces dépenses devraient être financées par l’Etat. Mais les baisses d’impôts ont vidé les caisses et cela m’inquiète beaucoup. Je crains fort que l’Etat veuille les faire payer par les promoteurs, qui répercuteront ces charges sur les loyers.

Sandrine Salerno: Aux Vernets, on sait qui paiera quoi. Les règles ont d’ailleurs été fixées dans une convention que vous avez vous-même élaborée avec l’Etat. La question, c’est de savoir si on veut construire du logement au PAV ou ne rien faire.

Le projet des Vernets n’est-il pas trop dense?

Sandrine Salerno: Si chaque fois qu’on a un projet, on lui cherche un défaut pour le combattre, alors on ne fera jamais rien. Je fais confiance aux services de Monsieur Pagani qui ont suivi ce projet durant tout le processus.

Rémy Pagani: Cette densité importante doit être compensée par des secteurs alentour à plus faible densité. Or, je constate aujourd’hui qu’on veut densifier partout au maximum.

(TDG)

Créé: 02.02.2016, 19h29

Les futurs logements sont représentés sur la maquette géante de la ville de Genève.

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