Le réveil des Franchises

Espaces publicsDes potagers ont éclos dans le «parc oublié» de Châtelaine; un projet participatif parmi d’autres.

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Juliette, 3 ans et demi, court entre les plates-formes des futurs potagers en bois brûlé et y déverse le contenu fumant de son seau en plastique avec détermination: «J’ai beaucoup de travail», lâche-t-elle en passant. A ses côtés, et avec la même énergie, une dizaine d’habitants de l’abri PC de Châtelaine et une poignée de membres des collectivités et associations locales s’activent ce vendredi matin au parc des Franchises.

Les vingt-neuf plates-bandes potagères seront remises à leurs futurs jardiniers après la pose de la clôture en fin de semaine. Des traces de cuivre et mercure ayant été détectées dans le sol, les bacs ont été affranchis du sol par la pose d’un bidim (revêtement textile plastifié) et de copeaux. Ils ont ensuite été remplis de compost fabriqué à partir de déchets agricoles, «selon la méthode urbaine qui permet de cultiver avec deux fois rien», souligne Christian Bavarel, mandaté pour apporter son expertise en agriculture urbaine au projet.

«Un esprit de bon voisinage»

Des fleurs et des légumes seront cultivés dans les bacs selon le choix des «jardiniers»: des associations ou des habitants du quartier. L’Entraide protestante suisse (EPER) entretiendra près de la moitié des bacs de 4 x 1,2 mètre. «L’enjeu était de parvenir à installer des potagers dans un parc public sans trop privatiser l’espace dédié aux cultures», explique Tiphaine Bussy-Bluier, cheffe de projet au Service cantonal du paysage et des forêts. Le choix de la parcelle a également permis de fermer une partie de la roseraie, «trop consommatrice de produits phytosanitaires et demandant beaucoup d’entretien en termes humain», poursuit la chargée de projet.

Durant la période estivale, les quelque quatre-vingts habitants de l’abri PC voisin seront à disposition pour entretenir les plates-bandes des vacanciers moyennant des contre-prestations pour des actions d’utilité publique. Car la plupart des résidents sont des hommes célibataires déboutés dans leur demande d’asile et en attente de renvoi et qui n’ont pas le droit de travailler en Suisse. «Cela leur permettra de sortir davantage et de s’intégrer avec la population alentour dans un esprit de bon voisinage», se félicite l’intendant de l’abri souterrain pour l’Hospice général, Frank Bourqui. «C’est mieux de travailler que de rester assis toute la journée dans l’abri PC. C’est une bonne opportunité d’autant plus que ces jardins seront un peu pour nous», confirment Mulluberhan, Tesafay et Mussie, trois Erythréens.

Ce projet a été mis sur pied en trois mois et pour à peine 13 000 francs. Il réunit différents services du Canton (propriétaire du parc), de la Ville de Genève (gestionnaire et unité d’action communautaire) et du voisinage. C’est l’un des «mini-chantiers» entrepris ces cinq dernières années pour revaloriser les espaces publics du «Grand Châtelaine» sous l’impulsion des habitants du quartier de la Concorde. Depuis l’été 2014, une attention particulière a été portée au parc des Franchises, qui accueillait jadis l’Ecole d’horticulture, surnommé «la belle endormie» ou le «parc oublié» par les habitants (même Google Maps ne le répertorie pas). Ce carré de verdure est d’autant plus intéressant qu’il est situé au cœur d’un quartier en pleine mutation, notamment avec la construction du nouveau parc Hentsch de l’autre côté de l’avenue de Châtelaine (voir infographie ci-contre). «Des safaris ont été organisés avec les habitants afin qu’ils partagent avec nous leurs idées pour l’avenir du parc», poursuit Tiphaine Bussy-Bluier.

Cette réflexion a mené il y a deux ans à la réhabilitation partielle du biotope du parc – des petits marais à roseaux – et à sa réouverture aux promeneurs. Cette surface de quelque 6500 mètres carrés avait été fermée en 1993 car l’étanchéité des bassins en argile était défectueuse et posait des problèmes de sécurité. L’eau du réseau devait être injectée dans les marais pour les garder remplis. Ce problème n’a pas été résolu; des employés des espaces verts doivent encore venir mettre de l’eau chaque matin. «C’est une frustration, admet Tiphaine Bussy-Bluier. Pour pallier le problème il faudrait des gros travaux de terrassement et donc des investissements. Nous avons demandé des soutiens financiers à Berne en ce sens.»

Buvette, fête et beach-volley

L’an passé, une buvette dans un conteneur, très appréciée des habitants, a été installée sur le haut de la roseraie. Une image directrice du parc des Franchises a également été élaborée. A l’avenir, une petite maison à l’abandon, mangée par la glycine, pourrait être rénovée pour devenir la «Maison du parc» et servir de point de restauration permanent. Les entrées du parc des Franchises devraient être revalorisées, des terrains de beach-volley installés et les jeux pour enfants améliorés. Le 2 juillet, une «fête Ô jardins» sera organisée pour célébrer ces nouveaux départs avec les habitants. (TDG)

Créé: 04.04.2016, 18h17

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