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Pourquoi rire nous rend heureux et plus sociables

Cette année, la Semaine du cerveau décrypte nos émotions. Mardi, ce sera le tour du rire et de l’humour

Le rire indique à l’entourage que tout va bien et renforce la cohésion du groupe. Les animaux rient. Mais l’humour, bien plus complexe, est propre à l’humain.
Le rire indique à l’entourage que tout va bien et renforce la cohésion du groupe. Les animaux rient. Mais l’humour, bien plus complexe, est propre à l’humain.
GETTY

«L’humour représente un phénomène si complexe que l’étudier nous aide à mieux comprendre l’être humain», avance Andrea Samson. La collaboratrice scientifique du Centre interfacultaire en sciences affectives de l’Université de Genève coanimera mardi la conférence de la Semaine du cerveau consacrée au rire. Sans y songer, la plupart d’entre nous accordons une place de choix au rire dans la vie quotidienne. «Nous l’associons à une bonne santé mentale, à une vie sociale riche, à la capacité de nous connecter à autrui. Rire remonte le moral du groupe, soude l’amitié et représente un trait hautement désiré dans la recherche d’un partenaire.» Bref, rire, c’est bon pour la santé, comme l’a judicieusement rappelé un certain conseiller fédéral dans une vidéo qui a fait le tour du monde.

Le rire animal

Ce n’est pas tout. «L’humour nous permet de jouer. De dire les choses sans les dire vraiment, de tester les limites, de critiquer sans prendre de risques», ajoute Andrea Samson. D’où vient cette faculté à la fois si simple et si sophistiquée? Longtemps vu comme l’apanage de l’humain, le rire est désormais considéré par la science comme un mécanisme primitif commun à certains mammifères, dont les singes et les rats. «Le rire est une vocalisation produite dans un contexte positif, une situation ludique», définit la biologiste Elise Wattendorf, deuxième conférencière de mardi.

Cette vocalisation surviendrait lorsque «après une situation qui a suscité de l’appréhension suit une décontraction: on retient son souffle puis on respire. C’est ce qui est à l’origine du rire, selon certains chercheurs.» Elise Wattendorf souligne que cette vocalisation particulière revêt une fonction sociale majeure: rire signale à l’entourage que tout va bien et cela renforce la cohésion du groupe. Le rire a également la vertu d’être communicatif, ce qui favorise le rapprochement social.

L’humour est humain

Mais le rire n’est pas qu’un liant pour sociétés primitives. Quid de l’humour et du rire solitaire? «Ceux-là sont proprement humains», admet la biologiste qui distingue le rire de l’humour, le second s’étant greffé sur le premier. Elle compare le rire à un outil, dont nous ferions un usage bien plus complexe que les primates. «Ne disposant pas de mille moyens d’expression à disposition, le rire est l’un des moyens d’exprimer l’humour. Le singe dispose aussi de cet outil mais il n’en fait pas le même emploi. De la même manière qu’il peut manipuler un bâton mais ne sait pas jouer au piano.»

Une compétence sociale

Revenons à l’homme donc. «Darwin considérait l’humour comme le chatouillement de l’esprit», reprend Andrea Samson. Pour qu’une situation soit humoristique, il faut «une incompatibilité entre deux idées, une surprise». Mais cela ne suffit pas: il faut encore pouvoir décoder cette incongruité. «Pour rire, nous devons comprendre la blague, trouver une explication, même fictive.» Ce décodage implique des compétences sociales: «Il est souvent nécessaire d’adopter le point de vue des autres pour saisir ce qui est drôle dans une blague. Tout le monde n’en est pas capable», relève la chercheuse.

Il faut aussi se trouver dans certaines dispositions. Cela peut sembler évident mais «les personnes gaies et joviales seront plus enclines à l’humour que celles sérieuses ou de mauvaise humeur. Elles réagiront différemment aux stimuli drôles.»

Se forcer à rire ou à sourire

Quel que soit son tempérament, cela vaut la peine d’y mettre du sien. Car l’humour et la capacité à rire de soi représentent une aide précieuse pour gérer ses émotions. «Des anecdotes des camps de concentration nous ont appris que des prisonniers maniaient l’humour pour fuir la réalité et réguler leur désespoir.»

Aujourd’hui, des études montrent que se forcer à réévaluer une situation donnée en l’envisageant sous un jour positif, en y glissant une pointe d’humour, permet de se sentir mieux. A court terme comme à long terme, assure Andrea Samson.

Et à ceux qui décidément ne parviendraient pas à «penser positif» sur commande, les chercheuses rappellent que le simple fait de sourire, même mécaniquement, même sans joie, améliore nos états d’âme. «A l’inverse, les patients atteints d’une paralysie des muscles faciaux éprouvent moins d’émotions positives», rapporte Elise Wattendorf.

Conférence dans le cadre de la Semaine du cerveau. Mardi 14 à Uni-Dufour. Entrée libre. Andrea Samson bénéficie d’une bourse «Ambizione» du Fonds national suisse. Elise Wattendorf est maître assistante dans l’unité de neuroanatomie du professeur Marco Celio à l’Université de Fribourg.

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