Robert Cramer, un Vert qui tient la route

Conseil des Etats (3/5)L'ancien conseiller d'Etat estime que la traversée du lac pourrait nuire à l’élargissement de l’autoroute.

Robert Cramer a été conseiller d’Etat durant douze ans. Il a été le premier Vert à accéder à cette fonction à Genève. En 2007, il fut aussi le premier écologiste suisse élu au Conseil des Etats.

Robert Cramer a été conseiller d’Etat durant douze ans. Il a été le premier Vert à accéder à cette fonction à Genève. En 2007, il fut aussi le premier écologiste suisse élu au Conseil des Etats. Image: Georges Cabrera

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Conseiller aux Etats depuis huit ans, le Vert Robert Cramer fait liste commune avec la socialiste Liliane Maury Pasquier pour un troisième mandat. L’ancien conseiller d’Etat aborde quelques dossiers qui concernent aussi bien Genève que la Confédération, dont le projet de traversée du lac ou la troisième réforme de l’imposition des entreprises.

Vous vous êtes félicité de l’accueil favorable reçu aux Etats par le projet d’élargissement de l’autoroute de contournement. Serez-vous aussi enthousiaste pour la traversée du lac? Quelle curieuse question! Elle est en fait très significative de l’état du débat à Genève sur la mobilité. Alors que l’on devrait aborder ce dossier uniquement de manière technique, il reste essentiellement idéologique. C’est regrettable et absurde, car au lieu d’essayer de prendre de bonnes mesures, c’est l’état des forces politiques qui dicte les orientations.

Faut-il comprendre que vous ne voulez pas de la traversée du lac?

Ce n’est pas moi, ce sont les experts de la Confédération qui disent que ce projet ne se justifie pas. Ce n’est pas une surprise, les études menées à Genève aboutissaient à la même conclusion. Je trouve étrange que dans ce canton, personne ne paraît savoir que Berne a décidé d’élargir l’autoroute de contournement. Le Conseil fédéral a pris cette option après avoir également étudié, à la demande du Conseil d’Etat genevois, une traversée du lac. Les spécialistes fédéraux ont conclu que la traversée était la plus mauvaise option pour désencombrer le centre de l’agglomération. Selon eux, cette infrastructure n’aurait un sens que si on urbanisait massivement la Rive gauche, un développement qui est peu probable.

Vous ne soutiendriez donc pas l’initiative PLR même si le peuple l’acceptait?

En réalité, je n’ai aucun problème à ce qu’on fasse quelques études supplémentaires sur la traversée. Mais elles aboutiront aux mêmes résultats. Ce qui m’inquiète réellement, c’est que les partisans de la traversée jouent un jeu dangereux, qui risque de nuire à l’élargissement de l’autoroute. Le financement de ce chantier n’est en effet pas bouclé. D’autres cantons pourraient dès lors profiter de l’apparente désunion des Genevois pour récupérer à leur profit les crédits d’investissement destinés à l’élargissement.

Etes-vous favorable à l’élévation de la retraite des femmes de 64 à 65 ans?

En soi, je trouve cette mesure choquante. Les femmes sont moins bien payées que les hommes et ont de moins bonnes retraites en raison de carrières professionnelles moins rectilignes. Le départ une année plus tôt à la retraite est donc une sorte de compensation. Cela dit, cette mesure fait partie d’un paquet destiné à pérenniser notre système de retraite, qui a toutes les vertus et les faiblesses d’un compromis. Je réserve donc ma position définitive, pour autant qu’il ne soit pas modifié. En revanche, si l’augmentation mensuelle de 70 francs de la rente AVS devait être supprimée, le paquet serait pour moi de facto inacceptable.

La troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III) va mettre Genève dans une position financière difficile. Comment alléger la facture?

Je souligne au préalable que je trouve juste le principe qui veut qu’une entreprise locale ne paie pas plus d’impôts qu’une société étrangère venue s’installer chez nous. Concernant le projet fédéral sur la table, je pose deux lignes rouges à ne pas franchir. La première, c’est qu’on ne devrait pas charger le bateau avec la suppression du droit de timbre. La seconde, qui est plus fluctuante, se rapporte au jeu bizarre qui se joue pour répartir la compensation partielle des pertes fiscales des cantons qu’accordera la Confédération. En effet, au lieu de se référer aux coûts pour les cantons réellement touchés, on a préféré une distribution large afin d’être certain de réunir une majorité aux Chambres fédérales. Je trouve cela pour le moins discutable.

La Suisse semble paralysée depuis le «oui» à l’initiative «Contre l’immigration de masse». Faut-il revoter?

Pour moi, il est évident qu’il faudra revoter. La situation aurait été différente si l’UDC avait accepté une application souple de son initiative. Mais comme ce n’est pas le cas, nous n’avons pas le choix.

Le vote porterait-il sur l’initiative RASA, qui veut gommer le vote du 9 février?

Cette initiative sera surtout l’occasion d’avoir un débat qui, je l’espère, débouchera sur l’élaboration d’un contre-projet. Les Suisses auront ainsi un véritable choix. Ce qui me paraît certain, c’est qu’il ne sera pas possible de tenir le délai d’une application en 2017, imposé par l’initiative de l’UDC. Mais ce ne serait pas la première fois.

Eveline Widmer-Schlumpf vient d’annoncer son retrait. Elirez-vous un deuxième UDC au Conseil fédéral?

Je vote pour les personnes qui sont les plus proches de mes convictions. Et cela ne me dérange pas d’être dans la minorité. Ce qui m’importe au fond, c’est de préserver le principe d’un gouvernement collégial. Il faut qu’il soit capable de parler d’une seule voix et qu’il puisse ensuite réunir des majorités au sein de l’Assemblée fédérale. C’est cela la raison d’être de la formule magique. Or l’UDC est très éloignée de ce modèle de fonctionnement.

(TDG)

Créé: 03.11.2015, 19h15

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Un sénateur éloquent, apprécié et ambassadeur du vin

A 61?ans, Robert Cramer a trouvé sa vitesse de croisière après deux législatures de quatre ans au Conseil des Etats. Oubliée la polémique sur son double mandat quand il siégeait parallèlement au gouvernement genevois entre 2007 et 2009. Désormais, il se consacre pleinement à sa charge de sénateur dans des commissions où il se sent comme un poisson dans l’eau.

Prenons l’environnement ou l’énergie, des thèmes qui lui sont particulièrement chers. Il continue sans faiblir à défendre une sortie rapide du nucléaire, cause qui a motivé il y a des décennies son engagement pour la politique. Mais il le fait avec l’éloquence et l’entregent de l’élu qui a de la bouteille. «Ce n’est pas un idéologue Vert borné», relève le chef du groupe PDC, Filippo Lombardi. «On arrive à construire des majorités avec lui sur l’assainissement des eaux ou la stratégie énergétique 2050.» Et il ajoute ceci sur le plan humain: «Je l’apprécie beaucoup. C’est un homme charmant et très intéressant d’un point de vue intellectuel.»

Charmant, il ne l’est pas toujours. Les journalistes peuvent en témoigner. S’ils l’interrogent au mauvais moment, l’homme peut se révéler très soupe au lait. En débat public aussi, ses adversaires inexpérimentés sur les questions énergétiques doivent se méfier. Ils se font laminer par un parlementaire roublard qui, sous ses airs bonhommes, a la repartie cinglante et l’ironie mordante.

Dans la Commission des institutions politiques, dont il a assumé la présidence de 2011 à 2013, il s’est distingué notamment par ses interventions concernant les droits populaires. Il est exaspéré par certaines initiatives UDC, comme celle sur le renvoi des criminels étrangers, qui violent selon lui la Convention européenne des droits de l’homme. Il sort donc le bâton pour réclamer l’invalidation de ces initiatives en amont car il les juge inapplicables en aval. «Je pense que nous ne devons pas prêter main-forte à ce véritable détournement de nos institutions démocratiques», assène-t-il.

Dans le classement des conseillers aux Etats, paru récemment dans la NZZ, Robert Cramer figure comme le sénateur le plus à gauche. Comment est-il jugé par le sénateur le plus à droite de l’hémicycle, le Schwytzois Peter Föhn? Là encore, très positivement. «Je n’ai pas du tout les mêmes idées politiques. Mais c’est un homme très bien, qui défend fortement les intérêts de son canton. Il est très engagé pour tout ce qui concerne la Genève internationale. Cela dit, je suis étonné qu’un canton comme Genève se fasse représenter par deux élus de gauche.»

L’élu Vert, fidèle à sa réputation, est toujours le champion des verres. Son amour inconditionnel du vin s’est même professionnalisé puisqu’il est devenu pendant cette législature président de l’Interprofession du vignoble et des vins de Genève. A Berne, on le soupçonne fortement d’avoir voulu aussi parfaire ses connaissances du vignoble valaisan. Il a proposé en effet une session extra-muros du parlement dans la patrie de Farinet. Officiellement, il s’agissait de fêter les 200?ans de l’entrée de trois cantons dans la Confédération. Pour des raisons de coûts, le parlement a finalement rejeté son initiative.


Arthur Grosjean





























































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