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La seconde vie de l'huile de friture des restos genevois

Comment une société lémanique transforme de vieilles huiles récupérées dans les restaurants en un carburant pour véhicules diesel.

La société Léman Bio Energie collecte les huiles usagées (ici celles du pub McSorley) pour en faire du biocarburant.
La société Léman Bio Energie collecte les huiles usagées (ici celles du pub McSorley) pour en faire du biocarburant.
LAURENT GUIRAUD

Rien ne se perd, tout se récupère. La vieille huile de friture des restaurants genevois connaît une seconde vie, recyclée en un carburant qui permet de diviser jusqu’à trois fois les émissions de CO2 des véhicules diesel. Contrairement aux biocarburants issus des cultures de colza, de maïs ou de betterave, la production de celui-ci ne confisque pas de terres à l’agriculture vivrière et ne provoque pas d’effets collatéraux par l’usage de produits phytosanitaires, d’engrais et d’engins agricoles polluants. Cela vaut au biodiesel fait à base d’huile usagée d’être détaxé et de coûter environ 10 centimes de moins par litre que le diesel ordinaire.

Cerise sur le gâteau, c’est un produit local, de A à Z. Des cuisines des restaurants aux consommateurs finaux, en passant par l’usine de production du biodiesel, tout se passe à l’échelon régional: «Nous visons un marché de proximité», confie Jean-Pierre Passerat, le patron de Léman Bio Energie, la société qui produit depuis deux ans ce biodiesel à Etoy, sur La Côte. «Si on transporte notre biocarburant par camion à plus de 400 kilomètres, le gain en CO2 est annulé.» Léman Bio Energie est une filiale du groupe Helvetia Environnement, qui a son siège à Carouge et qui possède aussi l’entreprise de collecte de déchets Transvoirie. C’est cette dernière, dont les camions carburent eux-mêmes au biodiesel, qui est chargée de récupérer l’huile de friture fournie par plus de 1000 restaurants genevois et vaudois. Lesquels ont tout à y gagner: au lieu de devoir payer pour faire éliminer leurs huiles usagées, on les en débarrasse gratuitement.

Le biocarburant obtenu ainsi émet 66% de CO2 en moins que le diesel ordinaire, à condition d’être utilisé pur. Mais il est souvent mélangé à du diesel et ce pour deux raisons. D’abord, pour pouvoir utiliser du biodiesel pur, il faut un moteur adapté, puisque c’est plus corrosif pour les joints et les tuyaux. Le cas échéant, le véhicule devra subir une légère modification. Néanmoins, selon Jean-Pierre Passerat, la plupart des bus, camions, engins de chantiers et autres véhicules lourds peuvent sans autre accepter jusqu’à 30% de biodiesel dans leur carburant, ce qui réduit tout de même de plus de 20% leurs émissions de gaz carbonique.

Deuxième contrainte technique: le biodiesel supporte mal les basses températures. Au-delà de 5 degrés en dessous de zéro, il se fige, ce qui empêche le moteur de démarrer. C’est pourquoi les 180 camions de Transvoirie ne l’utilisent pur que neuf mois sur douze. Pendant les trois mois les plus froids, ils ont recours à un mélange à 30% de biodiesel, qui fonctionne jusqu’à – 15 degrés. Mais cela implique d’avoir deux citernes, une pour le diesel et une pour le biocarburant, afin de doser son mélange sur mesure en fonction de la température ambiante et du type de véhicule. Et cela limite l’aire de distribution du produit: «Le biodiesel n’a pas sa place dans les régions où il peut faire très froid, comme La Brévine», reconnaît Jean-Pierre Passerat.

Léman Bio Energie vise avant tout le marché des transports en commun, des poids lourds et des engins de chantier. Parmi ses clients, elle compte Migros Genève, qui a choisi de passer au biodiesel pour améliorer son bilan CO2. «Nous avons misé là-dessus afin d’honorer la promesse de réduire nos émissions de gaz carbonique de 20% d’ici à 2020», explique la porte-parole, Isabelle Vidon. Migros Genève a deux citernes dans sa centrale. Lorsqu’un chauffeur fait le plein à la station interne, il introduit son badge et le mélange de carburant se fait sur mesure. «L’un de nos camions est même configuré pour rouler avec 100% d’huile de friture recyclée.» Un autre argument a convaincu Migros Genève: le fait de soutenir l’économie régionale. Léman Bio Energie fournit également des pétroliers, puisque la plupart d’entre eux vendent déjà à la pompe du diesel contenant 7% de biocarburant.

Pourtant, le marché n’a pas encore vraiment décollé, peut-être parce que les contraintes techniques découragent des utilisateurs potentiels. Jean-Pierre Passerat déplore par ailleurs la concurrence des produits étrangers: «Le biodiesel utilisé en Suisse est encore trop souvent importé, parfois de très loin, ce qui dessert son bilan environnemental.» A Genève, une autre entreprise s’était déjà lancée dans la production de biodiesel à base d’huile de friture, mais elle a cessé ses activités en 2010. Aujourd’hui, cinq sociétés ont repris le flambeau dans tout le pays. En plus de Léman Bio Energie, on en compte une autre en Suisse romande, et trois outre-Sarine.

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