Une Revue 2018 réussie, malgré quelques lourdeurs

CritiqueMise en scène par Laurent Nicolet, la traditionnelle satire genevoise a ouvert les feux au Casino-théâtre, devant un parterre de politiciens (mais sans Pierre Maudet).

Incarné par Marc-André Müller, Pierre Maudet profite de son voyage en famille à Abu Dhabi.

Incarné par Marc-André Müller, Pierre Maudet profite de son voyage en famille à Abu Dhabi. Image: Sébastien Monachon

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Honnêtement, on s’attendait à pire. Avec le départ de Pierre Naftule (pour des raisons de santé), l’homme qui incarnait le mieux l’esprit satirique et le sens du gag, la Revue arriverait-elle à présenter un show qui tienne la rampe? La réponse est oui. Sans pour autant être la meilleure cuvée de tous les temps, l’édition 2018 de la Revue, mise en scène par Laurent Nicolet et produite par lui-même et son acolyte Anthony Mettler (que l’on retrouve sur scène), remplit les attentes, malgré quelques lourdeurs. Globalement, le rythme est assuré, la musique efficace et les chorégraphies et les costumes en jettent. Si on devait noter cette édition, on lui mettrait un 4,5 facile. Voire plus, en ajustant ci et là un couac ou une imprécision. Tour d’horizon des points saillants de cette Revue, bémols compris.

Voyage familial à Abu Dhabi

Le sketch que tout le monde attend avec impatience, c’est celui du voyage de Pierre Maudet à Abu Dhabi. Malgré sa récente révélation forçant la troupe à faire preuve d'une créativité de dernière minute, l’affaire Maudet aura les honneurs de plusieurs chansons, de chorégraphies emplies de niqabs à franges, ambiance mille et une nuits: «Momo, mon ami, regarde, tout est pour toi!»

Si Marc-André Muller incarne toujours un Pierre Maudet convaincant, c’est Vincent Kohler qui lui vole la vedette en fillette du magistrat, grâce à ses mimiques impayables sous ses deux nattes. Le comédien se démarque particulièrement en agent municipal simplet («On est moins con qu’on en a l’air!»), dans le numéro évoquant la chasse au cannabis illégal avec l’arrivée du CBD.

Pierre-André Sand* est également excellent en Karl Lagerfeld proposant de nouvelles tenues à l’armée suisse aux côtés de Cristina Cordula (Mado Sierro), une des scènes les plus abouties de la Revue. Sur l’air «Alors on danse» de Stromae, les acteurs chantent «Nous on dépense/Pour la défense».

L’autre star de cette édition? Faustine Jenny, qui s’illustre tant par sa façon d’occuper la scène que par sa maîtrise vocale. On la découvre dès la scène sur #metoo qui ouvre la Revue, accompagnée des danseuses et comédiennes portant le costard et tapant le sol de leurs cannes, scandant «balance, balance ton porc!» sur l’air de «we will, we will rock you» avec une énergie qui n’aurait rien à envier à la hargne revancharde de certaines néoféministes. Au milieu d’elles, dans un taffetas de paillettes et de boas roses, trois hommes dénudés, victimes sacrificelles permettant un renversement réutilisé dans tout le spectacle.

On rit beaucoup aussi à la force comique de Capucine Lhemanne, qui a pris du galon et ose la caricature plus affirmée de ses personnages, de la bourgeoise revêche à la harceleuse en rut.

Humour bas de gamme

Les points faibles? La réutilisation de clichés faciles et peu drôles. Céline Amaudruz (Faustine Jenny), parfaite dans le rôle de l’animatrice de «Question pour un tampon», jeu télévisé dont le but est d’empêcher les candidats d’obtenir le passeport suisse, ne fait pas rire en raciste qui ne supporterait pas la vue des Noirs. De tels raccourcis, non avérés par l’actualité, témoignent d’une paresse imaginative lassante.

Autre bémol, l’humour bas de gamme de certains gags. Si on rit sans problème à des clichés sexistes comme les bourgeoises catholiques coincées et les adolescentes fans du pape, on a plus de peine à trouver désopilant les «Ta gueule pouffiasse!» (visant toujours Céline Amaudruz), «Y a-t-il des tarifs seniors à la Revue car je viens avec Brigitte Macron», ou encore la taille des pénis des dirigeants du monde aux urinoirs, Angela Merkel battant Donald Trump et Kim Jong-un avec sa «grosse Bertha».

Enfin, on regrette que les talents de claquettes de la nouvelle recrue Jérémie Nicolet soient relégués à la fin dans un numéro à part, sans que l’on comprenne ce que cette démonstration aurait à voir avec le reste du spectacle.

«Elle est jolie, cette Peggy la cochonne!»

Dans le public, Pierre Maudet brille par son absence. Thierry Apothéloz (grimé en Thierry la fronde avec une coupe médiévale à frange, dans la course de l’Escalade des candidats aux élections cantonales) et Nathalie Fontanet seront les seuls conseillers d’État présents à la représentation du vendredi. Que pense la magistrate libérale-radicale de sa caricature en Peggy la cochonne, groin et robe de petite fille? «C’est curieux, les gens qui me connaissent sont plus heurtés que moi. Je ne prends pas personnellement cet humour misogyne. Elle était d’ailleurs très jolie, cette Peggy!» assure Nathalie Fontanet.

Quant au maire socialiste de la Ville Sami Kanaan, épinglé pour son manque de notoriété auprès des Genevois dans un micro-trottoir diffusé sur grand écran, il assure avoir «bien rigolé» et avoir noté qu’il doit «travailler à plus se faire connaître».

La conseillère municipale socialiste Albane Schlechten se montre plus réservée: «Franchement, j’ai beaucoup moins ri cette année. Ils ont voulu forcer le trait en montrant moins de danseuses dénudées sur scène, mais les femmes sont toujours représentées comme des assistantes ou des subalternes.»

Amar Madami regrette quant à lui que «les élections au Grand Conseil» n’aient pas été évoquées. C’est que le conseiller municipal MCG illustre par cet aveu ce secret de Polichinelle: Tous les politiciens redoutent moins de figurer dans la Revue que de ne pas y figurer. C’est pourquoi Maudet, Fontanet, Amaudruz et Salerno peuvent se targuer d’appartenir au clan très convoité des personnalités politiques saillantes de Genève.

*Un grand merci aux commentateurs qui nous ont signalé une erreur: nous avions écrit que Vincent Kohler incarnait Karl Lagerfeld, alors qu'il s'agit de Pierre-André Sand. (TDG)

Créé: 13.10.2018, 15h21

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Brexit: Theresa May à Bruxelles
Plus...