Retraitée jugée irresponsable pour l’incendie de trois écuries

Tribunal correctionnelPrise de délires, une retraitée de 69 ans a causé des dégâts matériels. Elle demande à sortir de prison et «une deuxième chance».

«Je veux simplement retrouver mon appartement. Je vous demande de me laisser une deuxième chance. Ces mois en prison m’ont coûté très cher» a demandé la retraitée de 69 ans au Tribunal correctionnel.

«Je veux simplement retrouver mon appartement. Je vous demande de me laisser une deuxième chance. Ces mois en prison m’ont coûté très cher» a demandé la retraitée de 69 ans au Tribunal correctionnel. Image: Tondeux

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Il est rare qu’un condamné quitte le Palais de justice en disant «merci» à ses juges. Mercredi, la dame de 69 ans convoquée au Tribunal correctionnel semblait pourtant apaisée quand elle s’en est allée entourée de policiers. Le verdict venait de lui être lu: elle s’est bien rendue coupable d’un incendie intentionnel en boutant le feu à trois écuries, à Bernex, en septembre 2018.

Cette même retraitée a également été condamnée pour s’en être prise aux voitures de deux inconnus dans le quartier des Libellules. La plaque d’immatriculation volée et des rayures au cutter pour l’une, la capote lacérée à l’aide d’un couteau à fromage pour l’autre. Pourquoi ce feu et les dommages à la propriété? «Je me sentais harcelée par une personne. Elle me téléphonait en numéro masqué», dit-elle à la barre.

Au fil du procès, on comprend que ce harceleur n’a jamais existé. La prévenue souffre de démence mixte et d’un trouble délirant organique, dit l’expertise psychiatrique. C’est pourquoi elle sera finalement déclarée irresponsable et aucune sanction pénale ne lui sera infligée.

Depuis huit mois en prison

La grand-mère a pourtant déjà payé pour ses méfaits. Depuis huit mois, elle est enfermée dans le quartier des femmes de Champ-Dollon. «Aucun EMS n’a été d’accord de l’accueillir», déplorent ses deux avocates, Mes Camille Haab et Jessica Ruesch.

L’enjeu de cette affaire est précisément là: où loger et soigner une dame de 69 ans qui présente un risque de récidive? Jusqu’à la convocation au tribunal, elle a été enfermée en prison. Et demain? «Je veux simplement retrouver mon appartement. Je vous demande de me laisser une deuxième chance. Ces mois en prison m’ont coûté très cher», dit-elle, emmitouflée dans sa veste matelassée.

Ses traits sévères cachent sa détresse. Celle d’une femme qui a quitté son Tessin natal pour Genève à l’âge de 23 ans. Rapidement mariée, presque aussitôt divorcée, elle élève ses deux enfants, travaille dans une buanderie, dans la vente et la restauration. À l’âge de la retraite, la solitude, la précarité et la perte de son logement accompagnent l’apparition de troubles cognitifs.

Convoqué comme témoin, son médecin traitant atteste des premiers symptômes décelés en 2014. «Elle était sous-alimentée, épuisée, anxieuse et agitée. Mais ce n’est pas une dame agressive. Mon sentiment, c’est qu’on peut lui donner une deuxième chance si on augmente la surveillance.» Pour le médecin, sa patiente n’avait très vraisemblablement pas pris ses médicaments quand elle a enfourché son vélo, pédalé jusqu’à Bernex, mis le feu à des mouchoirs qu’elle a jetés au fond des écuries, causant d’importants dégâts matériels.

Le curateur de la retraitée, qui est aussi le responsable du foyer qui lui a fourni un appartement protégé, était également convoqué comme témoin. Quand la prévenue le voit entrer dans la salle, ses traits se détendent. «C’est mon ange gardien», souffle-t-elle. L’homme souhaite également la voir réintégrer son appartement, si la justice le permet: «On ne pourra pas la surveiller vingt-quatre heures sur vingt-quatre, mais j’ai un rapport d’autorité à son égard qu’elle respecte», dit-il.

Rentrer chez elle, pouvoir reprendre le sport et ses activités de bénévolat: ce sont ses modestes souhaits. Quand l’éventualité d’une entrée en EMS est évoquée, elle se braque. «Ah non, ça m’angoisse de devenir inutile.» Ses avocates exhortent alors les juges: «Il vous appartient de décider de son avenir. Elle mérite de pouvoir terminer sa vie dignement», plaide Me Jessica Ruesch.

La crainte des avocates de la défense: que l’absence de place en institution ne conduise à un internement à l’hôpital psychiatrique de Belle-Idée, faute de mieux. Elles préconisent un retour dans son foyer, chez elle, mais avec un encadrement médical accru.

«Éviter toute récidive»

Après l’avoir reconnue irresponsable, les juges du Tribunal correctionnel ont suivi les recommandations de l’expert psychiatre et le réquisitoire de la procureure Mélanie Wyss. Il s’agira d’appliquer un internement institutionnel en milieu ouvert «avec un cadre contenant pour éviter tout risque de récidive». Il reviendra au Tribunal d’application des peines et des mesures (Tapem) de décider si le foyer qui la loge, avec l’encadrement à disposition, est suffisant. «Je vais demander au Tapem de rendre sa décision au plus vite afin qu’elle puisse quitter Champ-Dollon», ajoute la juge Delphine Gonseth. Quelques mots, dits en aparté, mais qui sonnent comme la décision la plus importante.

Créé: 13.05.2019, 07h01

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