Le «retraité» Alain Peyrot ne jouera pas les potiches à la tête des Services industriels

Management publicLe nouveau président des SIG veut confier des responsabilités à chacun des 23 membres du conseil d'administration.

Alain: Peyrot: «C'est Pierre Maudet, de plus de 30 ans son cadet, qui m'a reçu durant l'été pour passer un entretien d'embauche.»

Alain: Peyrot: «C'est Pierre Maudet, de plus de 30 ans son cadet, qui m'a reçu durant l'été pour passer un entretien d'embauche.» Image: JFM

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A 67 ans, Alain Peyrot est presque un contemporain de Christian Grobet, à qui l'on prête l'intention de briguer un siège au Conseil d'Etat en automne 2013. Comme Christian Grobet, Alain Peyrot n’est pas prêt de prendre sa retraite. Après la banque et la présidence de la grosse régie Naef, ce patron, apparenté aux vieilles familles de Genève, a décidé de relever un nouveau défi. A l'heure où la plupart des gens prennent leur retraite, il a fait acte de candidature à la présidence des Services industriels de Genève.

Les SIG, c'est l'eau, le gaz, l'électricité que consomment les Genevois, mais aussi l'incinération de leurs déchets aux Cheneviers, le réseau cantonal des égouts et la station d'épuration des eaux d'Aïre et encore l'ambition de relier tous les Genevois à la fibre optique d'ici 2020 en partenariat avec Swisscom. Les SIG, c'est aussi plus d'un milliard de francs de chiffre d'affaires et plus de 1700 employés. En toile de fond, la libéralisation des marchés du gaz et de l'électricité d'ici 2015 ou 2017, la sortie de la Suisse du nucléaire en 2034 et le défi de la société à 2000 watts (contre plus de 6000 aujourd'hui). En 2050?

«L’entreprise se veut exemplaire»

De son bureau, au sommet de l’imposant immeuble de la rue du Château-Bloc, à Vernier, on voit les panneaux solaires rangés comme des tuiles sur les toits du complexe administratif. La bise souffle. Il fait 19 degrés. «L’entreprise se veut exemplaire», confirme-t-il. Aussi en terme de durée du travail en confiant le pilotage stratégique à un homme de 67 ans, demande-t-on Alain Peyrot sourit : «De nos jours, beaucoup de gens sont parfaitement en mesure d’être actifs dix ans après 65 ans. Certains le désirent même. Il faut savoir changer de fonction.»

«C'est Pierre Maudet, de plus de 30 ans mon cadet, qui m'a reçu durant l'été pour passer un entretien d'embauche.» Il sourit. Le courant a visiblement passé entre le vieux routier et le jeune loup de la politique. Même si la dernière décision du Conseil de rogner la paie des présidents des grandes régies genevoises interpelle le nouveau patron des SIG: «Je savais qu'un réajustement était dans l'air. Je considère cependant que le niveau de la rémunération donne aussi son poids et sa valeur à une fonction. Je ne vais pas compter mon temps pour les SIG, mais je ne suis pas certain qu'on puisse assumer ses responsabilités dans autant de métiers et dans un environnement économique et politique sans cesse en évolution à mi-temps.»

Salaire réduit

Le socialiste Daniel Mouchet touchait environ 225'000 francs par an. Le libéral Alain Peyrot recevra 120'000 francs. «Mais mon prédécesseur rapportait plus qu'il ne coûtait», s'empresse de préciser le nouveau président, soucieux de ne pas rallumer la polémique lancée par un autre administrateur, Eric Stauffer, déchu depuis de son mandat pour violation du secret de fonction.

Daniel Mouchet avait concentré le pouvoir et siégeait dans de nombreux conseils d'administration de sociétés dans lesquelles les SIG sont actionnaires. «Désormais j'entends me focaliser sur l'entreprise SIG et confier à d'autres membres du conseil d'administration la responsabilité de représenter les intérêts genevois dans les sociétés associées.» Une seule exception, EOS Holding (Energie Ouest Suisse), dont les SIG sont le deuxième actionnaire, à hauteur de 23% (plus de 700 millions au bilan des SIG). Alain Peyrot a été élu à la le vice-présidence ce mercredi d'EOSH. Il remplace à cette fonction l'ancien conseiller d'Etat Claude Haegi. En attendant de succéder à Daniel Mouchet au conseil d'administration d'Alpiq en mai 2013.

Des administrateurs plus professionnels

«C'est un gros changement par rapport à l'ancienne gouvernance», note le nouveau patron. «J'ai une équipe de 23 personnes, j'entends leur confier des responsabilités.» Alain Peyrot n'est pas content que les Genevois aient balayé en juin le projet du Conseil d'Etat de réduire le nombre des administrateurs et de couper le cordon ombilical avec les partis politiques. Mais il fait contre mauvaise fortune bon cœur. Il va professionnaliser ses administrateurs et veut des spécialistes dans chaque secteur.

Le nouveau président des SIG espère ainsi éviter que ne se répètent les couacs d'il y a une année, quand le Conseil d'Etat a puisé dans la caisse des SIG pour combler les trous du budget cantonal et a biffé d'un trait de plume le projet de la Centrale à gaz de Vernier, que les SIG avaient étudié pendant huit ans. Il a visiblement aussi été marqué par les expériences malheureuses de Swissair et de la BCGe, dont les conseils d'administration était trop faibles pour contrebalancer des directions générales toutes puissantes.

«Un jour peut-être, conclut-il, les Genevois admettront qu'il faut donner plus d'autonomie à leurs entreprises publiques.» En leur octroyant, demande-t-on, le statut de société anonyme de droit public, comme Berne l'a fait pour Swisscom ou Skyguide, et en modifier le contrôle par le Parlement genevois? Alain Peyrot sourit. Il vient juste de relancer l'idée lors d'une récent repas de fin d'année. «Une seule chose est sûre, je ne resterai pas en place plus de 7 ans.» Son prédécesseur a régné 10 ans sur la plus grande des quelque 900 entreprises de services industriels actives en Suisse.

Créé: 05.12.2012, 14h54

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Le Conseil d'Etat voulait professionnaliser les Conseil d'administration de ces établissements et diminuer le nombre des administrateurs. Le peuple a refusé ce projet le 17 juin. Les partis politiques représentés au Grand Conseil et en Ville de Genève continuent donc d'être représentés dans les CA des grandes régies publiques du canton (SIG, TPG, Aéroport, HUG et pas mal de fondations immobilières).

S'agissant des Services industriels, le contrôle du Grand Conseil s'exerce en outre au travers de la loi sur l'énergie et par le biais d'un vote formel sur le budget et des comptes. «Faute de temps et de compétence, ce contrôle est frustrant et sans grande portée», admet Eric Bertinat, président de la commission de l'énergie. Le budget 2013 des SIG a d'ailleurs été adopté vendredi dernier par le Grand Conseil sans débat, perdu dans les affaires courantes du Législatif.

Le nouveau président des SIG ne cache pas que, «sous sa forme actuelle, la tutelle du Législatif ne fait qu'alourdir le processus de décision». Personnellement il estime que les SIG serait mieux armé dans le contexte de la libéralisation des marchés du gaz et de l'électricité en cours en devenant une société anonyme de droit public, comme la BCGe, Swisscom ou Skyguide. Le libéral n'envisage nullement une privatisation, mais une telle structure permettrait «une clarification des règles en termes d'autonomie».

Alain Peyrot en a évoqué la perspective lors d'une discours lors d'un récent repas de fin d’année réunissant les cadres, les administrateurs et les anciens dirigeants de l’entreprise publique. Un ballon d'essai qui ne va pas manquer de relancer le débat sur la gouvernance des régies publiques.

Le conseil d'administration des SIG

Le conseil d'administration des SIG a été renouvelé pour la période du 1er octobre 2012 au 31 mai 2014. Ont été désignés (par le Conseil d'Etat) Pierre Maudet, Laurence de la Serna (nlle), François Gillet (nouveau), Alain Peyrot, par le Grand Conseil Alberto Aliprandi, Eric Leyvraz (nouveau), René Longet (nouveau), Guillaume Pictet (nouveau), Alexandra Rys, Carlos Medeiros, Jérôme Strobel (nouveau), par le Conseil municipal de la Ville de Genève Félix Dalang (nouveau), Pierre Gautier (nouveau), Jean-Philippe Haas, Eric Peytremann, par le Conseil administratif de la Ville de Genève, Rémy Pagani.

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