La Rive droite va vivre un enfer durant plus d’un an

MobilitéDeux énormes chantiers s’ouvrent lundi, l’un au Grand-Saconnex, l’autre à Versoix.

Les commerçants du Grand-Saconnex redoutent les nuisances du chantier. Ici, Yaima Martin Diaz et Bénédict Jeanneret, patrons de la boulangerie Le Grand Sac’ à Pain.

Les commerçants du Grand-Saconnex redoutent les nuisances du chantier. Ici, Yaima Martin Diaz et Bénédict Jeanneret, patrons de la boulangerie Le Grand Sac’ à Pain. Image: Frank Mentha

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Habituellement saturé, le trafic sur la Rive droite va plus que jamais sentir le bouchon dès lundi. Et cela va durer pendant plus d’un an! En cause, le démarrage de deux énormes chantiers. Celui du Grand-Saconnex, route de Colovrex (voir infographie), implique des fermetures totales, bien que ponctuelles, de cette importante pénétrante (800 véhicules par heure le matin) durant quinze mois. L’autre va barrer l’accès à Genève dès l’entrée de Versoix, où un tronçon de la route de Suisse sera mis en sens unique (lire encadré ci-dessous) jusqu’au mois d’octobre.

Un chantier complexe

Conseiller administratif chargé du dossier au Grand-Saconnex, Jean-Marc Comte refuse de peindre le diable sur la muraille, même s’il n’est pas totalement satisfait des options prises: «L’origine de notre projet est de répondre à l’ordonnance sur la protection contre le bruit. La pose de revêtement phonoabsorbant au centre du village doit impérativement se faire avant la fin de 2018. Nous en profitons pour créer une zone 30 km/h, élargir les espaces piétonniers et agrandir les arrêts de bus. En bref, nous allons améliorer la qualité de vie.»

Mais cette belle mécanique s’est grippée. «Notre projet était finalisé cet été. Puis sont venus se greffer les travaux pour les CFF et les Services industriels de Genève. Et ça complique tout.» Les CFF ont en effet choisi de faire passer une batterie de tubes de 15 000 volts sous la route de Colovrex. Et ces travaux doivent être terminés avant la mise en fonction du Léman Express, à la fin de 2019. Les SIG, eux, en profitent pour remplacer une colonne d’eau et moderniser les réseaux de gaz et d’électricité. «Nous voulions que la conduite enterrée des CFF passe par la route de Ferney, mais nous n’avons pas été entendus», déplore Jean-Marc Comte.

Commerçants indemnisés?

Ces considérations n’apaisent pas les commerçants saconnésiens, qui ont été les premiers à réagir. «La Municipalité nous a avertis à la mi-décembre qu’on allait avoir quinze mois de travaux devant nos portes à partir de ce lundi! fulmine Thierry Wasmer, patron du magasin de sport Technosurf. J’ai déjà vécu ça il y a vingt ans. À l’époque, j’avais mis dix ans à m’en remettre. Je suis effondré. Si je l’avais su avant, je n’aurais pas commandé pour 300 000 francs de stock. Je cherche désormais une nouvelle arcade ailleurs.» Avis aux amateurs.

«Nous avons très peur de perdre notre clientèle, enchaînent Yaima Marin Diaz et Bénédict Jeanneret, patrons de la boulangerie Le Grand Sac’ à Pain. Pour l’instant, aucun panneau ne mentionne que l’accès aux commerces sera maintenu. Les livraisons vont devenir un casse-tête. Et puis il y aura les nuisances du chantier, le bruit, la poussière…»

Patron du bar Le G, José-Antonio Guardiola fustige l’annonce tardive des autorités. Et ajoute: «On nous a promis notamment des indemnités et des places de parc à disposition de nos clients, mais si la route est fermée, ce sera quand même très pénalisant.»

Jean-Marc Comte comprend ces inquiétudes, mais relève: «Le projet dans sa globalité ne s’est décanté qu’au début du mois de décembre, raison pour laquelle nous n’avons pas pu communiquer avant. Nous ferons néanmoins tout pour que les commerçants soient pénalisés le moins possible.» Comment? «Par exemple, l’accès aux commerces sera assuré, le temps de gratuité du parking situé sous l’école sera augmenté; et si nécessaire, nous participerons à d’éventuelles indemnisations – des crédits ont été votés pour ça – en espérant que les CFF fassent de même.»

Le casse-tête des reports

En revanche, comme son homologue de Pregny-Chambésy Philippe Schwarm, Jean-Marc Comte est inquiet concernant les reports de trafic. «Nous voulions que toute la circulation passe par le bord du lac ou la route de Ferney. La Direction générale des transports (DGT) a refusé.»

Philippe Schwarm relève pour sa part que «la déviation vers Chambésy par le chemin de Machéry, étroit comme un trou de souris, pourrait devenir chaotique. Nous aurions préféré un report de trafic sur le bord du lac. Par ailleurs, il y a un risque réel, le matin, de voir les pendulaires s’engouffrer au centre du village, où il y a deux écoles. Et le soir, ils passeront aussi par là.»

Les vacances ciblées

Thierry Messager, directeur pour la région Lac-Rhône à la DGT, relève que les services de l’État ne sont pas les maîtres d’ouvrage du chantier de Colovrex, «mais nous assurons avec tous les maîtres d’ouvrage la coordination en matière de mobilité. Nous avons insisté pour que toute la route de Colovrex ne soit pas fermée durant quatorze mois, comme il était prévu au départ, mais seulement ponctuellement. Et le plus souvent durant des périodes de vacances scolaires en février, à Pâques et pendant l’été.»

Il ne minimise pas les risques, notamment lorsque le chemin de Machéry servira de report, «mais c’est la moins mauvaise solution. Il n’était pas envisageable de reporter l’ensemble du trafic entrant à Genève sur la seule route de Ferney, déjà très saturée aux heures de pointe du matin.»

La DGT est bien consciente des désagréments à venir sur la Rive droite, «mais nous ne pouvions pas reporter tous les travaux dans l’attente de l’ouverture de la route des Nations (ndlr: prévue pour 2022), poursuit Thierry Messager. Cela dit, nous allons observer les déplacements dans tous les secteurs et, au besoin, nous adapterons nos dispositifs. On peut aussi avoir de bonnes surprises concernant le comportement des automobilistes.» Par exemple? «Dès que la cadence du train régional entre Coppet et Lancy-Pont-Rouge passera au quart d’heure, cet été, des automobilistes opteront peut-être pour le transport public plutôt que pour la voiture», espère-t-il.


Parcours allongé de 4,5 km à Versoix

L’autre grand chantier qui démarre ce lundi se situe à Versoix. Il s’agit de la 2e étape des travaux sur la route de Suisse. Elle implique, jusqu’à la fin du chantier (qui devrait durer neuf mois), la mise en sens unique du trafic de la route de Suisse dans le sens Genève-Vaud, sur le tronçon allant de la route de Sauverny au chemin de Montfleury. En clair, les pendulaires du matin devront contourner Versoix. En détail, la déviation fait 6,9 km, contre 2,4 km pour le parcours habituel sur la route de Suisse. Quant au temps que cela prendra, «il est impossible de le dire, car il fluctuera au cours de la journée», indique Thierry Messager, directeur pour la région Lac-Rhône à la Direction générale des transports (DGT). «Les travaux sur la route de Suisse se poursuivront par étapes successives jusqu’au début de 2020. À terme, ils contribueront à améliorer la sécurité de tous les usagers et à aménager des espaces adéquats pour la mobilité douce dans ce secteur, précise-t-il. Cette mesure figure au catalogue des 100 mesures de mise en œuvre de la loi pour une mobilité cohérente et équilibrée, qui a été plébiscitée le 5 juin 2016 par près de 68% des Genevois.»

Durant cette 2e étape, l’objectif de la DGT est «d’inciter les automobilistes venant de Nyon à rester le plus possible sur l’autoroute de contournement pour rejoindre Genève», dixit Thierry Messager. Même si, on le sait, l’autoroute est saturée tous les matins! «Le contournement de Versoix, lui, est prévu pour le transit local. Il est long, mais nous voulons absolument pousser les automobilistes à revenir sur la route de Suisse plutôt que de continuer sur les hauts de Bellevue et se retrouver sur le chantier de Colovrex!»

Plusieurs mesures d’accompagnement sont prévues, notamment pour la sécurité des riverains sur ce contournement. «Des passages pour piétons seront créés. Par ailleurs, les transports collectifs seront assurés, même si la ligne V subira quelques modifications de parcours.» Là encore, le chantier sera fait de telle sorte que l’accès aux commerces de Versoix sera possible. X.L. (TDG)

Créé: 12.01.2018, 20h18

Les transports publics impactés

Si les automobilistes risquent de vivre un cauchemar, les usagers des TPG doivent aussi s’attendre à leur lot de désagréments.

Au Grand-Saconnex, le bus 53, qui traversait habituellement le village pour finir sa course près de Chambésy, sera ponctuellement remplacé par des navettes dont les parcours, dès le 29 janvier, seront adaptés en fonction de l’évolution du chantier, précise François Mutter, porte-parole des TPG.

À Versoix, l’arrêt Port-Choiseul du bus V ne sera plus desservi, l’arrêt Pont-Céard sera déplacé et celui de Montfleury ne sera desservi qu’en direction de la Bécassière. Toutes les informations figureront sur le site www.tpg.ch. X.L.

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