Sandrine Salerno: «C’est complètement surréaliste»

InterviewL’élue revient sur le refus des militants du PS de permettre à Carole-Anne Kast et à elle-même de siéger au Grand Conseil

Genève le 15.06.2018, Promenade de la Treille, Sandrine Salerno (Conseillère administrative, Ville de Genève)

Genève le 15.06.2018, Promenade de la Treille, Sandrine Salerno (Conseillère administrative, Ville de Genève) Image: Georges Cabrera

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Depuis mardi, elle était restée silencieuse. Ce soir-là, les militants du parti ont refusé pour trois voix à la conseillère administrative de la Ville Sandrine Salerno et à la présidente du parti et conseillère administrative d’Onex Carole-Anne Kast une dérogation pour siéger en même temps au Grand Conseil. Alors que Carole-Anne Kast a déjà fait part de sa «déception» quant à la décision de l’assemblée générale du PS, elle rompt à son tour le silence.

Sandrine Salerno, les militants ne veulent pas vous voir assumer de double mandat pendant 18 mois en Ville et au Grand Conseil. Votre réaction?
Il y a plusieurs manières de lire cette décision et aucune ne me plaît. Par exemple, ce refus peut s’expliquer par un biais défavorable aux femmes. Une question m’a mis la puce à l’oreille: quand on m’a demandé si je ne risquais pas d’être une députée au rabais et une conseillère administrative au rabais si j’obtenais la dérogation.

Ce n’était pas une bonne question?
Elle aurait pu se discuter si elle avait été adressée à une magistrate débutante. Mais c’est comme si Carole-Anne Kast et moi n’avions pas fait nos preuves. Comme si nous n’avions pas d’expérience, comme si une femme ne pouvait pas assumer ses choix. Cette question n’a pas été posée à Manuel Tornare en son temps, ni à tous les hommes qui ont obtenu des dérogations quand ils les ont demandées. Je crois aussi que nous payons le fait de ne pas correspondre au stéréotype des gentilles nunuches, car nous ne mâchons pas nos mots. Nous défendons nos visions, nos projets, à visages découverts, y compris face à une majorité. Je récuse la politique tiède, la neutralité, le gris. Quand on est minoritaire, il faut au contraire savoir affirmer fortement ses positions. Sinon comment intéresser les gens à la politique?

Vous pensez être victime d’une injustice?
Il y a deux poids, deux mesures. Une femme qui défend ses positions est clivante, un homme courageux. Cela s’est vu quand j’ai défendu la réforme de l’imposition face à la majorité de mon parti ou quand j’évoque des réticences face à la loi sur la laïcité qui discrimine les femmes voilées. Comme à Carole-Anne Kast sur d’autres thèmes, on nous reproche de ne pas utiliser la séduction, la gentillesse, la métaphore, bref de briser les codes. Par ailleurs, lors de cette assemblée, ce réflexe a pu se dissimuler par le vote à bulletins secrets, ce qui est inédit pour une dérogation.

Mais le PS n’est pas le premier parti qui vient à l’esprit quand on parle machisme…
Pour certains, ce n’est pas forcément un réflexe conscient. Mais bon, où sont les dernières propositions du PS sur les enjeux féministes? Il me semble qu’on se repose beaucoup sur l’héritage des combats du passé, les choix des électeurs, la politique affirmée de la Ville dans ce domaine.

Durant le vote, vous avez lié votre sort et celui de Carole-Anne Kast. Une erreur?
Nous avons refusé cette dramaturgie qui visait à nous opposer l’une à l’autre. On ne peut pas dénoncer un parti divisé en clans et s’insurger quand l’unité se fait lors d’un vote sur une question de principe. Ce vote d’ailleurs, ce n’était pas une élection à un poste avec deux candidates, c’était une dérogation pour deux personnes élues.

Certains ont pu refuser votre dérogation par opposition de principe au double mandat, non?
Nous demandions une dérogation pour deux ans après avoir reçu l’aval de nos sections. Qui la demandait? Une présidente qui a battu le pavé pendant un an pour organiser les élections et une candidate au Conseil d’État qui s’est retirée de la course au second tour après cinq minutes de standing ovation pour laisser toutes leurs chances à ceux qui restaient.

Faire place aux jeunes ne vous convainc pas?
J’ai 46 ans et je n’ai jamais siégé au Grand Conseil. Carole-Anne Kast 44… Je pense que c’est surtout le critère de l’expérience versus l’arrivée de débutants qui a pesé. Or, dans une fraction, il faut de tout et elle a passablement été renouvelée.

Autre lecture du vote: l’élimination de concurrentes sur la scène cantonale. De fait, on n’a pas entendu vos conseillers d’État vous défendre…
C’est troublant. J’attendais une prise de parole de leur part pour dire que notre succès aux élections était en partie lié à l’action de la présidente, que cette législature, dont un enjeu sera la Caisse de pension de l’État et les questions fiscales, demandait des personnes d’expérience. Mais rien n’est venu. C’est une blessure qu’aucun conseiller d’État ne se soit levé. Qu’on refuse une dérogation à une présidente qui a vaillamment défendu, durant la tourmente, la magistrate quand elle était attaquée, c’est complètement surréaliste. Que celle-ci applaudisse aux propos de ceux qui veulent la lui refuser, aussi.

Pourquoi ne pas démissionner du Conseil administratif?
Le risque de perdre les sièges lors d’une élection partielle est grand en Ville et à Onex si l’Entente s’unit. Et que nous dira-t-on si la gauche perd un siège? Que nous avons tout sacrifié à l’ambition, à l’égoïsme.

Voulez-vous revenir sur ce vote?
Nous avions l’occasion de montrer un parti fort et uni, c’est raté. Mais beaucoup de personnes ne comprennent pas ce vote, le trouvent catastrophique. Au minimum, à l’avenir, il serait honnête de changer les statuts pour interdire les dérogations et obliger les candidats à choisir dès le départ.

Pour vous, la politique, c’est fini dans 18 mois?
Je ne peux rien affirmer, mais je ne suis pas en train de construire une candidature au Conseil d’État en 2023. D’autre part, pour des raisons personnelles, je ne serai pas candidate aux Nationales. De toute façon, même en cas de dérogation, mon mandat Ville se serait terminé en 2020. Ce qui veut dire que je chercherai alors du travail. (TDG)

Créé: 15.06.2018, 17h33

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