Revoir mer et mère au Mexique

Retour au pays 5/5À Genève depuis dix ans, Mardo Navarrete rentre régulièrement dans son pays natal pour revoir ses proches et faire le plein de soleil.

Mardokeo Navarrete. Habitant du Grand-Lancy, le Genevoisde 36 ans cultive le Mexique à la maison.

Mardokeo Navarrete. Habitant du Grand-Lancy, le Genevoisde 36 ans cultive le Mexique à la maison. Image: Lucien Fortunati

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«Le cactus, vous voulez que je le tienne à gauche ou à droite?» À 36 ans, Mardokeo Navarrete, dit Mardo, n’a pas cette gêne typiquement helvétique quand il s’agit d’apparaître en photo publiquement.

Sur la table, des tacos, une sauce au guacamole et des fleurs de tête de moine. Un en-cas suisso-mexicain, à l’image de son couple. Arrivé en 2009 à Genève, il rencontre Pauline, une Genevoise du cru alors étudiante en lettres, à la fin de 2011. Les deux amoureux se marient en 2015, en Suisse pour le civil et au Mexique pour le religieux. «On avait loué un terrain en campagne à une heure de la ville de Mexico. Le gag, c’est que le prêtre n’est jamais venu! C’est ma sœur qui a dû nous faire échanger les alliances…»

Exceptionnellement, Mardo ne partira pas au Mexique cet été, et attendra Noël pour s’y rendre, maintenant sa moyenne d’un à deux séjours par an. «Pauline y va sans moi, avec des amis. Je l’envie tellement!» Si sa compagne, devenue enseignante au secondaire, mettra à profit les vacances d’été pour réaliser un long séjour, Mardo ne peut pas la suivre: «Je viens de commencer à travailler à la fondation Clair Bois, dans l’équipe technique de l’entretien des bâtiments. J’ai changé d’orientation professionnelle. Trouver un emploi était la priorité cette année.»

Arrivé à Genève en 2009, il vit de petits boulots. Cours d’espagnol, d’anglais, d’informatique, organisation d’événements festifs – dont de mémorables fêtes nationales mexicaines à l’église catholique romaine – service traiteur, vente de tacos en marge de manifestations culturelles, location de machine à faire des granita ou du pop-corn, etc. En 2017, il est employé en tant que cuisinier principal à la Maison des Associations, où il compose des plats mexicains jusqu’en 2018. Le manque de sommeil et un burn-out le contraignent à démissionner.

Retourner fréquemment au pays est un besoin. «Ma mère et ma sœur habitent à Cuautitlan Izcalli dans l’État de Mexico, soit à une heure de la capitale, tout comme beaucoup d’amis à moi.» À ses yeux, garder le contact est primordial: «Si j’ai les moyens de me rapprocher des gens que j’aime, je ne me pose même pas la question. L’argent sert justement à cela.» Il se souvient des premiers temps à Genève, où il dépensait 200 francs par mois en recharge de carte téléphonique, pour appeler sa famille: «Ma vie a changé avec la présence des réseaux sociaux sur les téléphones, notamment WhatsApp. Le petit bonjour matinal quotidien et l’échange de photos avec mes proches m’ont beaucoup aidé à me sentir entouré.»

Stands de glaces au cimetière

En emmenant sa compagne au Mexique, il découvre son propre pays, en ajoutant à chaque séjour une destination nouvelle en plus de la visite aux proches. «J’ai eu un coup de cœur pour Acapulco, où nous retournerons. La mer est aussi un élément qui me manque en Suisse. Comme l’ensoleillement pendant l’hiver.»

Au mur, un poster de la Guelaguetza, festival de danse indigène annuel qui a lieu à Oaxaca, rappelle l’amour qu’il voue au folklore. «Les fêtes font vraiment partie de notre culture. Tu te sens vraiment Mexicain le jour de la fête des morts, soit le 2 novembre.» Il se souvient des «stands de glaces devant les cimetières», où les familles se rendent pour célébrer leurs morts. «Enfants, on avait le droit de vider les autels des bonbons offerts aux défunts. Je n’ai malheureusement jamais pu retourner là-bas à cette période depuis que je suis en Suisse.»

Et d’évoquer les diverses fêtes religieuses ou villageoises qui voyaient la table de ses grands-parents s’orner de buffets gargantuesques, avec «pied de porc, dindes, au moins cinq salades différentes et autant de desserts», et du soda à volonté pour les petits. Il note une différence de taille entre le Mexique et la Suisse concernant les fêtes et la parentalité: «Ici, la vie des jeunes parents tourne autour du bien-être et du repos de leur enfant. Tandis que chez nous, les jeunes n’arrêtent pas de sortir quand ils ont un bébé: ils l’emmènent simplement, même si les gens parlent fort et que la musique est bruyante. Les bébés apprennent à dormir partout et se font à cette culture dès l’enfance.»

Le rapport à la musique, populaire et décomplexé, Mardo tente de l’importer en Suisse. «La première fois que j’ai rencontré mes beaux-parents, j’ai fait venir un mariachi.» Soit un musicien en costume typique – sombrero et vestes à boules – payé pour chanter des chansons sous le balcon d’une personne. Traversant le jardin plan-les-ouatien, le musicien a marqué l’esprit et le cœur des beaux-parents, qui ont depuis visité le Mexique accompagné par leur gendre.

Exquis abats et succulents tacos

Quant à la nourriture, si Mardo cuisine volontiers burritos, patates sautées et sauces au cacao lui-même, il ne peut pas confectionner les plats dont il raffole le plus. «Je suis un vrai fan des abats: viscères, cerveau, tripes, estomac, etc. mais on ne trouve pas ces morceaux au supermarché ici. Là-bas, on les cuisine avec du laurier et de l’orange.» Il raffole aussi du guanzontle, une plante cousine du quinoa qui se déguste farcie au fromage et à la sauce tomate. Et les tacos al pastor, de fameuses galettes à la farine de maïs remplies de porc rôti sur une broche tournante, façon kebab. «Pendant l’Expédition française au Mexique dans les années 1860, des Algériens français ont apporté leur culture. La cuisine locale s’est accommodée de tous ces apports, notamment la broche du taco al pastor, en remplaçant l’agneau par du porc», explique le Genevois. Le poisson grillé et les fruits de mer à la plage sont aussi l’un des délices qui font ressurgir des souvenirs d’enfance mexicaine. «Je me souviens que mes grands-parents m’emmenaient souvent en vacances à Ixtapa Zihuatanejo. Je pêchais des étoiles de mer avec mes doigts de pieds.»

Vendeurs suisses moins zélés

À Genève, il loue la qualité de vie possible «même avec un petit salaire, lorsque l’on n’a pas d’enfant à charge» et l’«incroyable» système des votations avec les initiatives populaires. Il note toutefois un bémol. «Au début, j’ai vraiment été choqué par le service. Quand je demande un renseignement dans un magasin, on me pointe simplement le rayon du doigt. Au Mexique, le vendeur m’accompagne jusqu’au bout pour me fournir ce que je cherche. Je crois que c’est parce que les gens sont tellement contents d’avoir un travail qu’ils font tout pour le garder. Ils savent que 2000 personnes attendent derrière eux pour avoir leur place.»

Tu te sens vraiment Mexicain à la fête des morts, le 2 novembre. Des stands vendent des glaces devant les cimetières où les familles rendent visite à leurs ancêtres. Enfants, on avait le droit de vider les autels des bonbons offerts aux défunts.

Créé: 05.07.2019, 08h30

San Martin Tepetlixpan, le village de l’enfance



En photo, la maison de la tante Betty à San Martin Tepetlixpan, à Cuautitlan Izcalli, une province au nord de la capitale, dans l’État de Mexico. Un lieu qui sert de retrouvailles lorsque Mardo et sa femme, Pauline, rendent visite à la famille mexicaine. De grandes tablées sont organisées et l’on boit des sangrias jusque tard dans la nuit. «Ma mère habite tout près, ma sœur aussi.» C’est dans le village de San Martin que Mardo a passé son enfance. «C’est là que ma mère salvadorienne a rencontré mon père, natif du coin. Il y avait des chevaux et des chèvres sur la route à l’époque, c’était tranquille.

Aujourd’hui, c’est un village qui s’est fait manger par la ville, tellement l’ État de Mexico s’est étendu.» Avec l’urbanisation, les incivilités et les délits se sont multipliés: «Il y a beaucoup de cambriolages depuis quelques années. Ma sœur s’est fait voler sa voiture et a subi deux autres tentatives récemment. À l’époque, quand on voyait le nom de San Martin lié à un fait divers dans le journal, on était tout excités avec mes amis. Maintenant, c’est habituel.» Mais pas de quoi décourager Mardo de faire son pèlerinage annuel en terre aimée.

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