Elle s’en va mais ses lecteurs la suivent

SolutionsLa romancière Stéphanie Vidonne s'est expatriée à Bogotá avec toute sa famille, mais elle a trouvé une astuce pour garder ses lecteurs.

Stéphanie Vidonne écrit son roman interactif, assise sur une terrasse de la capitale colombienne.

Stéphanie Vidonne écrit son roman interactif, assise sur une terrasse de la capitale colombienne. Image: DR

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Après la publication de son quatrième roman, «De l’Aurore au sépia», Stéphanie Vidonne, assistante de communication à Carouge et jeune maman de deux bambins de 3 et 5 ans, commençait à entrevoir une reconversion professionnelle dans la littérature. Son dernier livre comptait parmi les bonnes ventes en Suisse romande et le succès se rapprochait peu à peu.

Cette habitante d’Onex a pourtant dû revoir (un peu) sa copie il y a un mois. Son époux, travaillant au Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), se voit proposer un poste à Bogotá et lui suggère alors de déménager avec armes et bagages dans la capitale colombienne pour une durée de quatre ans. Un chamboulement pour celle qui avait mis un point d’honneur à se rapprocher de ceux qui la lisent, multipliant les lectures et les événements publics à Genève. Elle s’était même passée d’éditeur afin de limiter les intermédiaires entre ses lecteurs et elle-même, et proposait une histoire avec un ancrage géographique très local.

Elle se demande alors si tout ce travail entrepris à Genève n’a pas été vain.

Au début de février, la petite famille s’envole donc pour l’Amérique latine et une nouvelle vie se met en place. Stéphanie Vidonne décide alors de transformer ce périple en occasion. Un tremplin pour un nouveau projet: «Au lieu de considérer ce départ comme un frein, je l’ai envisagé comme une chance: celle de pouvoir me réinventer et donner une nouvelle dimension à ma carrière d’écrivain. Je devais trouver l’idée qui me permettrait d’abolir la distance qui allait se créer entre les lecteurs et moi-même.»

Elle se met donc à l’écriture d’un journal personnel diffusé sur internet (www.stephanievidonne.com), qu’elle conçoit en deux parties. La première relève du blog d’expatrié. Elle y consigne son expérience personnelle en Colombie. La seconde raconte une histoire. Ce sera un récit. Pour ce faire, elle passe la vitesse supérieure en inventant ce qu’on peut appeler la littérature 2.0: un roman participatif. Le procédé de Stéphanie Vidonne consiste ainsi à écrire un chapitre par semaine, à la fin duquel elle invite les internautes-lecteurs à répondre à une question sous forme d’un sondage. La réponse détermine alors la suite de l’histoire.

Le premier questionnaire a décidé du nom du personnage principal: Mathilda a gagné (71% des voix) contre Adèle (29%), le 22 février. Ce sera donc Mathilda. Ce qui inspire à Stéphanie Vidonne ce propos: «J’aime me dire que l’histoire de Mathilda ne m’appartient pas complètement, mais qu’elle appartient également aux lecteurs. J’aime me dire que je mets à leur disposition ma plume et qu’au final, ce sont eux qui décident de ce qui va se passer. Je construis le décor, je pose çà et là les personnages secondaires, mais le destin de Mathilda est entre leurs mains. J’espère avoir trouvé le moyen de me rapprocher d’eux.»

Mathilda? Une jeune journaliste de 28 ans rêvant de partir en reportage à l’étranger et qui demande à sa rédactrice en chef d’être envoyée sur le terrain. Cette dernière accepte et l’envoie à… Bogotá.

Un deuxième sondage interroge le lecteur sur la réaction de la protagoniste à l’annonce de cette nouvelle: il a le choix entre 1. Angoisse et 2. Même pas peur. Le résultat n’est pas encore en ligne, mais nul doute que Stéphanie Vidonne a déjà une idée en tête pour la suite de la narration. Une chose est sûre: avec cette méthode participative, le lien avec le lecteur ne peut qu’être renforcé.

Et la romancière de conclure: «Au final, je suis proche de tout le monde maintenant, alors qu’avant j’étais uniquement proche de mes lecteurs romands.» Cerise sur le gâteau, Stéphanie Vidonne a récemment reçu un message lui demandant de traduire le blog et l’histoire participative en anglais afin qu’ils puissent être lus en Israël. Les bienfaits du World Wide Web sont parfois inattendus.

Créé: 05.03.2019, 14h37

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