Sa «Mise à nu» remporte un prix qui a du lustre

Haute École d’art et de design (HEAD)L’Association suisse des architectes d’intérieur récompense Lola Jutzeler pour son travail de bachelor: comment gérer les salles de bains quand on vit à plusieurs?

Après un parcours scolaire à rebondissements – trois ans de Collège puis l’ECG – Lola Jutzeler trouve à la HEAD la formation qui lui convient. Son projet «Mise à nu» (en h.) propose d’élargir la notion d’intimité liée aux salles de bains, «afin de valoriser la rencontre et la collectivité au sein d’une grande maison», résume-t-elle.

Après un parcours scolaire à rebondissements – trois ans de Collège puis l’ECG – Lola Jutzeler trouve à la HEAD la formation qui lui convient. Son projet «Mise à nu» (en h.) propose d’élargir la notion d’intimité liée aux salles de bains, «afin de valoriser la rencontre et la collectivité au sein d’une grande maison», résume-t-elle. Image: LUCIEN FORTUNATI

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Six corps à doucher, douze pieds à récurer, cent nonante-deux dents à brosser, et en simultané… C’est le casse-tête quotidien du matin lorsqu’on dispose de deux salles de bains pour une demi-douzaine de gens pressés. Familles nombreuses et colocataires connaissent bien!

Lola Jutzeler s’en est souvenue lorsque, pour son travail de bachelor en architecture d’intérieur à la Haute École d’art et de design (HEAD), elle s’est attaquée à la transformation virtuelle d’un immeuble de 1902 situé au boulevard Carl-Vogt. «Il y a trois appartements de trois pièces par étage, et la première question à se poser lors d’une rénovation est: que veut-on garder?» résume la Genevoise de 23 ans.

Elle énumère avec clarté et concision les étapes successives de sa démarche, «Mise à nu», qui lui a valu de recevoir le Prix d’encouragement de l’Association suisse des architectes d’intérieur. Cette récompense, d’un montant de 1000 francs, lui permet d’être membre de la très sérieuse congrégation professionnelle à l’échelle nationale pendant quatre ans et de bénéficier de son puissant réseau.

Diverses nuances d’intimité

Passant au crible «son» bâtiment d’étude, Lola Jutzeler décide de conserver les murs porteurs bien sûr, les cloisons délimitant six chambres et celles isolant des WC, les plinthes élégantes qui soulignent la transition entre le plafond et les parois, les beaux parquets de chêne, intacts, ainsi que l’emplacement des autres toilettes et de tous les points d’eau, pour des raisons pratiques. «J’ai souhaité créer une gradation entre les lieux tout à fait privés – les six chambres, les WC – et l’espace complètement public de la salle à manger, de la cuisine et du salon», commente la jeune femme.

Entre ce noir et ce blanc, les points d’eau égrainent goutte à goutte les diverses nuances de l’intimité, de préservée à partagée. «Pourquoi avoir toutes les commodités au même endroit? Certaines activités, comme se brosser les dents ou se maquiller, n’exigent pas qu’on soit seul. Pour d’autres, il faut avoir le choix.» Il peut en effet être plaisant de prendre un bain tout en discutant avec un visiteur assis sur le bord du tub. Aussi Lola a-t-elle imaginé de «théâtraliser» la baignoire au moyen d’une porte battante dans les deux sens, qui peut rester ouverte ou fermée au gré du baigneur et de ses éventuels spectateurs.

Laver ses pinceaux ou son linge

Un double lavabo occupe le mur mitoyen, fluidifiant les ablutions aux heures de pointe. Il donne sur le large couloir commun, dont un pan de mur est habillé par une bibliothèque assortie d’un banc avec des coussins qu’on imagine moelleux. Un grand évier trouve ici sa place. Il a pour voisine une tablette sur laquelle poser pinceaux à rincer ou linge à lessiver. Lola Jutzeler: «C’est un espace de transition, entre privé et public, mais aussi entre intérieur et extérieur, puisqu’au-dessus de la cuve s’ouvre une fenêtre donnant sur la cage d’escalier.» Au lieu de rester prisonnier de son reflet dans le miroir, le regard dévale les marches vers le vaste monde.

Les sons d’une présence

Entre la cuisine et la salle à manger, l’architecte d’intérieur en herbe a ménagé une ouverture dans le mur porteur. Une «fontaine» ponctue le trajet de l’une à l’autre. Voyager donne soif… Au bout du long couloir se tiennent la douche et des WC, dissimulés par des portes coulissantes. Les habitants des deux cabines ne se voient pas, ils se tournent même le dos, mais chacun devine à l’oreille la présence de l’autre.

Avant de se lancer dans ses recherches, Lola Jutzeler a pris la peine de discuter avec les habitants de l’immeuble. Le constat fut: «Entre voisins, on ne se connaît pas. On sait que l’autre existe parce qu’on l’entend ou quand on se croise dans les escaliers, c’est tout. La cour est un parking. Il n’y a pas d’espace commun.»

À ce modèle traditionnel, la jeune femme a donc préféré un grand logement où l’on adopterait une autre manière de cohabiter. Il y a du vécu là-dessous! «Je vis dans une maison avec mes parents et mes deux frères. Je vois ça comme une coloc familiale, raconte Lola. Mes frères et moi, nous partageons une minisalle de bains, c’est la bataille tous les matins!»

Un stage à Paris

Un champ de bataille qu’elle va bientôt quitter, puisqu’un stage de six mois au moins l’attend à Paris. Un régal pour cette artiste nourrie au beau par une mère céramiste et un père photographe et chef opérateur dans le cinéma. «Je fais une pause dans mes études pour effectuer des stages, j’en ai besoin avant de me lancer dans un master, constate la jeune femme. Il faut aussi que j’améliore mon niveau d’anglais, c’est indispensable si l’on veut s’inscrire dans certaines écoles. Et puis je suis en train d’affiner mon projet pour participer à des concours.» Vu l’engouement actuel pour les colocations, «Mise à nu» pourrait se retrouver bientôt sous les projecteurs.

Créé: 11.07.2019, 17h08

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