La mortalité routière frappe les usagers sans carrosserie

AccidentsEn 2017, aucun automobiliste n’est mort sur les routes genevoises qui ont vu périr six piétons, trois motards et deux cyclistes.

En matière de blessures graves, les cyclistes ont payé un lourd tribut à la route en 2017.

En matière de blessures graves, les cyclistes ont payé un lourd tribut à la route en 2017. Image: Steeve Iuncker-Gomez (archives)

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Mieux valait disposer d’une carrosserie autour de soi pour se déplacer l’an dernier à Genève. Fait inédit ces dernières années: aucun automobiliste ne figure parmi les onze victimes mortelles de la circulation recensées en 2017. Selon le bilan livré mardi par la police routière, les cas létaux n’ont consisté qu’en piétons (au nombre de six) et en usagers de deux-roues (trois motards ou scootéristes ainsi que deux cyclistes). Le nombre de morts reste assez stable, compris dans la fourchette de neuf à onze tués comptabilisés annuellement depuis 2013. Quant au nombre global d’accidents, il est en baisse.

Lire aussi l'éditorial: Usagers de la route, à vos armures!

Des aînés vulnérables

Si les piétons voient le nombre de blessés graves régresser notablement (-30%), cette catégorie n’en fournit pas moins encore une grosse moitié des morts, dont l’un fauché par un vélo. À noter que les aînés paient là un lourd tribut, comme on le constate aussi à l’échelle suisse: à Genève, quatre des six marcheurs qui ont péri étaient nés avant 1940.

Les piétons sont jugés principaux responsables d’un gros tiers des accidents avec dommages corporels où ils sont impliqués. «C’est beaucoup et cela montre la nécessité de campagnes pour inciter à la prudence, mais cela laisse une majorité de cas où le piéton n’y est pour rien, commente Patrick Lacourt, président de Mobilité Piétonne. Il serait notamment intéressant de savoir combien de heurts ont lieu sur des trottoirs empruntés par des cyclistes ou encombrés par des scooters et des véhicules de livraison. L’indiscipline est générale!»

Une vision plus large de la statistique incite d’ailleurs à braquer le projecteur sur les deux-roues, motorisés ou non. À la différence des piétons et des automobilistes, les cyclistes voient le nombre de leurs blessés graves progresser (8 cas supplémentaires pour un total de 69), tout comme les motards qui affichent une hausse similaire, atteignant 159 usagers touchés, soit davantage que le cumul des automobilistes, cyclistes et piétons dans le même cas.

Président de CI Motards, Bernard Niquille estime que les tests menés à Genève pour ouvrir certaines voies de bus aux deux-roues motorisés iront dans le sens d’une sécurité accrue pour l’ensemble des usagers. «Nous avons en outre lancé une campagne nationale pour inciter les automobilistes à mieux tenir compte des motards», indique-t-il.

Deux-roues dans le viseur

Motards et scooters sont responsables principaux de 40% des accidents avec dommages corporels dans lesquels ils sont impliqués. Pour les cycles, c’est plus de la moitié: 54%. Conseiller d’État chargé de la sécurité, Pierre Maudet compte discipliner ces usagers et préconise de doter les vélos d’une plaque (lire ci-contre).

Qu’en dit Pro Vélo? «Pourquoi ne pas mettre des plaques aux piétons qui traversent hors des clous, raille Rolin Wavre, porte-parole. On ne peut pas déduire du nombre de victimes des conclusions sur le comportement des cyclistes. Ces chiffres montrent surtout la grande vulnérabilité des piétons et des deux-roues et le danger que constituent les voitures sur un réseau qui reste mal sécurisé. Un cycliste peut être responsable d’un accident où il est seul impliqué, sans être un danger pour autrui, par exemple sur une piste cyclable vers laquelle la voirie a rejeté la neige pour déblayer la route…»

Sites accidentogènes ciblés

Des évolutions positives sont toutefois à noter. Le nombre global d’accidents avec blessés, tous niveaux de gravité confondus, régresse (-3,71% sur un an et même -11% depuis 2015). «Cela correspond à une vraie priorité pour la Police routière», se réjouit son chef Patrick Pulh. Le cadre ne dispose toutefois pas d’une explication définitive: «Divers facteurs peuvent avoir joué un rôle, comme le fait d’avoir concentré nos contrôles sur les sites accidentogènes ou comme la prise de conscience des conducteurs, en lien avec Via sicura, mais il est trop tôt pour se prononcer et il convient de rester modeste.»

Le nombre d’infractions recule aussi (-17%) avec une chute de 40% pour les excès de vitesse alors que le nombre de véhicules contrôlés a augmenté (+9%). Et cela en dépit de radars fixes moins nombreux: celui du Vengeron, sans doute l’un des plus connus du canton, a été embouti par un véhicule, révèle la police!

Des délits de chauffard n’en sont pas moins repérés. Le pire? Un automobiliste repéré à 188 km/h au lieu de 80 sur l’autoroute le 12 mars 2017. Le mois précédent et en zone urbaine, un motard s’était illustré à 148 km/h sur un tronçon de la route de Saint-Julien limité à 50 km/h.

Pour voir l'infographie en grand, cliquez ici. (TDG)

Créé: 13.03.2018, 13h59

Maudet veut des plaques pour les vélos

Ministre de la police, Pierre Maudet souhaite serrer la vis aux deux-roues. L’élu PLR compte mieux identifier les cyclistes.

On voit les morts et les blessés graves augmenter pour les deux-roues, motorisés ou pas. Il y a de l’ordre à faire?

Oui, cela vaut la peine d’investir dans la prévention et une plus forte répression. Depuis la création en 2016 de la Police routière, on voit déjà qu’il a été utile d’être plus présent sur les sites accidentogènes. En matière de sécurité routière, l’un des piliers de la politique criminelle commune conclue avec le procureur général, on doit juguler davantage l’indiscipline généralisée où les deux-roues, motorisés ou pas, se distinguent comme un groupe spécialement problématique avec des comportements téméraires où ils mettent en péril les autres autant qu’eux-mêmes. Je songe aux passages au feu rouge qu’on peine à sanctionner. Beaucoup de radars ne prennent que de face et ne captent donc pas les motos. J’ai soumis un crédit au Grand Conseil pour moderniser ce matériel. Concernant les vélos, il serait temps de songer à les doter d’une plaque, comme c’est le cas pour les bicyclettes électriques les plus rapides.

Qu’en attendez-vous?

Seulement des avantages. Cela entrerait dans une démarche générale pour civiliser les deux-roues. Sur le plan fédéral, on discute d’une telle évolution ainsi que d’un ajustement des amendes pour les rendre plus proportionnées: aujourd’hui, un automobiliste se voit infliger 250 fr. d’amende pour un feu rouge grillé, alors qu’un cycliste s’en sort à 60 fr., à condition évidemment qu’on puisse l’identifier, par exemple avec une plaque. Leur vente pourrait alimenter un fonds qui financerait des infrastructures pour la mobilité douce, comme les réclame l’initiative 144. Cela aurait aussi des avantages en termes d’assurance RC. Enfin, celle-ci alimenterait une base de données des vélos et de leurs propriétaires qui pourrait aider à combattre le vol.

Et pourquoi pas des plaques pour les piétons?

Un piéton est avant tout un danger pour lui-même, on n’en a jamais vu renverser un vélo ou un 4x4!

L’État n’a-t-il pas incité au laxisme en laissant les motos rouler sur les voies de bus ou se parquer sur les trottoirs?

On verbalise les motos qui roulent sur les trottoirs et les voies de bus, à l’exception d’un simple test sur un tronçon, et bientôt un second site, mais les règles n’ont pas changé pour le reste. Concernant le parking, le Conseil d’État a rappelé qu’il s’agit d’une infraction mais qu’il n’en fait pas une priorité dans la répression.

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