Une rumeur sur des écoutes abusives inquiète

PolémiqueUn député demande des explications au Conseil d’Etat concernant les pratiques en matière d’écoutes téléphoniques.

Le chef de la Sécurité Pierre Maudet aurait-il ordonné des écoutes téléphoniques sur des bagagistes à l’aéroport de Genève?

Le chef de la Sécurité Pierre Maudet aurait-il ordonné des écoutes téléphoniques sur des bagagistes à l’aéroport de Genève? Image: Lucien Fortunati

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Les autorités le démentent formellement. Mais le chef de la Sécurité Pierre Maudet aurait-il ordonné des écoutes téléphoniques sur des bagagistes à l’aéroport de Genève, lesquels ont été privés d’accès au tarmac en décembre 2015? La rumeur qui court depuis plusieurs mois (lire notre édition du 19 mars) est telle qu’Ensemble à Gauche interpelle dans une question urgente le gouvernement et lui demande de clarifier la pratique des écoutes.

Le retrait groupé de 35 cartes d’identité aéroportuaire de bagagistes, pour la plupart français, avait frappé les esprits juste après les attentats de Paris. Par la suite, la France avait cessé de transmettre à Genève des informations sensibles sur ses ressortissants. Le dossier était remonté jusqu’à la cheffe du Département fédéral de justice et police (notre édition du 29 juillet 2016). Les raisons de ces tensions sont restées floues. L’affaire rebondit aujourd’hui, à juste titre ou pas. Le Parisien s’en est déjà fait l’écho.

Le département dément

«Des informations préoccupantes provenant de plusieurs sources nous sont parvenues, selon lesquelles, au courant de l’année 2015, le chef du DSE aurait ordonné des écoutes téléphoniques, approuvées par la commandante de la police et traitées par la Brigade de sûreté intérieure. Or, seul le Service de renseignement de la Confédération (SRC) est habilité à ordonner des écoutes préventives», affirme Jean Batou, député d’Ensemble à Gauche.

Ce risque d’écoutes abusives encourage le parti à demander au Conseil d’État des explications. «Dans quel contexte légal précis le DSE peut-il être amené à ordonner lui-même des écoutes? Son chef peut-il le demander lui-même sans que cela découle d’une décision du Ministère public ou du Service de renseignement de la confédération?» La nouvelle Loi sur la police (LPol) autorise des observations préventives. Dans ce cadre-là, «la police peut-elle pratiquer des écoutes pendant un mois sans l’accord du Ministère public?»

En l’absence du magistrat, la porte-parole du DSE remet en cause «la pertinence de ce qui est avancé, sans la moindre preuve de surcroît», et cela, en période électorale. Interrogé lundi dans nos colonnes, Pierre Maudet a balayé la rumeur. «Je n’ai pas la prérogative d’ordonner des écoutes. La France, en revanche, a plus de moyens d’action que la Suisse, notamment au plan administratif. Peut-être que ces personnes ont fait l’objet d’écoutes par les autorités françaises.»

Tant le SRC que l’Office fédéral de la police affirment n’avoir aucune connaissance de faits concernant de telles écoutes.

Crise à la police

Sans lien direct, Ensemble à Gauche a annoncé jeudi, vouloir, avec des députés UDC et socialistes, «faire toute la lumière sur la crise que traverse la police genevoise et de proposer les moyens d’en sortir». Un sondage interne a révélé ce malaise (notre édition du 27 février) et de «nombreux problèmes sont révélés par la toute récente étude de l’Institut de recherches sociologiques de l’UNIGE».

La crise profonde qui traverse la police est nourrie par une mise en route chaotique de la nouvelle LPol, déplorent les syndicats relayés par des politiques. Le député Jean Batou évoque un problème de transversalité, la multiplication des hiérarchies, ou encore un déni des problèmes rencontrés de la part du DSE. En toile de fond: une guerre larvée persiste entre le Syndicat de la police judiciaire et Pierre Maudet. Dans ce contexte, la Commission de contrôle de gestion est appelée à la rescousse pour analyser la situation et proposer des solutions. Ce jeudi soir, au Parlement, la proposition de motion n'a pas obtenu de majorité pour être ajoutée à l'ordre du jour. Elle sera au menu de la prochaine session.

Créé: 22.03.2018, 16h17

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