Un ring au cœur des Palettes

LancyAu pied des immeubles, sous une cloche en verre, amateurs et champions de boxe thaïe se côtoient.

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Un ring comme un cœur qui bat à ciel ouvert. Ou presque. Sous une cloche de métal et de verre, au pied des immeubles, les entrailles du Singto Muay Thaï s’offrent au regard des habitants du quartier de l’Etoile-Palettes. Une vue plongeante sur la salle du club de boxe thaïe du Grand-Lancy, au 78 de l’avenue des Communes-Réunies, sur laquelle les passants s’arrêtent. Là, ils respirent, s’imprègnent de l’énergie des lieux et repartent galvanisés.

En sous-sol, sur le revêtement bleu élastique, les boxeurs présents à l’entraînement ce vendredi soir – une douzaine – ne lèvent pas les yeux vers l’extérieur, concentrés. En sparring, ils s’affrontent. Trois minutes intenses, trente secondes de pause, et on recommence. Les protège-tibias sont en place, les coups de pied claquent. La boxe thaïe est l’un des sports de combat pieds-poings les plus complets – autorisant genoux et coudes – et l’un des plus traumatisants pour le corps. Sur le ring, le coach et fondateur du club, David Infante, prépare Dimitri Truhan, 21 ans et short rouge, pour son prochain combat: «Pas besoin de regarder dehors pour savoir où nous sommes et quel rôle nous avons à jouer. Je suis né et j’ai grandi ici. La Commune nous a construit une magnifique salle dans un quartier perçu comme difficile, c’est aujourd’hui à nous d’en faire un lieu de vie et une source d’inspiration pour la jeunesse des environs.»

«J'essaie d'encadrer un maximum de jeunes du quartier»

Bowling et dépôt à pneus

Un juste retour des choses en quelque sorte. Le sous-sol en question avait été pensé bowling au moment de l’édification des immeubles en 1968, avant de devenir un dépôt à pneus une fois le projet abandonné. C’est en 2012 que Lancy, par le biais de sa Fondation communale immobilière, décide d’en faire une salle de sport. Un investissement de quelque 2,2 millions pour les travaux, sans oublier les 65 000 fr. d’équipements répartis entre le Singto et le club de judo voisin, le Yen-dô-Dojo.

«Nous avons inauguré les lieux il y a un peu plus d’un an, à la fin de mars 2014», se remémore Olivier Carnazzola, chef du Service des sports de Lancy. L’idée d’y mettre un club de boxe thaïe? «La Commune vit une histoire d’amour avec les arts martiaux et autres sports de combat, ça n’a pas été trop difficile de nous convaincre, surtout que le projet était soutenu par les travailleurs sociaux qui œuvrent dans le quartier.»

Dans la salle, les conditions physiques affichées laissent deviner le degré d’engagement avec lequel les jeunes – compter entre 17 et 32 ans – s’entraînent. «Je tourne à six séances de deux à trois heures par semaine», souligne Milan Iseli, 18 ans. Chaque jour, il vient de Chancy pour se préparer. «Si tu veux être sérieux dans ce sport, tu viens ici. Moi, je veux être pro.»

«La boxe thaïe, c'est les capacités physiques poussées à l'extrême»

Même discours chez les autres sportifs. On parle combats, carrière et Glory, la promotion internationale de kick-boxing (type de boxe pieds-poings). «Si tu veux vivre de ce sport, c’est vers cette compétition qu’il faut s’orienter, insiste Ulrik Bokeme, boxeur de 24 ans. C’est une des rares qui rapportent (ndlr: plus de 200 000 fr. pour une victoire en finale).» Une carrière en Suisse? «A part quelques galas côté alémanique, il n’y a quasi rien.»

«On s'entraîne six fois par semaine, il faut vraiment en vouloir»

Christophe Pruvost, lui, revient de Thaïlande, du Thai Fight (lire ci-contre), et vient d’être élu sportif de l’année par la Commune de Lancy. A 32 ans, il fait déjà partie des anciens. «C’est ma dernière année au niveau professionnel. On peut dire que j’ai percé sur le tard, mais pendant longtemps j’ai hésité entre ma carrière de comptable et celle de boxeur. Ça n’a pas toujours été facile de concilier les deux.»

«Je suis fier de représenter les couleurs du pays quand je combats en Thaïlande, en Chine, au Japon et dans toute l'Europe»

Un exemple pour les jeunes de la salle? Sportivement oui. «Christophe nous motive, analyse Dimitri Truhan. Il a eu ses chances, alors on se dit: «Pourquoi pas nous?» Un avis partagé par Milan Iseli, qui voudrait même «aller plus loin». Le Christophe comptable fait quant à lui moins rêver mais inspire le respect. «En Suisse, mis à part le football et le hockey, vivre du sport en général et de la boxe en particulier reste extrêmement compliqué, regrette le coach David Infante. Je répète aux jeunes de la salle que ça ne suffit pas, qu’il faut avoir un autre bagage, se trouver un job à 50%.» Dimitri Truhan est en fin de 2e année d’apprentissage d’employé de commerce. Ulrik Bokeme se voyait footballeur pro. Depuis une blessure au genou, il se consacre à la boxe.

L’entraînement n’est pas fini que déjà quelques filles entrent dans la salle pour leur séance. Bien qu’elles ne préparent aucun combat, David Infante les invite une par une à venir l’affronter et corrige leurs mouvements. «Je m’occupe aussi des enfants dès 7 ans deux fois par semaine, précise-t-il. Je suis un compétiteur et j’aime le haut niveau, mais nous sommes avant tout une association ouverte à tous.»

«La boxe thaïe me libère»

A l’extérieur, à deux pas de la salle, le restaurant La Mamma s’apprête à servir ses premiers clients du soir. La patronne, présente sur place depuis dix-sept ans, a vu d’un bon œil la construction de l’édifice à deux pas de son établissement. «Avant, c’était un amas de petits buissons, un nid à poubelles qui attirait guêpes et mouches sur la terrasse. Maintenant, j’ai la chance d’avoir des sportifs pour voisins. C’est tout de même plus valorisant pour le quartier.»

Démo de boxe thaïe avec Christophe Pruvost et David Infante

(TDG)

Créé: 11.06.2015, 07h42

Un Genevois au Thai Fight

Christophe Pruvost ne veut garder que le «beau», «l’exceptionnelle aventure» de sa participation au Thai Fight, l’un des plus grands tournois de boxe thaïe au monde. Après tout, le champion genevois de 32 ans a atteint la finale de l’épreuve, à Bangkok. Un événement suivi en direct par des centaines de milliers de Thaïlandais et d’aficionados de la discipline. Pourtant, six mois plus tard, la défaite contre le boxeur local Yodsanklai Fairtex a toujours un goût amer. «Il n’y a pas de honte dans la défaite, analyse Christophe Pruvost, mais à condition qu’il y ait un combat. J’étais prêt, mais en un coup bien placé, mon adversaire m’a comme désamorcé.»

Le boxeur genevois parle d’un high kick, un coup de pied haut, dès l’entame de match. «Quand on regarde la vidéo, on dirait qu’il m’effleure, mais dans les faits, il m’a sonné et je ne m’en suis jamais remis.»

Si la frustration persiste, Christophe Pruvost n’oublie pas ses deux victoires en quart et demi-finale, et le temps passé auprès des Thaïlandais entre chaque combat. «La phase finale du tournoi se déroule d’octobre à décembre, au rythme d’un match par mois. Entre-temps, on est placé dans une salle locale, auprès de boxeurs du pays.» Ces nouveaux partenaires d’entraînement lui apportent un soutien psychologique nécessaire en l’absence de son coach, mais c’est surtout les encouragements de la population qui finissent de galvaniser le sportif.
«Le lendemain de ma demi-finale contre Naimjon Tuktaboev – originaire d’Ouzbékistan – j’avais le visage tuméfié. Je sors quand même faire un tour à la station-service du coin et là, les employés me dévisagent, commencent à prononcer mon nom et à me féliciter. C’était fou.»

Pour la finale, son coach, David Infante, fera le voyage, avec, dans ses bagages, quelques amis du quartier des Palettes, venus soutenir leur champion entre deux excursions sur les plages de Thaïlande. «Les avoir auprès de moi m’a aidé à accepter la défaite, sourit Christophe Pruvost. Ils m’ont rappelé que l’essentiel est finalement ailleurs, dans le message envoyé aux jeunes en Suisse. A force de travail, on peut aller très loin. Je crois au karma et je me dis que si on se comporte bien, qu’on est engagé dans ce qu’on fait, ça finit toujours par payer.»

En 2015, Christophe Pruvost est entré dans sa dernière année chez les professionnels. Avant de raccrocher les gants, il se verrait bien retenter sa chance en Thaïlande. Scénario envisagé? «Ambiance électrique, je monte sur le ring, j’évite le high kick et je finis en beauté.»

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